Hallucinations hypnagogiques et paralysie du sommeil

16 février 2019
Le sommeil induit bien des phénomènes étranges et particuliers.

Les hallucinations hypnagogiques sont des expériences perceptives qui se produisent au début du sommeil. Elles consistent en des rêves très réalistes qui impliquent aussi des phénomènes visuels, tactiles et auditifs. Les hallucinations hypnopompiques, au contraire, sont des expériences similaires qui se produisent au réveil.

Le terme pompe (action d’envoyer), en référence aux hallucinations hypnopompiques, a été utilisé pour la première fois par Myer en 1918 pour décrire ces phénomènes au cours de la transition entre le sommeil et le réveil.

La première description des hallucinations hypnagogiques a été faite par le psychiatre français Baillarger en 1846. Ce psychiatre leur a donné le nom d’hallucinations psychosensorielles. En 1848, Maury a introduit le terme hipno (sommeil) et agogos (induit) pour désigner les hallucinations ou illusions qui annoncent le sommeil.

Ainsi, ces hallucinations se produisent quand le sujet pense être éveillé. La personne peut voir, entendre et sentir mais ne peut pas bouger. C’est pour cela que les hallucinations hypnagogiques sont liées à la paralysie du sommeil.

paysage onirique et hallucinations hypnagogiques

Prévalence et histoire des hallucinations hypnagogiques

Les hallucinations hypnagogiques et hypnopompiques au sein de la population générale se produisent chez 25-30% des personnes affectées par la narcolepsie. En 1957, les auteurs Yoss et Daly ont inclus ces hallucinations dans les critères diagnostiques de la narcolepsie. Elles se produisent aussi lors de troubles de somnolence diurne excessive; on les retrouve fréquemment chez des patients qui souffrent de paralysie du sommeil avant de s’endormir.

Par ailleurs, certaines substances psychoactives comme le khat et le haschisch ont été liées à l’induction d’hallucinations hypnagogiques et hypnopompiques.

Paralysie du sommeil et hallucinations hypnagogiques

La paralysie du sommeil consiste en une incapacité généralisée et transitoire de bouger ou parler. Elle se produit fondamentalement au cours de la transition sommeil-veille. C’est au cours de cette phase qu’ont lieu les hallucinations hypnagogiques.

La paralysie du sommeil et les hallucinations hypnagogiques ont été considérées comme d’importantes caractéristiques du cauchemar. La culture populaire a toujours agrémenté ces symptômes d’interprétations surnaturelles. Ainsi, on pensait que la paralysie du sommeil et les hallucinations pouvaient être provoquées par la visite de démons et d’esprits.

En 1834, l’auteur McNish a pour la première fois défini le cauchemar :

« L’imagination ne peut pas concevoir les horreurs auxquelles le cauchemar donne fréquemment libre cours… Toutes les choses horribles, répugnantes ou terrifiantes du monde physique ou moral se présentent face à la personne. Elle peut d’abord avoir l’impression qu’un démon se tient à ses côtés. Pour fuir la vision d’un objet aussi atroce, elle ferme les yeux mais cet être effrayant reste bien présent; son haleine froide se diffuse sur son visage, et la personne sait qu’elle est face à un démon. Ensuite, si elle regarde vers le haut, elle voit des yeux horripilants qui la fusillent du regard et un aspect de l’enfer qui lui sourit avec une malice encore plus infernale. Elle peut aussi avoir l’impression qu’une monstrueuse sorcière est tapie sur sa poitrine, immobile et maligne ».

Il s’agit d’une définition du cauchemar qui a été écrite il y a plus d’un siècle. En la lisant et en étudiant d’autres rapports, on voit que le terme a connu un grand changement de sens au cours des dernières 150 années. On a récemment utilisé ce terme pour désigner des rêves très réalistes, au contenu désagréable, qui produisent une importante sensation de peur chez le sujet et finissent souvent par le réveiller.

hallucinations hypnagogiques

 

Incube : le démon nocturne

Dans son livre On the Nightmare, Jones explique que le mot cauchemar signifiait, à l’origine, « fanatique de la nuit » ou « incube nocturne ». Ces démons nocturnes sont devenus responsables des expériences de sommeil terrifiantes.

Un incube est un démon qui, selon la mythologie populaire européenne du Moyen-Âge, se plaçait au-dessus des femmes qui dormaient. La légende raconte que l’intention du démon était d’avoir des relations sexuelles avec les femmes sur lesquelles il s’asseyait. Son objectif pouvait parfois être d’avoir une descendance avec la femme violée, comme on le raconte dans la légende de Merlin. Sa contrepartie féminine, qui se place au-dessus de l’homme endormi, est le succube.

Les incubes rendaient visite aux personnes la nuit et s’asseyaient ou se couchaient sur leur poitrine, en les paralysant. Jones signale que cette croyance était presque universelle à tous les âges et dans toutes les cultures. Il semble donc que les hallucinations hypnagogiques dont nous parlons sont en quelque sorte considérées comme le berceau de l’apparition des démons nocturnes.

Ce type d’hallucinations, en plus de la paralysie du sommeil, est actuellement étudié en tant que symptôme de la narcolepsie. Cependant, il semblerait que ces phénomènes puissent aussi avoir lieu chez des sujets sains.

 

  1. Ohayon, M. M., Priest, R. G., Caulet, M., & Guilleminault, C. (1996). Hypnagogic and hypnopompic hallucinations: pathological phenomena?. The British Journal of Psychiatry, 169(4), 459-467.
  2. Broughton, R. (1982) Neurology and dreaming@ Psychiatric Journal of the University of Ottawn, 7,101-110.
  3. Goode, G. B. (1962) Sleep paralysis. Archives of Neurology, 6, 228-234.
  4. Hishikawa, Y. (1976). Sleep paralysis. Advances in sleep research, 3, 97-124.
  5. Granek, M., Shalev, A., & Weingarten, A. M. (1988). Khat‐induced hypnagogic hallucinations. Acta Psychiatrica Scandinavica, 78(4), 458-461.
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  7. Liddon, S. C. (1967). Sleep paralysis and hypnagogic hallucinations: Their relationship to the nightmare. Archives of general psychiatry, 17(1), 88-96.
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