Le harcèlement dont personne ne parle : ces parents qui colonisent l’école

19, mai 2017 dans Psychologie 138 Partagés

Aujourd’hui, la réalité du harcèlement scolaire ou bullying est de plus en plus visible grâce à des voix courageuses, à des regards qui refusent d’adopter une attitude passive et à des victimes de ce grand problème social qui comprennent qu’elles n’ont pas à se sentir honteuses ou stigmatisées.

Il est difficile de lutter contre le bullying dans une structure socio-économique qui contient des valeurs dysfonctionnelles et nocives, des valeurs qui sont l’alibi parfait pour les personnes qui harcèlent. Il suffit de regarder les nouvelles sur le sport, les spectacles, les émissions de télévision, les jeux vidéos et les séries pour comprendre que le problème est bien installé et chronique. Mais il y a un soulagement et il est très puissant : nous pouvons maintenant en parler.

Les « parties » impliquées : un tout qui reflète notre société

Le/la harceleur-se est justifié-e par certaines qualités qui s’apparentent au succès et au charisme ; le/la harcelé-e est stigmatisé-e et mis-e de côté par sa particularité ou tout simplement parce qu’iel a le rôle du bouc émissaire qui exempte les autres de recevoir des agressions.

La partie spectatrice, qui sont les groupes les plus occupés et denses, refuse de s’impliquer dans un conflit qu’elle ne ressent pas comme étant le sien car la société lui inculque que c’est peu « rentable », « pragmatique » et même contre-productif.

Si l’on veut que le harcèlement soit détecté et traité, nous ne pouvons pas rester à la surface des choses, comme des spectateur-trice-s ou comme des récepteur-trice-s de dénonciations. Le harcèlement et la maltraitance vont bien au-delà des coups ou des moqueries.

Parfois, le/la harceleur-se est un fidèle reflet de ce qui se passe dans notre environnement : le rejet de l’excellence, l’annulation de la diversité, l’exclusion de l’originalité. On choisit une cible vulnérable, sans privilèges. De plus, ce n’est pas seulement la cible de la colère mais la conséquence évidente d’une faille chez tout le monde, car personne ne parvient à détecter les faits à temps.

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Le mercantilisme et le faux concept de succès comme origine du harcèlement d’aujourd’hui

Le harcèlement, tel que nous le comprenons aujourd’hui, a été une question tabou pendant des années. Aujourd’hui, c’est l’adhésion à la nouvelle vague de la psychologie et de la pédagogie influencée par une compétitivité sauvage.  On oublie tout ce qui gêne, on mercantilise toutes les ressources des écoles, on jette des ballons si un groupe d’enfants ne s’y adapte pas.

On peut voir que l’on apprend plusieurs langues à des enfants, non pas pour la richesse culturelle, mais pour la richesse matérielle qu’un jour ils pourront en tirer. On approfondit de moins en moins dans des matières comme la philosophie. On leur apprend et on les prépare à gagner, alors qu’ils ne savent pas comment coexister.

On ne leur parle pas d’autres réalités et on ne travaille pas l’empathie, ce qui pourrait prévenir de nombreux cas de harcèlement. Cette réalité est trop sombre et l’avancée des ressources ne va pas dans le sens de grandes avancées éducatives. Cela ne suffit pas d’avoir 20/20 aux devoirs si l’on a 0 en éducation.

Si nous ne voulons pas de harcèlement, si nous voulons l’égalité et si nous voulons de l’éducation, nous pouvons y arriver. La condition indispensable pour arriver à peindre une réalité chaleureuse et confortable est de savoir comment fertiliser le champ pour éviter le harcèlement. Il y a pas de baguette magique pour cela, il faut y travailler jour après jour, ensemble. Créer de la conscience et non pas de l’indifférence.

Les parents colonisateurs de l’espace scolaire : un harcèlement actuel dont personne ne parle

Nous devons être capables de détecter quels sont les points communs du harcèlement mais aussi comment ils peuvent se cacher derrière d’autres comportements, comme ceux des parents, des professeur-e-s et des élèves. Dernièrement, la sur-protection et la délégation absolue aux centres scolaires d’une instruction qui est en compétition avec celle des parents provoquent de sérieux problèmes de discipline dans les salles de classe.

Il existe une confusion entre les rôles et les désirs des parents actuels. D’un côté, ils souhaitent que leurs enfants restent plus longtemps à faire leurs activités en dehors de la maison (à l’école notamment). De l’autre, sans s’impliquer, ils prétendent avoir une autorité totale sur les professionnels qui travaillent avec leurs enfants.

Le problème de l’éducation actuelle, c’est qu’il n’y a pas eu de transition progressive et optimale entre les anciens modèles éducatifs, obsolètes et autoritaires et les modèles coopératifs et démocratiques qui confisquent l’autorité aux professionnel-le-s de l’éducation.

Cela affecte l’éducation en général, mais notamment le problème du bullying. Comment les professeur-e-s ou les psychologues scolaires peuvent-iels dénoncer une situation d’abus alors que leurs compétences sont systématiquement questionnées par les parents et même par les propres élèves ?

Il existe aujourd’hui une certaine dénaturalisation du développement scolaire chez beaucoup d’enfants, ce qui provoque de grandes difficultés pour détecter les cas de harcèlement. De plus en plus d’activités sont réalisées à l’école. Des célébrations et des anniversaires qui devraient être une fête pour tou-te-s, mais dont certains enfants commencent à être exclus à la suite de la décision de parents d’autres élèves.

Les querelles entre adultes qui se projettent sur un espace commun. D’autres parents sont spectateurs mais refusent de prendre parti. Les professeur-e-s ne peuvent pas compter sur des collaborateur-trice-s et des données fiables pour changer la dynamique de la situation. Les enfants voient les comportements d’exclusion renforcés autour d’eux. Le harcèlement des enfants à l’école provient des attitudes des parents.

Beaucoup d’adultes commencent à se comporter comme des « enfants ». Ils questionnent les professeur-e-s de manière systématique, ils refusent de voir tout mauvais comportement de leur enfant. Ils stigmatisent le comportement d’autres enfants, amplifient et alimentent toute querelle entre deux enfants au lieu d’opter pour le dialogue. Il s’agit aussi d’un harcèlement silencieux, dont personne ne parle.

Ne laissons pas le harcèlement prendre de nouvelles formes

Mais il existe une joie : l’ancien harcèlement a été détecté et aujourd’hui, nous essayons de conscientiser la population et de l’éradiquer. Nous ne devons pas le laisser prendre d’autres formes et se nourrir de nouvelles racines.

Détectons avec anticipation ce nouveau type de harcèlement qui, lorsqu’il n’est pas tu, atténue le mal être. Ne transformons pas nos enfants en pantins de nos frustrations, en leur apposant des étiquettes qui peuvent provoquer chez eux le fameux « effet Pygmalion » (prophétie autoréalisatrice).

Laissons-les commettre des erreurs ou de bonnes actions avant de penser que l’on a le droit d’établir des principes sur leur comportement et leur personnalité, ce qui conditionne les autres dans leurs manières d’avoir des relations avec eux. Ne devenons jamais des spectateur-trice-s, mais surtout ne créons pas, avec notre modèle, des attitudes de harcèlement chez nos petit-e-s.

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