Il y a encore des pays où les circonstances déterminent le sort de chacun

04 juin, 2020
Parfois deux situations identiques dans deux régions du monde différentes conduisent à des résultats complètement différents. Il est souvent frustrant de constater que des réalités aussi inégales cohabitent simultanément dans des espaces différents.
 

La vie de nombreuses femmes est toujours sous le contrôle de systèmes politiques qui restent entre les mains des hommes. Il est certain que toute décision dépend en partie des circonstances dans lesquelles elle se déroule. Certaines personnes sont obligées de renoncer à leurs propres intérêts en raison de contraintes imposées par leur environnement.

Une même décision – dans les mêmes circonstances, mais dans un pays différent – peut alors avoir des conséquences totalement différentes. Il est parfois décourageant de constater qu’il existe des réalités aussi disparates qui coexistent en parallèle dans différentes régions.

Une femme aux yeux bandés

 

 

Lorsque les circonstances déterminent le sort de chacun

L’image de cette jeune femme se tenant dans un hôtel de l’aéroport de Bangkok a fait le tour du monde. Avec son mauvais anglais, Rahaf Mohammed, une jeune Saoudienne, demandait de l’aide via Twitter pour que les autorités ne la remettent pas à son père et à son frère, auxquels elle avait échappé quelques heures auparavant. « Ils me tueront« , disait-elle, effrayée mais résolue.

Rahaf ne fuyait ni la guerre ni la misère, mais plutôt les traditions et les normes qui continuent à entraver la liberté des femmes en Arabie Saoudite. Et ce, malgré les réformes annoncées depuis l’arrivée au pouvoir du roi Salmane et de son fils, le prince héritier Mohammed ben Salmane, il y a cinq ans.

 

Après avoir fait circuler sa photo et son passeport, Rahaf déclarait qu’elle en avait assez des restrictions qui lui étaient imposées chez elle. Sa mère l’avait en effet gardée enfermée dans sa chambre pendant 6 mois parce qu’elle s’était coupé les cheveux, qu’elle ne voulait plus porter le hijab, ni prier, ni même être musulmane. Cependant, elle n’avait pas le choix.

La fuite de Rahaf

Elle avait donc profité de vacances en famille au Koweït pour s’enfuir vers l’Australie où elle prévoyait de demander l’asile. Constatant son absence, son père, un homme aux nombreuses relations, a demandé l’aide de diplomates saoudiens à Bangkok où Rahaf était en transit. On lui a alors retiré son passeport en attendant de la renvoyer par le prochain vol vers le Koweït. Elle avait alors 18 ans, l’âge de la majorité.

Rahaf n’est cependant pas la première jeune femme à fuir une famille abusive. Cela arrive en effet dans tous les pays. Mais il n’y a qu’en Arabie Saoudite que les femmes sont soumises à vie à l’autorité des membres masculins de leur famille. Selon les experts, ce système de tutelle, qui s’appelle le wilaya, est le plus restrictif du monde islamique et réduit les femmes au statut de mineures pour toujours.

Les circonstances ne sont pas les mêmes selon les pays
 

Les défenseurs des droits de l’Homme n’appartiennent à aucun pays

La situation de la jeune femme a fini par déclencher une mobilisation internationale sur les réseaux sociaux des féministes, des défenseurs des droits de l’Homme et de nombreuses personnes bien intentionnées.

Beaucoup se sont alors souvenus du cas de Dina Ali. Deux ans plus tôt, cette enseignante de 24 ans avait été interceptée alors qu’elle faisait escale à Manille. Elle tentait alors de rejoindre l’Australie pour des raisons similaires à celles de Rahaf. Les autorités philippines l’avaient ensuite remise à deux hommes qui s’étaient présentés comme ses oncles. Ils l’ont ensuite embarquée de force dans un vol de retour vers Riyad. Depuis, plus personne n’a eu de nouvelles de Dina. La même chose ne pouvait pas se produire avec Rahaf.

Le cas de Rahaf est symptomatique de la condition des femmes en Arabie Saoudite. Malgré les récentes réformes, en particulier sociales et économiques, les femmes saoudiennes sont toujours soumises au système de tutelle saoudien. Cela signifie que de nombreuses femmes luttent encore pour exercer leurs droits fondamentaux dans des circonstances qui les étouffent, explique Dana Ahmed, chercheuse à Amnesty International.

Rahaf al-Qunun s’est rendue à Bangkok, craignant que ses proches ne la tuent pour avoir renoncé à l’Islam. La Saoudienne s’est finalement rendue au Canada, où elle a obtenu un droit d’asile. Cela a été possible grâce aux personnes qui luttent pour les droits de l’Homme dans le monde entier. En particulier, l’ACNUR, l’agence des Nations Unies pour les réfugiés. Dans sa nouvelle vie, les circonstances resteront évidemment imprévisibles. Mais au moins, elle pourra décider de quelle manière y faire face.

 

« L’homme n’est pas l’oeuvre des circonstances, les circonstances sont l’oeuvre de l’homme. »

-Benjamin Disraeli-