La pire est qu’ils auraient dû le savoir

· 7 mai 2018

Netflix a récemment publié une série qui a soulevé une énorme controverse. Il s’agit de la série intitulée « Pour 13 raisons ». Elle se basé sur un livre écrit par Jay Asher, mais nous savons que la littérature soulève rarement autant les passions que le contenu audiovisuel. De sorte que se sont les épisodes de cette série qui ont soulevé la controverse. L’histoire se déroule aux États-Unis, dans un institut. Elle commence lorsque, un matin, un adolescent rencontre une boîte à chaussures dans laquelle se trouvent sept cassettes enregistrées. Ce qui se raconte dans cette histoire correspond très bien à notre titre : ils auraient dû le savoir.

Ces sept cassettes conservent treize raisons pour lesquelles une de ses camarades de classe s’était suicidéUn argument incontestablement original, non pour la décision de sa camarade qui, malheureusement est beaucoup plus fréquente chez les adolescents que ce nous que nous souhaiterions, mais eu égard au point de vue et la construction de l’histoire. Il s’agit d’une histoire dure lorsqu’il s’agit de décrire comment la souffrance d’une personne peut, à l’instar d’un iceberg, être complètement submergé, caché aux yeux de ceux qui peuvent aider.

adolescent qui pleure

Regarder en dedans

En dehors de la fiction, il n’est pas rare de rencontrer l’un des événements les plus tragiques dans la rubrique faits divers. Un adolescent a pris la décision de se suicider pour ne plus avoir à affronter une souffrance qu’il est incapable de gérer. Il s’agit du geste ultime, renoncer à la vie alors qu’il est en âge de la croquer à pleines dents. Alors qu’il aurait dû commencer à accumuler des expériences, il doit déjà supporter trop de douleurs.

Une souffrance que tendent souvent à occulter ceux qui la génèrent, mais également ceux qui en souffrent. Ils ne veulent pas inquiéter. Ils ne veulent pas paraître faibles aux yeux de ceux qui les entourent. Ils préfèrent crier en silence et craignent que quelqu’un puisse les écouter parce qu’ils ne savent pas, parce qu’ils ont peur que,  même cette situation – qu’ils ne supportent pas – puisse s’aggraver.

Dans de nombreux autres cas, lorsqu’ils osent en parler à des adultes, ils reçoivent des réponses qui tendent à normaliser ce qui leur arrive. « Ce sont des comportements d’enfants », « Tu l’as certainement frappé avant ». Certains parents en viennent même à dire à leurs enfants : « C’est que tu ne sais pas te défendre ? ». D’autres parents choisissent directement de les changer d’institution, pensant qu’en laissant les agresseurs derrière le problème s’en trouve résolu. Il ne tiennent pas compte du fait que les expériences vécues par leur enfant, leur souvenir, peut dès lors devenir le problème. Il s’agit peut-être là que du début de ils auraient dû le savoir.

En effet, le problème avec l’agression, l’abus ou le harcèlement n’est souvent pas son effet direct mais ce qu’il laisse. Le sentiment pour la victime que le monde est incontrôlable, qu’il existe des menaces qui dépassent de loin ses ressources, qu’elle a quelque chose qui en fait l’objet de moquerie ou de raillerie, ou qu’elle a peu ou pas de valeur pour ses pairs. Ce sentiment devient démesuré lorsque les parents sont absents. De sorte qu’aux pensées précédentes s’ajoute celle « de disparaître et de n’importer à qui que ce soit ».

« D’autres parents choisissent directement de les changer d’institution, pensant qu’en laissant les agresseurs derrière le problème s’en trouve résolu, sans tenir compte du fait que les expériences vécues par leur enfant, leur souvenir, peut dès lors devenir le problème. »

peinture d'enfants

Beaucoup se justifient à travers l’ignorance, alors qu’ils auraient dû le savoir

Les parents des agresseurs ne savent généralement pas non plus ce qui se passe réellement. Ils ne conçoivent pas que leur enfant, celui qu’ils aiment, puisse causer de la souffrance. Ils possèdent toujours l’image de l’enfance innocente, alors que les enfants peuvent s’avérer plus pervers que le pire des adultes.

« Lorsque cela arrive, beaucoup s’excusent argumentant qu’ils ne savaient pas, alors qu’ils auraient dû le savoir. »
Peut-être qu’ils le sentent, parce qu’ils l’ont vu ou ont entendu à la façon dont ils se réfèrent à l’un de leurs camarades de classe. Ils ont eu vent de certaines choses qu’ils ont fait et, loin de les censurer, ont participé au divertissement. Ils pensent que leur enfant n’est peut-être pas un modèle, mais qu’il n’est pas mauvais non plus. « Il le fait pour s’amuser et l’autre gars est vraiment un nigaud ». Ils avaient des comportements similaires lorsqu’ils étaient enfant et personne ne faisait d’histoire. « Celui dont nous nous rions est aujourd’hui directeur de banque, il a plutôt bien réussi. Je pense même que nous lui avons permis de s’endurcir ».

Les personnes qui pensent ainsi demande rarement à ce camarade qu’ils ont maltraité et humilié comment il est l’a vécu. Ceux qui en riaient non plus. De sorte que c’est comme si ce qui s’était passé dans l’enfance devait rester dans l’enfance. Comme si ces personnes maltraitées ne ressentaient désormais plus de sueurs froides lorsqu’elles se souvenaient d’un de ces épisodes. Il s’agit des restes amers dont nous avons parlé auparavant, ces voix encore réduites au silence, les excuses qui n’ont pas été faites.

En ce sens, les parents agresseurs d’enfants agresseurs sont les plus susceptibles de normaliser ses comportements. Dans une certaine mesure, la condamnation de leur comportement constitue également la condamnation des leurs. Et franchir ce pas n’est pas facile. Quoi qu’il en soit, lorsqu’une nouvelle de ce type est diffusée, nous ne pouvons souvent et malheureusement pas faire grand chose pour la victime. C’est alors que beaucoup des personnes impliquées disent qu’elles ne savaient pas, comme si cela pouvait leur ôter une partie de leur responsabilité. En ce sens, le pire de tout est qu’ils ne le savaient pas, alors qu’ils auraient dû le savoir.

« Le pire de tout est qu’ils ne le savaient pas, alors qu’ils auraient dû le savoir. »