J’aime mon enfant, mais pas la maternité

· 26 mars 2017

Parler de maternité relève toujours d’un tabou qu’il est difficile de dépasser car les avis sont souvent contradictoires. Malgré cela, la sociologue israélienne Orna Donath a souhaité faire des recherches sur ce sujet et a fait part de ses résultats dans ‘Regretting motherhood: sociopolitical analysis’, une étude qui a fait polémique lorsqu’elle a été diffusée en Allemagne ou en France, où la maternité est vénérée et soutenue par les institutions sociales et/ou économiques.

Malheureusement, une étude qui a tendance à plaindre la maternité est critiquée, a priori, sans qu’une attention sérieuse soit prêtée à ses résultats. Même si le sujet est controversé et les avis multiples, les expériences racontées ne semblent pas l’être à ce point, compte tenu de la grande acceptation et compréhension des récits de certaines mères qui relatent leur expérience et dans laquelle beaucoup de femmes se reconnaissent.

Dans le cadre de cette étude, on analyse comment certaines mères vivent l’expérience de la maternité ou une partie de cette période comme quelque chose de négatif, pointant du doigt un impact inattendu et peu souhaité de leur nouveau rôle. Elles aiment et prennent soin de leurs enfants, mais pour diverses raisons, la maternité, l’expérience que suppose le fait d’éduquer un enfant se révèle peu satisfaisante, voire même frustrante pour beaucoup d’entre elles.

Concernant la maternité, le discours n’est pas homogène

Avant de juger une femme dans son expérience en tant que mère, on devrait mettre de côté nos a priori pour écouter ce qu’elles ont à nous dire. Et se mettre dans une véritable volonté d’écoute. Ce sont les protagonistes de leur histoire, dans laquelle elles ne veulent pas être considérées comme des héroïnes ou des super-mamans, mais seulement comme des femmes qui ont une opinion propre, vécue à la première personne.

Des cas comme celui de la célèbre actrice Anémone, qui a déclaré à la télévision qu’elle s’était identifiée aux femmes de cette étude ; même si elle aimait ses deux enfants, elle aurait été bien plus heureuse si elle avait décidé de ne pas être mère.

Sincère et honnête, l’actrice a raconté comment elle s’était toujours sentie fascinée par l’idée d’indépendance mais que d’une certaine manière, elle avait succombé à la pression d’être mère. Qu’elle avait décidé d’avoir des enfants « sans vraiment savoir pourquoi ».

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D’autres mères anonymes racontent qu’elles ont ressenti une solitude très profonde parfois. Elles ont senti que leur décision n’était pas la leur lorsqu’elles se sont retrouvées face à leur nouveau-né. Malgré cela, les participantes de l’étude ont mis l’accent sur la distinction à faire entre les enfants et l’expérience de la maternité. La plupart ont affirmé leur amour pour leurs enfants et leur désamour pour l’expérience que supposent leurs soins.

Les femmes parlent de solitude, d’un stress intense à cause de l’incompatibilité de leurs deux rôles, en tant que femme active et mère et travailleuse, mais dévoilent aussi des détails plus intimes comme la sensation d’avoir perdu une partie de leur liberté, de ne pas jouir autant de la sexualité et de sentir étrangères dans leur propre vie.

Les femmes disent aussi que si elles n’avaient pas eu d’enfants, elles auraient ressenti un vide et un sentiment de stigmate social, mais uniquement car elles n’auraient pas su ce qu’elles savent aujourd’hui, depuis qu’elles sont devenues mères.

Dans les récits, on ressent une sensation de rancœur et de manque de confiance envers certains secteurs sociaux, car d’un côté, elles parlent de la maternité quasiment comme d’une obligation mais ensuite, elles ne se sentent pas soutenues dans leur travail et deviennent des esclaves, une situation qui est perçue comme « la meilleure expérience qu’une femme peut vivre ».

Les possibles causes de ce désenchantement

Ces expériences ont eu lieu tout au long de l’histoire mais aujourd’hui, elles sont de plus en plus visibles. L’exigence de la descendance, la pression de l’horloge biologique, les énormes demandes sociales et morales sur la sexualité féminine et les fortes attentes ont toujours provoqué de la frustration chez un grand nombre de femmes qui, par décision personnelle ou par capitulation face à la pression, sont devenues mères.

Mais aujourd’hui, nous nous trouvons face à d’autres réalités : l’intégration des femmes dans la vie professionnelle font que la plupart célèbrent et défendent le fait de repousser la décision de procréer. Il y a également une dénaturalisation de plus en plus grande du processus de grossesse sur les réseaux sociaux.

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“Fit Moms”: la dernière mode sur Instagram consiste à s’exhiber enceinte avec un « corps parfait ».

Si avant on sacralisait la maternité comme un acte presque mystique, aujourd’hui, on mélange cette idée à d’autres concepts comme le fait d’être une super-maman, enceinte, mais capable de retrouver sa silhouette et sa vie d’avant en quelques instants.

On peut régulièrement voir des femmes publiques montrer, sur Instagram dans les revues ou sur les réseaux sociaux, leurs idylliques grossesse, accouchement, allaitement et récupération post-partum. Ce n’est pas un problème que ces femmes exhibent leur bonheur mais elles le font en faisant croire que tout ce processus est une période où les exigences et les difficultés n’existent pas.

Immédiatement, un grand nombre de femmes sont séduites par cette image de pouvoir gestant, sans se rendre compte que leurs possibilités économiques et leur réseau d’aide n’a rien à voir avec l’image qu’elles ont de la maternité.

Cesser de vénérer pour véritablement aider

Aujourd’hui, il existe de nombreux mouvements sociaux qui plaident pour la véritable conciliation familiale et qui font le pari d’une maternité libre, mais aussi beaucoup plus protégée socialement. Chaque femme a son histoire et ses caractéristiques psychologiques, qui débouchent sur une expérience subjective et unique concernant la maternité.

Certaines peuvent regretter tout en aimant leurs enfants, d’autres ne pas regretter et se sentir pleinement heureuses, d’autres (dans la plupart des cas) ressentir des sentiments contradictoires et d’autres encore peuvent se sentir débordées par certains aspects concrets de l’éducation ou du caractère de leurs enfants.

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Quoi qu’il en soit, toutes les femmes devraient se sentir soutenues par une société qui intègre véritablement un modèle social et professionnel propice pour une maternité satisfaisante. 

Une femme épuisée aura beaucoup de mal à supporter le poids de l’éducation à long terme s’il n’y a pas de répartition des tâches dans le foyer et un soutien institutionnel via un système de garderie, d’horaires de conciliation et de salaires dignes. Non seulement car ces femmes sont en train d’éduquer la génération à venir, mais aussi car la génération de mères actuelles doit mener à bien ce processus de maternité, sans idéalisation, mais dans le respect et l’appui des proches ainsi que des pouvoirs sociaux.