Le trouble d’évitement expérientiel

24 juin 2019
Nous vous présentons le trouble de l'évitement expérientiel comme un modèle dans lequel une personne fuit ses propres pensées et sentiments négatifs par peur de la douleur qu'ils peuvent causer.

Aujourd’hui, nous sommes plongés dans la culture du bonheur. Celle dans laquelle il est exigé d’être heureux à tout prix, quoi qu’il arrive. Le problème, c’est que lorsque nous ne réussissons pas, nous nous sentons frustrés. Par conséquent, nous sommes d’autant plus malheureux que nous sommes honteux de notre propre malheur.

Ce qui est certain, c’est que le bonheur ou plutôt le bien-être émotionnel n’est pas quelque chose de permanent. Nous ne pouvons pas nous dire « je suis heureux » parce que c’est faux.

Le bonheur n’est pas une manière d’être, mais un état. Il est beaucoup plus prévenant et raisonnable de dire « parfois je suis heureux et parfois je ne le suis pas ». Ainsi, nous sommes en accord avec le fait que les émotions vont et viennent en fonction de différentes variables.

Essayer d’être en bonne santé émotionnelle sur une base continue est un fantasme qui nous plonge plus profondément dans la souffrance. Par exemple, lorsque nous évitons de nous sentir anxieux, tristes ou dépressifs, nous reproduisons en quelque sorte notre malaise. La pression que nous nous mettons sur nous-mêmes en disant « je dois être bien » ou « je dois être heureux » est la meilleure façon de ne pas être à l’aise. C’est un paradoxe, mais tout évitement émotionnel entraîne inévitablement une augmentation de ces mêmes émotions.

trouble de l'évitement expérientiel chez les adolescents

Imaginez que vous êtes au milieu de l’océan au sommet d’un radeau entouré de requins et que quelqu’un vous dit : « Si vous devenez nerveux, vous tomberez dans la mer avec les requins, donc vous ne devriez pas être nerveux« . Que pensez-vous qu’il va se passer ? Bien évidemment, l’existence même de cette interdiction vous rendra encore plus nerveux. Dans tous les cas, il ne serait pas naturel d’inhiber l’anxiété dans de telles circonstances.

Il est donc beaucoup plus cohérent d’accepter que dans un tel contexte, le plus logique est d’expérimenter l’anxiété sous tous ses aspects. Il faut donc la laisser s’installer, lui faire de la place et attendre qu’on s’y habitue naturellement, si c’est possible.

Le trouble d’évitement expérientiel consiste en une tendance à vouloir donner la priorité au bien-être constant. Et à agir de manière à obtenir un bien-être immédiat. Nous vous en disons plus dans la suite de cet article.

Le trouble d’évitement expérientiel

Dans la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT), les systèmes traditionnels de classification diagnostique sont rejetés. En effet, le comportement et sa fonction dans le contexte sont considérés comme le seul élément d’analyse et d’action. De cette façon, la conception de la psychopathologie à partir de cette thérapie passe par le soi-disant trouble d’évitement expérientiel.

L’évitement expérientiel constitue un modèle comportemental inflexible. Il est généré par un modèle inefficace de régulation verbale, qui consiste à éviter à tout prix la souffrance. Il s’agit ainsi de contrôler les événements privés, les sensations, les sentiments et les circonstances qui les génèrent.

Cette tentative de contrôle absolu, que ce soit par le biais de pilules contre l’anxiété, d’alcool ou de toute autre forme d’évitement qui va à l’encontre de nos valeurs personnelles, nous amène directement dans des boucles d’inconfort continu.

Ce qui se passe, c’est que la personne atteinte d’un trouble d’évitement expérientiel rejette systématiquement ses sentiments négatifs. Elle ne veut pas les vivre ou les ressentir. Elle se dit à elle-même des phrases comme : « ressentir des émotions négatives est terrible et douloureux« , « il faut toujours être heureux« , « je suis bizarre parce que je suis triste« , « que vont penser les autres s’ils me voient anxieux« , etc.

Toutes ces pensées amènent la personne à essayer de contrôler l’émotion d’une manière rapide, facile et efficace à court terme. Le problème est que ce contrôle émotionnel est éphémère et après peu de temps, le malaise émotionnel réapparaît. Dans la plupart des cas, il a même gagné en intensité.

Ainsi, ce que fait l’évitant expérientiel, c’est de mettre du plâtre sur ses émotions. Le but, c’est qu’elles ne coulent pas ou ne se drainent pas. Au début, cela semble fonctionner, mais le pansement finit par tomber et par faire émerger l’émotion avec beaucoup plus d’élan.

Que puis-je faire si je souffre d’un trouble d’évitement expérientiel ?

Lorsque quelqu’un souffre d’un trouble d’évitement expérientiel et veut commencer à abandonner les cercles vicieux dont nous venons de parler, il doit installer dans son esprit l’idée que la souffrance fait partie de la vie. Ce n’est pas que nous voulons souffrir pour souffrir, mais accepter que la détresse émotionnelle est quelque chose qui peut arriver à toute personne. Notre monde est ainsi fait et aucune personne vivante ne peut y échapper.

La vie apporte avec elle des moments agréables et des moments difficiles. Ainsi, dans chacun d’eux, il est normal de vivre différents types d’émotions.

Il n’est pas logique que si, par exemple, mon partenaire m’a quitté après 5 ans de relation, je cherche désespérément un autre partenaire pour ne pas me sentir mal ou seul. Ce qui est sain, c’est de vivre le deuil qui accompagne toute perte. C’est la façon dont notre cerveau assimile ce qui s’est passé et apprend pour l’avenir.

trouble d'évitement expérientiel chez la femme

Maintenant, si nous mettons du plâtre, des pansements ou des comportements de sécurité pour ne pas souffrir à court terme, la seule chose que nous allons faire est de « conquérir » cette douleur et finir par générer une augmentation de la souffrance.

Par conséquent, la première chose que nous devons faire est d’embrasser nos démons, nos émotions et nos sentiments. Peu importe ce qu’ils sont, nous devons être prêts à vivre avec eux.

Nous savons que l’anxiété ou la tristesse profonde ne sont pas agréables et nous préférerions ne pas avoir à les vivre. Pour autant, il est vrai aussi que la vie ne suit pas toujours nos préférences et que, inévitablement, il y aura des moments où nous aurons à les vivre.

Il serait bon de commencer à se dire : « Aujourd’hui je suis anxieux, mais rien ne se passe, l’anxiété n’est pas mauvaise en soi, seulement désagréable ». Ou bien : « Je vais embrasser ma tristesse et vivre avec elle. Je n’aime pas ça, mais ça ne me tuera pas ». Ce genre de pensées est beaucoup plus réaliste et fonctionnel.

Il est également important de savoir quelles sont nos valeurs et nos objectifs dans la vie et de marcher vers eux, quelles que soient nos émotions. Les émotions n’ont pas à nous limiter. C’est une chose de les vivre et de les ressentir dans notre être quand quelque chose nous arrive. Et c’est autre chose de les laisser nous contrôler.

Les émotions, positives ou négatives, peuvent nous accompagner au quotidien tout comme un mal de tête, le froid de l’hiver ou les injustices qui apparaissent dans les journaux. Par conséquent, si nous savons ce que nous voulons d’ici à moyen ou à long terme, agissons dans cet intérêt, plutôt que pour le malaise immédiat.

Marchez chaque jour vers votre but, quel qu’il soit. Vous seul pouvez le choisir. Laissez-vous accompagner par des émotions, des pensées négatives ou des obsessions. Dès que vous leur ferez de la place et que vous apprendrez à vivre avec elles, ce seront elles qui vous quitteront progressivement.

 

  • Ruiz, M.A., Díaz, M. I., Villalobos, A. (2012). Manual de Técnicas de Intervención Cognitivo Conductuales. Desclée De Brouwer, S.A