Neurocriminologie : une discipline de plus en plus nécessaire

Une grande partie du comportement criminel pourrait avoir une base neurobiologique. Certains experts affirment qu'à l'avenir, nous pourrions prévenir la violence et la criminalité en prêtant attention à certains marqueurs biologiques.
Neurocriminologie : une discipline de plus en plus nécessaire

Dernière mise à jour : 08 juin, 2021

Primitifs, sauvages et même involués. C’est ainsi que César Lombroso décrivait les criminels au XIXe siècle. Les théories polémiques de ce médecin et criminologue italien soulignaient même que certains traits physiques permettaient d’identifier une personne qui tendait davantage au comportement criminel. Penser qu’il est à l’origine de la neurocriminologie peut sembler contradictoire.

Cependant, Adrian Raine, professeur de criminologie et de psychiatrie à l’université Richard Perry, n’a pas hésité à venir au secours du Dr Lombroso dans son célèbre ouvrage intitulé The Anatomy of Violence. Si nous éliminons les variables du racisme sous-jacent et la théorie obsolète de la phrénologie, il y a de quoi remercier le fondateur de la criminologie positiviste.

Le comportement criminel présente des racines biologiques que nous devons connaître. En outre, le comportement criminel et la violence sont de plus en plus considérés comme l’un des problèmes de santé publique les plus pertinents au niveau mondial.

Nous sommes face à un phénomène biopsychosocial dans lequel, s’il est vrai que nous ne pouvons pas exclure les facteurs psychologiques et sociaux, il existe un aspect qui mérite d’être approfondi : l’aspect neurologique. Approfondissons.

Un homme violent.

Qu’est-ce que la neurocriminologie ?

Lorsque nous parlons de criminalité, des figures comme Ted Bundy, John Wayne Gacy (Pogo le clown) ou Jeffrey Dahmer (le boucher de Milwaukee) viennent à l’esprit. Les comportements criminels et violents se produisent chaque seconde dans le monde entier et de multiples façons.

Toutes les agressions, tous les vols ou tous les comportements psychopathiques n’apparaissent pas dans les médias ou ne font pas l’objet d’une série Netflix. La violence a été, est et sera l’un des problèmes ayant le plus grand impact sur notre société.

C’est là que la science prend sa place. Ainsi, la neurocriminologie se définit comme la discipline qui applique une série de méthodologies et de techniques d’étude visant à comprendre, prédire, traiter et même prévenir la violence et la criminalité elles-mêmes.

Il est vrai qu’une telle chose n’est pas exempte de certains problèmes éthico-juridiques. Par exemple, le Dr Adrian Raine souligne que nous pourrions atteindre un point dans le futur où tous les hommes de 18 ans et plus subiraient un scanner cérébral et un test ADN pour prédire le risque de comportement violent.

L’accent mis sur le sexe masculin n’est pas un hasard. Il y a neuf meurtriers masculins pour une meurtrière.

Le développement de la violence et sa base neurobiologique

Une chose est claire. La biologie n’est pas la seule explication des causes du comportement criminel. L’environnement, le fait d’avoir subi des mauvais traitements, des abus et des négligences sont un facteur de risque.

Il y a également de la place pour les aspects liés à la grossesse, comme la consommation de drogues pendant la grossesse. De même, nous ne pouvons pas exclure le contexte, comme nous l’a montré Philip Zimbardo dans la célèbre expérience de la prison de Stanford.

Aujourd’hui, les progrès des techniques de neuro-imagerie et la possibilité de surveiller l’activité cérébrale ont permis d’en savoir beaucoup plus sur le comportement violent. Désormais, la neurocriminologie est une pièce indiscutable du puzzle, au même titre que les pièces sociales et environnementales.

Ainsi, des travaux tels que ceux menés à l’université de Valence par Luis Moya Albiol, professeur de psychobiologie, indiquent qu’il existe tout un système neuronal complexe et des substances chimiques capables de réguler le comportement violent. Analysons tout cela ensemble.

Les bases neurobiologiques de la violence

Ce réseau, qui selon la neurocriminologie serait impliqué dans le comportement violent, comprend certaines structures spécifiques. Ce sont les suivantes :

  • La matière blanche du cortex préfrontal.
  • L’amygdale, qui joue un rôle clé dans le développement du comportement agressif.
  • L’hypothalamus, essentiel dans l’expression de l’état émotionnel.
  • De plus, le neurotransmetteur le plus lié au comportement violent est la sérotonine (plus les niveaux sont bas, plus le risque de comportement agressif est élevé).
  • La norépinéphrine fait également partie de la base neurobiologique de l’agression.
  • D’autre part, des substances telles que les catécholamines, le GABA, le glutamate, l’acétylcholine, l’oxyde nitrique, la vasopressine, la substance P, l’histamine et la substance P, l’histamine et les opioïdes endogènes sont également impliqués.

Neurocriminologie et neuroéthique

L’avancée de la neurocriminologie en tant que discipline ouvre également un certain défi éthico-juridique. Par exemple, les criminels violents peuvent soudainement être considérés comme des victimes d’un trouble cérébral. Un déficit dans le traitement des émotions ou l’empathie peut faire douter de la responsabilité de ces délinquants.

Ainsi, comme l’explique le Dr Moya dans l’ouvrage susmentionné, la neurocriminologie ouvre de nouveaux fronts sur lesquels il vaut la peine de réfléchir : Quelles seraient les implications de la prédiction du comportement criminel futur ? Son application pourrait-elle être utile à la société ?

Scans du cerveau.

Neurocriminologie positive

S’il est vrai que la neurocriminologie cherche à comprendre, traiter et prévenir les comportements violents, cette discipline peut également ouvrir la voie à une approche aussi intéressante qu’enrichissante. La psychologie et la criminologie peuvent s’associer pour intervenir de manière plus holistique, en allant au-delà du comportement problématique.

Une façon de réhabiliter et même de prévenir les comportements violents serait également de travailler sur les émotions, l’empathie, le comportement prosocial, l’altruisme, la réduction de l’impulsivité et la valorisation des expériences positives. Ainsi que sur les forces humaines telles que la gentillesse ou le bonheur.

En somme, bien que la biologie ne nous détermine pas à 100 %, elle constitue un facteur de risque que nous devons comprendre. La neurocriminologie est une discipline en plein essor qui pourrait nous permettre, dans un avenir pas si lointain, de prévenir plus efficacement la violence.

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  •  A., Raine, The Anatomy of Violence (Random House LLC, 2013)
  • A. Raine, Reduced Prefrontal Gray Matter Volume and Reduced Autonomic Activity in Antisocial Personality Disorder (2000). Arch Gen Psychiatry. Available at
  • Moya A, L., Sariñana G, P., Vitoria E, S., & Romero M, Á. (2017). La neurocriminología como disciplina aplicada emergente. Vox Juris33(33), 15–20. Retrieved from https://dialnet.unirioja.es/descarga/articulo/6058766.pdf
  • Moya-Albiol, L. (2015). Neurocriminología. Psicobiología de la violencia. Madrid: Pirámide.