« Ils m’ont tuée », une lettre en mémoire des voyageuses argentines tuées en Équateur

· 5 mai 2016

Il y a quelque temps, les réseaux sociaux du monde entier et surtout ceux d’Amérique du Sud se démenaient pour chercher et retrouver deux jeunes voyageuses argentines disparues lors d’un voyage dans un très joli pays, l’Équateur.

Selon la version officielle, la triste histoire s’est résolue en un jour et par internet. Marina Menegazzo et María José Coni ont été brutalement assassinées par deux sans-cœur.

Leurs proches et amis se demandent pourquoi elles ont consenti à se loger dans une résidence précaire de la côte équatorienne cette nuit du 22 février.

Alberto Mina Ponce et Aurelio Eduardo Rodríguez sont leurs assassins. Elles n’ont pas voulu qu’ils les touchent, elles n’ont pas voulu se soumettre et elles ont été lâchement assassinées.

Ils n’ont pas respecté leur décision, ils n’ont pas respecté leur intégrité, ils n’ont pas respecté leur vie. Aujourd’hui, le monde entier dégouline de haine envers eux, une haine qui poursuivra ces deux assassins toute leur vie.

Mais, comme nous l’avons dit, les réseaux sociaux, et la presse de l’indignation et du chagrin ont commencé à poser des questions inexplicables comme : que faisaient-elles à voyager seules ? Comment étaient-elles habillées ? Pourquoi sont-elles allées dans la maison de ces deux hommes ? Qu’attendaient-elles ? 

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Nous leurs répondons : Seules ? Avec qui d’autres allaient-elles aller puisqu’elles voyageaient ? Comment ça, comment elles étaient habillées ? Ce sont elles les coupables de leur assassinat ? Pourquoi les gens se posent ce genre de questions dans ces moments ?

La question adaptée est de savoir ce que l’on va faire avec ces deux assassins et comment nous allons nous défaire du virus qui pollue cette société aussi malade. 

La triste lettre qu’elles ont écrite

Elles ne l’ont pas écrite elles-mêmes, mais on l’a fait selon ce qu’elles auraient écrit. L’autrice de cette lettre ouverte est Guadalupe Acosta et elle invite le monde entier à se mettre à la place de ces femmes et à lever la voix contre le machisme, la violence de genre et l’injustice des questions sur ces assassinats.

Ici, ils m’ont tuée.

J’ai refusé qu’ils me touchent et avec un bâton, ils m’ont fait exploser le crâne. Ils m’ont mis des coups de couteau et m’ont laissée mourir dans mon sang.

Tel un déchet, ils m’ont mise dans un sac de polyéthylène noir, enveloppé de scotch et ils m’ont lancée sur une plage, où l’on m’a retrouvée plusieurs heures plus tard. 

Mais pire que la mort, c’est l’humiliation qui est venue ensuite.

Depuis le moment où l’on a retrouvé mon corps inerte, personne ne s’est demandé où était le fils de p*** qui avait détruit tous mes rêves, mes espoirs, ma vie. 

Non, on a commencé à me poser des questions inutiles. À moi, une morte qui ne peut ni parler, ni se défendre. 

Quels vêtements portais-tu ?

Pourquoi étais-tu seule ?

Une femme ne devrait pas voyager sans être accompagnée…

Tu es allée dans un quartier dangereux. À quoi t’attendais-tu ?

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Ils ont accusé mes parents de me donner des ailes, de me laisser mon indépendance, comme tout être humain. Ils leur ont dit que nous étions sûrement droguées et que nous l’avions cherché, que nous avons fait quelque chose, qu’ils auraient dû nous surveiller.

Et c’est morte que j’ai compris que non, que pour le monde, je ne suis pas l’égale d’un homme. Que mourir est de ma faute, et que ce sera toujours comme cela. Alors que si c’était deux jeunes hommes que l’on avait assassinés, la gens enverraient toutes leurs condoléances et avec leur discours faux et hypocrite, ils invoqueraient une plus grande peine pour les assassins.

Mais puisque je suis une femme, c’est minimisé. C’est moins grave, parce que, bien sûr, je l’ai cherché. En faisant ce que je voulais, j’ai trouvé ce que je méritais car je n’étais pas soumise, car je ne suis pas restée enfermée chez moi, car j’ai dépensé mon argent dans mes rêves. Pour tout cela et bien plus, ils m’ont condamnée.

E ça me fait de la peine, car je ne suis plus là. Mais vous si, vous êtes là. Et vous êtes des femmes. Et vous devez supporter que l’on vous assène toujours le même discours qui consiste à vous « faire respecter », que c’est de votre faute si on vous crie qu’ils veulent vous toucher/lécher/sucer vos organes génitaux dans la rue car vous portez un short sous 40°C degrés, que si vous voyagez seule, vous êtes « une folle » et qu’il vous arrivera sûrement quelque chose. Si on bafoue vos droits, c’est que vous l’avez bien cherché.

Je vous le demande, pour moi et pour toutes les femmes que l’on a fait taire, dont on a brisé la vie et les rêves, de lever la voix. Nous allons nous battre, moi à tes côtés, en esprit, et je vous promets qu’un jour, nous allons être si nombreuses qu’il n’y aura plus de sacs suffisants pour nous faire taire toutes.