L'anxiété sociale : un trouble qui ne cesse de se développer

Peur profonde et persistante d'être observé et jugé par les autres. Peur d'affronter les situations sociales en général. Voici deux des caractéristiques les plus représentatives du trouble de l'anxiété sociale. Nous en parlons ici.
L'anxiété sociale : un trouble qui ne cesse de se développer

Dernière mise à jour : 22 juillet, 2021

Il faut s’attendre à éprouver un certain niveau d’anxiété sociale dans les situations nouvelles ou dans les situations où l’on est appelé à être au centre de l’attention. Par exemple, lorsqu’on doit faire une exposition, un discours ou un concert.

L’anxiété sociale est même normal et adaptatif dans de telles circonstances. En effet, cela nous prépare à affronter les situations nouvelles tout en nous évitant d’être trop impulsifs.

Cependant, il existe des personnes chez qui ce sentiment est plus intense lorsqu’elles sont confrontées à des événements inattendus ou parfois même fréquents. Par exemple, dans les situations où elles doivent interagir avec des personnes qui ne font pas partie de leur famille, elles éprouvent alors un niveau élevé de difficulté.

L’anxiété sociale est également appelée la phobie sociale. Un point important pour poser un diagnostic d’anxiété sociale consiste à observer l’interférence de cette anxiété dans la vie quotidienne. On peut aussi étudier l’imbrication de l’anxiété elle-même. Creusons un peu plus le sujet.

Qu’est-ce que l’anxiété sociale ?

Les personnes souffrant d’anxiété sociale éprouvent une peur excessive et irrationnelle des situations sociales qui ne représentent pas un réel danger pour leur vie ni pour leur intégrité personnelle. Elles peuvent adopter des comportements d’évitement subtils.

Par exemple, lors d’une activité de groupe, elles vont s’asseoir à l’arrière et ne vont pas poser de questions pendant la réunion. Elles vont aussi s’excuser alors qu’il n’y a aucune raison de le faire.

Femme anxieuse.

D’autre part, les études de populations nous indiquent que l’anxiété sociale ne cesse de croître depuis quelques années. Les adolescents ont de moins en moins d’interactions directes avec leurs pairs dans des environnements non réglementés ou scénarisés, comme par exemples en cours ou durant les activités extrascolaires.

Cela crée des environnements sociaux de soutien beaucoup plus fragiles. Les adolescents courent même le risque de connaitre des déficiences dans certaines compétences sociales fondamentales chez les adultes. Et ce, surtout dans le monde du travail. Chez les enfants, quatre aspects sont importants pour établir un diagnostic :

  • Tout d’abord, on observe de la peur dans des situations sociales en présence d’adultes, mais aussi en présence de camarades.
  • Ils ne sont pas capables d’établir des relations avec les membres de leur famille.
  • Ils ne sont généralement pas conscients que leur peur est excessive et irrationnelle.
  • Comme chez les adultes, ils doivent présenter des symptômes pendant au moins 6 mois.

Pour Mattick et Clarke, la phobie sociale comporte deux aspects : l’anxiété liée aux interactions sociales et la peur de la critique. Le premier fait référence à l’anxiété ressentie lors de rencontres et de conversations avec d’autres personnes. Et ce, qu’il s’agisse d’amis ou d’inconnus.

Les différences entre le trouble d’anxiété sociale, le trouble de la personnalité évitante et la timidité

La timidité désigne une gêne et une inhibition en présence d’autres personnes. Il s’agit d’une tendance ou d’une prédisposition durable. Ce n’est pas une simple réaction à certaines caractéristiques temporaires et spécifiques. La timidité est donc un trait de caractère qui se manifeste par de l’anxiété et de l’inhibition dans la plupart des contextes sociaux.

Le trouble de l’anxiété sociale (TAS), le trouble de la personnalité évitante (TPE) et la timidité sont tous associés à des sentiments de gêne et de peur du ridicule. Bien qu’il existe des similitudes somatiques et cognitives, il existe également des différences importantes entre ces trois termes. Voici, certaines de ces différences :

  • Dans le cas du TAS, le degré de handicap social et professionnel tend à être plus important que chez les personnes timides.
  • La timidité a tendance à se manifester plus tôt que l’anxiété sociale.
  • Le TAS est une pathologie chronique, alors que la timidité peut apparaître tôt dans la vie d’une personne, puis disparaître.
  • L’évitement est généralement beaucoup plus fréquent dans le TAS que dans la timidité. De plus, la sévérité de l’évitement est aussi plus forte dan le TAS que dans la timidité.
  • Dans le TPE, il existe une peur du rejet et de la critique, tout comme dans le TAS. Ce comportement d’évitement est observé dès l’enfance comme un trait de personnalité.
    • Il est généralement associé à un plus grand nombre de problèmes concomitants et il est plus difficile d’aborder le problème. En effet, un plus grand nombre de situations sont évitées. Et ce, bien au-delà des situations sociales.

Les caractéristiques cliniques de l’anxiété sociale

Les caractéristiques comportementales

Les personnes souffrant de troubles de l’anxiété sociale craignent ou évitent les situations qui impliquent une observation de la part des autres. Deux composantes comportementales sont prédominantes dans la plupart des situations sociales : les déficits d’aptitudes sociales et les comportements d’évitement.

Les personnes concernées sont silencieuses ou peu bavardes. Leur agitation est perceptible. Elles font preuve d’une grande vigilance et leur attention est constante. Elles s’éloignent aussi des situations sociales.

Les aspects cognitifs

Elles ont tendance à diriger leur attention vers les informations liées à l’échec social. Elles affichent une plus grande sensibilité à l’anxiété que les groupes témoins non cliniques. Parfois, cette sensibilité les amène à surestimer la perception de l’anxiété qu’elles ressentent.

Les personnes souffrant du trouble de l’anxiété sociale entretiennent des dialogues internes négatifs. Cela détournent leur attention des autres signes que leur environnement leur transmet.

Il se peut que ces personnes perçoivent les aspects positifs et négatifs de leur comportement. Cependant, elles surestiment la mesure dans laquelle leurs déficits comportementaux nuisent à l’impression générale qu’elles donnent aux autres.

Les aspects physiologiques

Ils sont nombreux. Il peut s’agir de palpitations, de sueurs, de tension, de nausées, de vision trouble, de frissons, de sensations de picotement et de paresthésie ou d’engourdissement. Chez les enfants, il est fréquent qu’ils connaissent le phénomène de la boule dans la gorge.

Les personnes atteintes du trouble de l’anxiété sociale semblent être particulièrement affectées par d’autres symptômes. Par exemple : bouffées de chaleur, frissons et transpiration.

Épidémiologie et évolution

La fréquence de ce trouble se situe entre 3 et 13 %. On peut donc considérer l’anxiété sociale comme une trouble mental assez courant. C’est aux États-Unis que le taux de prévalence est le plus élevé. L’OMS considère que ce dernier est le même pour les hommes et pour les femmes, mais certains ne sont cependant pas d’accord avec ce constat.

Le trouble de l’anxiété sociale apparaît généralement au milieu de l’adolescence, c’est à dire entre 12 et 18 ans. Une fois installé, le TAS est permanent et dure toute la vie.

Son développement est généralement progressif, mais il peut aussi apparaître à la suite d’une expérience stressante ou humiliante. Lorsque son apparition est graduelle, les personnes ne peuvent généralement pas se souvenir précisément de son apparition.

La prise en charge du trouble de l’anxiété sociale

On considère que les psychothérapies cognitivo-comportementales sont efficaces dans le traitement du trouble de l’anxiété sociale. Le traitement peut intervenir ou non dans un contexte clinique.

En d’autres termes, il se peut que la personne ne réponde pas aux critères diagnostiques de la phobie sociale. Cela n’empêche cependant pas le clinicien de lui fournir des outils pour l’aider à réduire sa tension dans des situations potentiellement stressantes pour elle.

Dans ce contexte, on utilise couramment la technique de l’exposition progressive. Grâce à la relaxation et au travail parallèle sur les pensées et les émotions ressenties par la personne, le thérapeute établit une liste d’objectifs à atteindre tout au long de la thérapie. L’objectif final est que le patient puisse affronter ses plus grandes peurs sans anxiété.

Homme en thérapie.

Au-delà de la gêne sociale…

Certes, l’anxiété sociale peut exister naturellement dans certaines situations. Elle peut aussi se manifester chez un sujet dans certaines situations sans interférer avec ses performances. Cependant, comme nous l’avons expliqué, le trouble de l’anxiété sociale va bien au-delà du léger malaise social au moment de faire des tâches en groupe.

Il s’agit plutôt d’un évitement chronique des activités. L’exposition au groupe est alors ressentie comme une demande qui ne peut être satisfaite. Elle se caractérise par un inconfort profond qui peut se traduire par des vertiges, des engourdissements ou des blocages.

Il est donc important de surveiller les adolescents ou les jeunes adultes lorsqu’ils commencent à présenter ce type de comportements. Résoudre le problème dans le domaine social ne signifie pas que l’anxiété sociale ait nécessairement disparu dans d’autres situations.

Par exemple, une personne peut avoir un niveau d’anxiété sociale relativement bas dans un cadre sportif, mais connaitre des crises au travail parce qu’elle n’a pas travaillé sur sa capacité de contrôle. C’est pourquoi la thérapie de l’anxiété sociale devrait tendre à résoudre les difficultés dans tous les contextes.

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