Les enfants ne se perdent pas à l’extérieur, mais bien dans la maison

18 avril 2017 dans Psychologie 465 Partagés

Les enfants ne se ‘perdent’ pas à l’extérieur. Cette perte débute dans le foyer de ce père absent, de cette mère toujours occupée, où les besoins ne sont pas entendus et les frustrations non gérées. Un-e adolescent-e se déracine après une enfance d’indifférence et d’un amour qui n’a jamais su éduquer, orienter, aider.

Commençons par dire qu’il y a bien sûr toujours des exceptions. Il existe évidemment des enfants avec des comportements non adaptés qui ont grandi dans des maisons où l’harmonie règne et des adolescent-e-s responsables qui sont parvenu-e-s à marquer une distance avec cette famille en dysfonctionnement. Il y a toujours eu des faits isolés qui échappent à cette dynamique plus classique où ce qui se passe chaque jour à la maison marque irrémédiablement le comportement de l’enfant  à l’extérieur.

« Semez de bonnes idées chez les enfants, même s’ils ne les comprennent pas aujourd’hui, le futur se chargera de les faire fleurir. »

-Maria Montessori-

En réalité, aussi curieux que cela puisse paraître, un père ou une mère n’accepte jamais complètement ce type de responsabilité. De fait, quand un enfant montre des comportements agressifs dans un centre scolaire, et que l’on prend contact avec les parents, il est habituel que la famille fasse culpabiliser le système, l’instituteur-trice et/ou la communauté scolaire qui ne sauraient pas « éduquer », comprendre les besoins et appliquer les bonnes stratégies.

Concernant l’éducation d’un enfant, il est évident que nous sommes tou-te-s des agents actif-ve-s (école, médias, organismes sociaux…). Mais c’est la famille qui fera germer dans le cerveau de l’enfant les concepts de respect, la racine de l’estime de soi ou l’étincelle de l’empathie.

Nous vous proposons à présent de réfléchir à ce sujet.

Les enfants, l’héritage le plus important de notre futur.

H G Wells a dit un jour que l’éducation du futur allait main dans la main avec la catastrophe. Dans son œuvre La machine du temps, il affirme que pour l’année 802.701, l’humanité sera divisée en deux types de société. L’une d’entre elles qui vivra sur la surface de la Terre, seront les Eloi, un peuple sans écriture, sans empathie, intelligence ou force physique.

Selon Wells, le style éducatif qui prédominait à son époque montrait déjà des signes dans ce sens. Le début des examens standardisés, de la compétition, des crises financières, du manque de temps des parents pour éduquer leurs enfants et la préoccupation nulle pour inciter à la curiosité infantile ou le désir inhérent d’apprendre faisaient qu’à l’aube du XXe siècle, le célèbre écrivain n’augurait rien de bon pour les générations futures.

Il ne s’agit pas d’alimenter tant de pessimisme, mais plutôt de tirer la sonnette d’alarme et le sens des responsabilités. Par exemple, les thérapeutes, les conseiller-ère-s d’orientation et les pédagogues se plaignent beaucoup du manque de soutien familial auquel iels sont confronté-e-s en cas d’intervention auprès d’un-e adolescent-e problématique, ou d’un enfant qui montre des problèmes émotionnels ou d’apprentissage.

Lorsqu’il n’y a pas de collaboration réelle ou même lorsqu’un père ou une mère n’autorisent pas ou boycottent le/la professionnel-le, le/la maître-sse ou le/la psychologue, l’enfant continue à être perdu. Et plus encore, cet-te adolescent-e se sentira plus fort-e pour continuer à défier les adultes et cherchera en dehors de la famille et des institutions ce qu’il n’y trouve pas ou ce qu’on ne peut pas lui donner.

Enfants difficiles, parents occupés et émotions contradictoires

Il y a des enfants difficiles et demandeurs qui aiment agir comme d’authentiques tyrans. Il y a des adolescent-e-s incapables d’assumer des responsabilités et qui adorent dépasser les limites que les autres leurs imposent, se rapprochant ainsi dangereusement de la délinquance. Nous connaissons tou-te-s plus d’un cas, mais nous devons prendre conscience de quelque chose : rien de tout cela n’est nouveau. Rien de tout cela n’est provoqué par Internet, ni par les jeux vidéos, ni par un système éducatif permissif.

« Avant d’apprendre à lire à un enfant, apprends-lui ce qu’est l’amour et la vérité. »

-Gandhi-

Pour conclure, ces enfants ont les mêmes besoins et les mêmes comportements qui appartiennent simplement au contexte actuel. Ainsi, la première chose à faire est de ne « pathologiser » ni l’enfance ni l’adolescence. La deuxième chose, c’est qu’il faut assumer notre part de responsabilité, que ce soit en tant qu’éducateur-trice-s, professionnel-le-s de la santé, de médias grand public ou d’agents sociaux. La troisième, et pas des moindres, c’est de comprendre que les enfants sont sans aucun doute le futur de la Terre, mais avant tout, qu’ils sont les enfants de leurs parents.

Réfléchissez à ces aspects importants.

Les ingrédients de l’éducation authentique

Quand un-e professeur appelle une mère ou un père pour les avertir d’un mauvais comportement de leur enfant, la première chose que ressent la famille c’est la remise en cause de l’amour qu’elle a pour son enfant. Mais cela n’a rien à voir. Ce qui arrive, c’est que parfois, cette affection, cet amour sincère est projeté inadéquatement sur l’enfant.

  • Aimer un enfant, ce n’est pas satisfaire tous ses caprices, ce n’est pas lui ouvrir toutes les frontières ou éviter de lui refuser des choses. L’amour authentique est celui qui guide, celui commence par instiller le sens réel de la responsabilité chez l’enfant, et celui qui sait gérer ses frustrations en disant « NON » à temps.
  • L’éducation de qualité est pleine d’émotions et comprend la patience. L’enfant demandeur n’arrête pas ses comportements avec un cri ou deux heures de solitude dans sa chambre. Ce qu’il demande et remercie, c’est d’être compris avec des mots, avec de nouvelles stimulations, avec des exemples et avec des réponses à chacune de ses questions avides.

Sachez qu’aujourd’hui, beaucoup de parents sont obligés de faire des journées de travail peu ou très peu en accord avec la vie de famille. Mais ce qui importe véritablement, ce n’est pas le temps partagé avec les enfants, mais la QUALITÉ de ce temps.

Les parents qui savent ressentir les besoins, les émotions, qui sont présents pour guider, orienter et pour favoriser l’intérêt, les rêves et les espoirs chez leurs enfants sont ceux qui laissent leurs empreintes et leurs racines, et qui évitent que leurs enfants les recherchent à l’extérieur.

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Images de A. Varela

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