Faites-le chez vous : la nouvelle alternative en période de pandémie

20 mai, 2020
Faire son pain, coudre, cultiver un petit jardin chez soi... Le confinement nous fait retrouver le plaisir de réaliser des choses à la main, ce qui est extrêmement bénéfique pour notre cerveau : l'anxiété et le stress sont en effet réduits.

Le confinement n’a pas seulement changé nos habitudes de vie. D’une certaine façon, il nous a aussi forcé à renforcer notre ingéniosité et à découvrir des habiletés qui étaient jusque là endormies. Le mouvement «faites-le chez vous» caractérise cette époque de pandémie où cuisiner, fabriquer, construire et même être son propre coiffeur est devenu habituel.

Mais cela veut-il dire que, lorsque nous retrouverons une situation normale, nous cesserons d’aller à la boulangerie tous les jours ou nous nous passerons pour toujours de nos coiffeurs ? La réponse est non. Lorsque nous récupérerons nos obligations et notre rythme de vie, nous ferons face à de multiples changements, cela ne fait aucun doute. Malgré cela, nous ne cesserons d’avoir recours à ces services de base que nous offrent les professionnels de chaque secteur.

C’est toujours dans les périodes compliquées qu’émergent de grands remèdes pour des choses qui nous font soudainement défaut. Nous l’avons vu, par exemple, dans ce merveilleux mouvement de solidarité qui a poussé des hommes et des femmes à coudre des masques. Désormais, à différents degrés, on les confectionne chez soi pour en avoir un personnalisé, un qui s’adapte aux goûts et style des plus jeunes de la maison.

Beaucoup ont appris à coudre, à cuisiner et même à cultiver un petit jardin. Qui plus est, la majorité du temps, nous ne le faisons pas par besoin, à cause d’une pénurie de certains produits. Il s’agit seulement de faire passer le temps, de laisser libre cours à son imagination et de rendre cette succession de jours enfermés plus facile à vivre. Car, en effet, le confinement a dressé des murs physiques et, parfois, mentaux.

Se couper les cheveux : faites-le chez vous !

Faites-le chez vous : plus qu’un besoin, un plaisir

Au cours de ces dernières semaines, les réseaux sociaux se sont remplis de photos de personnes qui voulaient publier le résultat de leurs expériences en cuisine. Nous avons vu différents types de pain. Nous avons été surpris par des recettes incroyables de desserts prometteurs, certains plus réussis que d’autres. Il y a peu de temps, la tendance était aux gnocchis et, si le confinement se prolonge, nous verrons sûrement une autre tendance émerger, avec un autre type de plat ou de dessert.

L’effet de contagion ne manque pas dans ce type de mouvement de faites-le chez vous. Ce que nous voyons sur Instagram finit par éveiller notre curiosité et notre envie d’imiter ce comportement. C’est pour cette raison que, par exemple, pendant plusieurs semaines, les produits les plus achetés dans les supermarchés ont été la levure et la farine.

Cependant, même si ces comportements sont évidemment curieux d’un point de vue psychologique, il convient d’en nuancer un aspect.

Il est vrai que nous ne pouvons pas aller faire des courses régulièrement et, parfois, le pain frais ou la petite pâtisserie du jour peuvent nous manquer. Or, si beaucoup de gens se sont mis à cuisiner, ce n’est pas par besoin : c’est par plaisir, et pour faire passer le temps.

Travailler de ses mains est thérapeutique pour réduire la dépression

Chacun affronte cette période de confinement comme il le peut et le veut. Tout est acceptable, qu’il s’agisse de se reposer et de s’en tenir au minimum ou, au contraire, d’accumuler les activités.

Quoi qu’il en soit, le mouvement faites-le chez vous présente un avantage qui vaut la peine d’être souligné. Travailler de ses mains, réaliser des tâches manuelles et créatives a des effets sur notre santé mentale et réduit la dépression.

Un travail très intéressant illustre d’ailleurs ce point. La docteure Kelly Lambert, neuroscientifique à l’Université de Richmond, aux Etats-Unis, a publié un livre intitulé Lifting Depression: A Neuroscientist’s Hands-On Approach to Activating Your Brain’s Healing Power qui nous parle de ce sujet.

Cuisiner, coudre, tricoter, modeler, peindre, dessiner, cultiver, etc., sont des activités qui focalisent notre attention sur l’instant présent, régulent les émotions, réduisent le stress et augmentent même notre plasticité cérébrale. Nous pourrions dire qu’elles sont idéales en ces temps de crise.

Le tricot, faites-le chez vous !

Faites-le chez vous, découvrir que nous pouvons aussi nous autoapprovisionner

Certains ont commencé, sur leur balcon, dans leur véranda ou leur petit jardin, un projet de culture. Planter des graines, les voir pousser et découvrir comment germe une plante nous permet de voir que nous pourrions nous nourrir de ce que nous cultivons.

Faire du pain, nous couper les cheveux, coudre ou même suivre un cours à distance nous permet de voir que, parfois, on peut réussir à faire de petites choses sans sortir de chez nous.

Nous pouvons (bien humblement) nous autoapprovisionner avec certains produits et services, de façon limitée, mais il s’agit là d’un début. Cette période de confinement nous permet ainsi, peut-être, deux choses.

  • La première, de reconnaître encore plus l’importance de tout ce personnel qui garantit notre subsistance quotidienne (personnel de supermarché, agriculteurs, etc.)
  • La seconde, de découvrir, grâce à cette tendance de faites-le chez vous, que nous sommes capables de faire beaucoup plus de choses que nous ne pourrions le croire. Et que ces choses nous plaisent

Le travail fait avec nos mains est très gratifiant et cela nous permettra de l’apprécier encore plus. Nous y aurons peut-être d’ailleurs recours dans le futur pour faire un petit jardin écologique ou pour manger de façon plus saine en suivant des recettes maison et en évitant le rayon des produits congelés ou des plats préparés. Pensons-y.

  • Heuninckx, S., Wenderoth, L., & Swinnen, S. (2008). Systems Neuroplasticity in the Aging Brain: Recruiting Additional Neural Resources for Successful Motor Performance in Elderly Persons. Journal of Neuroscience, 28 (1) 91-99; DOI: https://doi.org/10.1523/JNEUROSCI.3300-07.2008
  • Kays, Jill L., et al. (2012). The Dynamic Brain: Neuroplasticity and Mental Health. The Journal of Nuropsychiatry and Clinical Neurosciences. https://doi.org/10.1176/appi.neuropsych.12050109
  • Lambert, Kelly (2010) Lifting Depression: A Neuroscientist’s Hands-On Approach to Activating Your Brain’s Healing Power. Basic Books.