Immunité cognitive : comment se défendre contre les idées nuisibles

Comment vous protégez-vous de la manipulation médiatique ? Comment détectez-vous les fausses nouvelles et les idées biaisées ? Il existe une stratégie sensationnelle qui vous permettra de réagir efficacement. Nous vous la présentons.
Immunité cognitive : comment se défendre contre les idées nuisibles
Valeria Sabater

Rédigé et vérifié par Psychologue Valeria Sabater.

Dernière mise à jour : 16 mai, 2023

La plupart d’entre nous utilisons différentes stratégies pour protéger le système immunitaire. Nous prenons soin de notre alimentation, essayons de dormir huit heures, faisons de l’exercice et évitons ces habitudes néfastes qui affectent tant notre santé, comme la consommation de tabac ou d’alcool, par exemple. Mais qu’en est-il de notre « système immunitaire cognitif » ?

Notre esprit a également besoin de mécanismes de défense pour se protéger des idées négatives, nuisibles et fausses. Nous sommes face à un concept qui apparut dans les années 50 et devint populaire à travers des personnalités comme Andy Norman, directeur de l’Initiative Humaniste à l’Université Carnegie Mellon.

Désormais, il est plus commode que jamais d’enseigner aux enfants des stratégies pour se défendre de toutes les manipulations inhérentes qui colonisent une partie des réseaux sociaux. En fait, comme le soulignent les experts, il ne suffit pas d’avoir développé une bonne pensée critique. Il faut développer une immunité adéquate pour pouvoir réagir rapidement aux “virus cognitifs” qui pullulent dans les médias.

Nos jeunes construisent leur identité et leur estime de soi grâce aux réseaux sociaux. Cela peut être très dangereux pour leur santé mentale, étant donné les idées biaisées que transmettent des applications comme Instagram et Tik Tok.

Immunité cognitive
Les médias font appel à nos émotions et à nos multiples biais cognitifs pour nous manipuler.

Qu’est-ce que l’immunité cognitive ?

Le fardeau des informations négatives et préjudiciables n’a jamais atteint des sommets aussi dangereux. La manipulation exercée par les médias aujourd’hui est plus raffinée et complexe. Il convient par ailleurs d’ajouter que nous n’avons jamais été aussi vulnérables que nous le sommes maintenant. La raison? Elles  sont nombreuses.

Nos appareils et leurs notifications constantes détournent et monopolisent notre attention. Les informations circulent presque à chaque seconde et nous n’aimons rien manquer. Un esprit qui épuisa sa capacité à être attentif et différencier les informations utiles des informations inutiles, l’important du marginal, commence à cesser d’appliquer des filtres. Il considère comme vrai tout ce qui arrive pour une question de consommation d’énergie à court terme.

De même, les médias sont de plus en plus capables de prendre le contrôle de nos biais cognitifs, lesquels sont nombreux. Ils nous trompent en faisant appel aux émotions et il leur est facile de nous “infecter” avec des idées et des concepts malveillants. Que faire alors face à ces processus dont nous sommes à peine conscients ? Il existe un outil.

L’immunité cognitive est le mécanisme qui nous permet de filtrer les informations malveillantes. Quelque chose que nous devrions tous renforcer quotidiennement de la même manière que nous prenons soin de notre santé. Approfondissons un peu plus.

L’autoréflexion est un mécanisme métacognitif que nous devrions exercer pour renforcer la pensée critique et l’immunité cognitive.

La biologie de la désinformation : mèmes, filtres et virus médiatiques

Parmi d’autres philosophes, Alfred Tauber discuta du concept d’immunité cognitive. Ses travaux rappellent par exemple que cette idée est présente dans la littérature scientifique et académique depuis près de cinq décennies, même si le concept est peut-être plus récent. Le “moi immunisé” est ce concept qui fait appel à la perception et à la reconnaissance adéquates de ce qui vient de l’extérieur et qui est malveillant pour lui.

Si cette théorie est davantage pertinente aujourd’hui, c’est à cause du scénario numérique qui nous entoure. Il est de plus en plus courant d’entendre dire que la soi-disant biologie de la désinformation devient de plus en plus sophistiquée année après année de manière imparable. Certains médias agissent comme des virus essayant de nous inoculer certaines idées. Pour ce faire, ils utilisent la puissance des mèmes, des algorithmes et de l’intelligence artificielle.

Ils s’infiltrent dans nos émotions, font appel à des sentiments et à des mécanismes inconscients pour nous indigner, nous exciter ou susciter la fascination. Sans s’en rendre compte ou presque, nous sommes capables d’intégrer des idées, des attitudes et des pensées qui sont fausses ou qui, en raison de leur charge de subjectivité compréhensible, ne favorisent pas vraiment nos intérêts. Les exemples sont les concepts de beauté et de schéma corporel que les adolescents assument.

Les parasites mentaux sont des idées nuisibles qui entrent dans nos esprits pour nous manipuler et créer une image complètement fausse et même complotiste de notre réalité.

Comment développer un système immunitaire mental adéquat ?

Le Dr Andy Norman publia le livre Mental Immunity en 2021, pour approfondir et proposer des outils en lien avec l’immunité cognitive. L’objectif n’est autre que de se renforcer contre ces “parasites” présents dans les réseaux sociaux capables d’affecter la santé mentale et la perception de ce qui nous entoure.

Comment le faire? Comment exercer ces barrières mentales capables de nous protéger contre tout ce qui est faux et nous blesse ? Afin d’avoir un système immunitaire cognitif plus fort, nous devons être conscients que nos appareils sont des armes de pouvoir visant parfois la dissuasion et la manipulation. Nous devons savoir comment les utiliser à notre avantage.

Voyons maintenant quelles stratégies pourraient nous être utiles.

1. Soyez conscient de la désinformation

Tout ce qui nous vient n’est pas vrai, ni bénéfique, ni utile. Être conscient qu’une grande partie de ce que nous lisons au quotidien peut avoir un impact malsain sur nous est sans aucun doute la première étape. Il ne s’agit pas de se méfier d’une publication ou d’une information. Il s’agit plutôt d’appliquer un filtre critique, curieux et impartial, capable de contraster ce qu’il lit.

2. Attention, l’esprit s’éveille

Un esprit qui ne se laisse pas manipuler est un esprit concentré et formé à l’attention. Et c’est quelque chose que nous perdons de plus en plus. Le stress, le multitâche, les notifications à toute heure et l’incapacité à s’occuper sereinement de ce qui nous entoure sont des facteurs qui fragilisent notre immunité cognitive.

Faisons preuve d’attention. Prenons soin de ce regard intérieur plus serein et attentif qui filtre avec intérêt chaque aspect de son environnement.

3. Introspection

L’auto-réflexion, explique Frontiers in Psychology, est la bouée de sauvetage pour se détacher des certitudes et des préjugés qui nous aveuglent à la manipulation. C’est aussi ce mécanisme qui désactive la pensée inflexible pour remettre en question ce que l’on tient pour acquis ou ce que l’on reçoit de l’environnement. C’est une capacité métacognitive que nous devons améliorer dès aujourd’hui.

immunité cognitive
Nous devons encourager les mécanismes chez les enfants à développer une bonne immunité cognitive chez eux.

conclusion

L’immunité cognitive est un concept, une idée ou un mécanisme qui mérite d’être testé. Ou du moins en sachant qu’elle existe et qu’il s’agit d’une compétence qui ne ferait pas que renforcer ce sens critique qui nous protège du jeu de la manipulation. De même, c’est une ressource qui médiatise notre bien-être psychologique.

Initier très tôt les enfants à une telle ressource est le plus beau cadeau que l’on puisse leur faire. Les nouvelles générations sont de véritables natifs digitaux qui évoluent sans protections, dans un univers qui ne fait pas toujours office d’allié pour leur développement. Faciliter l’apprentissage des défenses cognitives de base rendrait leur vie beaucoup plus facile et sûre.

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  • Tauber, AI. Immunology’s theories of cognition. Hist Philos Life Sci. 2013;35(2):239-64. PMID: 24466634.

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