Ce que j’ai appris en lisant Murakami

· 12 juillet 2017

Murakami est un des écrivains étrangers qui jouissent de l’accueil du grand public et en même temps qui comptent sur la bénédiction d’une bonne part des critiques littéraires. Par exemple, si on regarde la liste des derniers prix Nobel de littérature, on pourra voir y figurer beaucoup d’auteur-trice-s inconnu-e-s pour beaucoup de lecteur-trice-s habituel-le-s, sans parler des anonymes que certain-e-s peuvent être pour celleux qui ne profitent pas du plaisir de la lecture. Malheureusement, Murakami n’a jamais reçu une telle récompense, mais au moins, ces dernières années, il a compté.

Il est aussi peut-être un de ces auteurs qui optent pour des titres que peu d’éditeur-trice-s choisiraient et qui montrent le poids qu’a l’auteur au moment de décider des détails autour de ses livres. De plus, peut-être que l’auteur est davantage capable de dépeindre un personnage indépendamment de l’étape qu’iel traverse.

Dans ses romans, la culture japonaise est omniprésente. Il accorde une importance toute particulière à la part cérémoniale que les japonais-es concèdent aux relations de confiance. Dans ses romans, la compagnie semble être l’état accidentel, et la solitude l’état naturel. Cela est peut-être également lié au propre caractère de l’auteur, qui confiait être une personne très introvertie.

La force de volonté n’est pas aussi présente que ce que l’on croit

Celui/celle qui passe sa journée à exercer sa force de volonté a choisi un mauvais plan de vie. Murakami aborde de manière extraordinaire ce sujet quand il fait référence à l’exercice physique. En ce sens, beaucoup de personnes qui font du sport tous les jours sont reconnues par bien d’autres comme possédant une énorme force de volonté. C’est peut-être vrai, mais pour la majorité des personnes qui réalisent une activité sportive pendant des années, ce n’est pas un sacrifice ni gage d’une énorme force de volonté, mais un plaisir avant tout.

Elles le font car pour elles c’est plus facile, plus amusant et plus motivant que d’autres alternatives. Elles préfèrent une heure d’exercice physique à une heure de réunion ou de cours d’anglais, elles préfèrent le sport à bien d’autres activités. Le contraire, sauf pour raisons de santé, serait une torture que peu de personnes supporteraient.

En ce sens, beaucoup d’activités sont idéalisées ; par exemple, pensons à un jeune garçon pour qui adorerait rester à la maison un samedi soir à lire tranquillement, et pour qui au contraire constituerait une épreuve de devoir passer un moment dans une discothèque. Il rentrerait donc tôt, mais pour ses ami-e-s, cela serait la preuve d’une force de volonté énorme que de se priver d’une soirée en boîte.

Il semble que ce qui est sain, recommandé et positif doive être de plus peu attirant, ingrat et démotivant. Au contraire, l’opposé semble être la tentation, le désir et le caprice. Cependant, souvent, il n’en est pas ainsi et c’est là que commence la confusion de la volonté. Ainsi, on peut passer un moment à nager à contre-courant, mais une vie à faire cela n’a aucun sens.

Même dans l’injustice, il y a généralement une justice

Le monde se divise en deux types de personnes : celles qui mangent beaucoup et qui ne grossissent pas et celles qui stockent chaque calorie qu’elles ingèrent. Il est normal que le premier groupe soit jalousé par le second ; on entend rarement des personnes qui appartiendraient au premier groupe se plaindre et manifester le désir d’appartenir au second.

Cependant…cette sorte d’injustice génétique a sa contrepartie. Les personnes ayant une plus grande tendance à grossir font généralement plus attention à leur alimentation et s’inquiètent de suivre un régime plus varié ainsi que de ne pas torturer leur métabolisme avec des repas copieux quand leur rythme est très bas. Ainsi, il n’est pas rare qu’une personne qui se trouve au-dessus du poids recommandé pour sa taille ait une analyse de sang plus équilibrée et saine que celle d’une personne mince.

Ainsi, les personnes qui sont plus sensibles aux fluctuations de poids comptent sur « un signal d’alarme » qui se déclenchera plus facilement face à bien des problèmes de santé. Ainsi, c’est un avantage que l’on ignore souvent. De plus, il ne s’agit là que d’un exemple ; il en existe bien d’autres prouvant eux aussi à quel point, souvent, on a tendance à considérer comme négatives des situations qui pourtant comportent des avantages non négligeables. 

La différence a un prix

La mondialisation galopante à laquelle nous assistons ces dernières années provoque la fusion des cultures, mais en grande mesure a aussi pour effet l’homogénéisation de ces dernières. D’un autre côté, nous vivons dans un monde compétitif où la créativité est aussi rare que son prix est énorme. Ainsi, d’une certaine manière, nous voulons tou-te-s avoir notre propre voix et notre propre style tout en cherchant à ce que les groupes auxlesquels nous nous identifions nous acceptent. C’est le paradoxe de vouloir se ressembler en étant différent-e-s.

N’oubliez jamais que chaque personne est unique. Le prix à payer pour cette différence se traduit par les disputes, les mal-entendus et les désaccords. 


De même que vous et moi, les personnages de Murakami sont très différents et profitent de ces différences en payant le même prix que nous.


Ne confiez à personne votre liberté

Personne ne mérite de se charger de ce poids ni d’avoir dans ses mains ce privilège. Rien ni personne une fois que l’on atteint la maturité. Que ce soit une personne que l’on aime ou un travail qui nous plaise. Non seulement parce que votre liberté est un privilège qui devrait vous appartenir de manière intrinsèque (dans les limites de la loi, bien sûr), mais car s’il vous arrive de confier à quelqu’un ou quelque chose votre liberté, vous vous condamnerez en même temps.

Peut-être au départ le supporterez-vous, mais tôt ou tard, vous finirez par regretter de l’avoir confiée. Probablement que cela détériorera la relation que vous avez avec cette personne que vous aimez voire même y mettra fin, ou bien fera que cessera de vous passionner cette occupation qui avant vous remplissait.

Nous aimons corps et âme

« On ne savait pas bien qui elle était. Elle n’était qu’un être. Et elle était dotée d’une habilité spéciale qui lui permettait de séparer son corps de son coeur. « Je t’offre un des deux », dit-elle à Tsukuru. « Soit mon corps soit mon coeur, mais pas les deux. Ainsi, maintenant, tu dois en choisir un, car l’autre, je le donnerai à quelqu’un d’autre. », dit-elle. Cependant, Tsukuru la désirait dans sa totalité et voulait les deux. Il ne pouvait pas concevoir qu’elle donne l’autre moitié à un autre homme. Cette idée lui était insupportable ».


« Et je voulais lui dire que, si les choses devaient en être ainsi, je ne voulais rien d’elle, mais je ne pouvais pas le dire. J’étais incapable d’avancer ou de reculer. »

– H. Murakami, L’Incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage


Rien de mieux que les mots de l’auteur lui-même pour expliciter sa propre réflexion ; pour lui, l’amour a une puissante part chimique, mais il n’est pas moins certain qu’elle a une puissante part physique. Renoncer à une des deux dimensions, c’est gravement blesser l’amour propre. Le condamner à une insatisfaction perpétuelle qui aura raison de lui. Peut-être que, conceptuellement, il est possible de séparer âme et corps, mais l’amour a besoin que les deux forment un orchestre qui soit harmonieux.

Sûrement que si vous vous penchiez sur l’oeuvre de Murakami, vous seriez capable d’en tirer votre propres leçons. Peut-être ses personnages ne parlent-ils pas trop, mais ses livres sont une communication ouverte pour la réflexion et l’enrichissement personnel.


« Un jour, la mort nous prendra la main. Mais jusqu’au jour où elle nous attrapera, nous serons libres de son emprise ». Je pensais ainsi. Cela me semblait être un raisonnement logique. La vie est sur cette rive ; la mort, sur l’autre. Nous sommes ici, et pas là-bas. »

H. Murakami, Tokio Blues –