Erving Goffman et la théorie de l’action sociale

3 juin 2017 dans Psychologie 61 Partagés

Cela vous arrive sûrement aussi : à chaque fois que vous retrouvez un ami ou une connaissance, vous vous dites que sa vie est phénoménale. Si vous y réfléchissez, à chaque fois que vous allez sur les réseaux sociaux, vous trouvez une infinité de profils qui respirent le bonheur. Pour prendre de la distance vis à vis de cette vitrine partielle et biaisée, il peut être intéressant de voir le monde du point de vue d’Erving Goffman et de sa théorie de l’action sociale.

Goffman est l’auteur d’une œuvre dans laquelle il aborde un thème très complexe : la création de la personnalité humaine au moyen de son interaction avec son entourage. Pour ce sociologue, une bonne partie des comportements de chaque personne dépend de ses relations avec les autres.

Qui est Erving Goffman ?

Avant de continuer, cela vaut la peine d’expliquer qui est Erving Goffman. Cet homme fut un psychologue et sociologue réputé, qui est mort en 1982. Il a laissé un grand héritage dont nous allons parler aujourd’hui.

Tout au long de sa carrière professionnelle, il a consacré une grande partie de son énergie à l’observation participante, afin d’étudier le comportement humain. De son travail, ont surgi des théories sur les interactions sociales et le lieu que chaque personne prend dans la hiérarchie sociale.

Pendant son activité, il a publié plusieurs livres prestigieux. Ses ouvrages les plus connus sont Stigmate, sorti en 1963, Asiles, paru en 1961 et La mise en scène de la vie quotidienne, en 1956.

La théorie de l’action sociale, par Erving Goffman

Entrons à présent dans le cœur de la théorie de l’action sociale d’Erving Goffman. Comme nous l’avons dit, il défend que le comportement humain dépend de ses mises en scène et des relations personnelles. Ainsi, nous sommes tou-te-s immergé-e-s dans une gestion constante de notre image face au reste du monde.

Cette interaction que chaque individu réalise avec son entourage le pousse à chercher la définition de chaque situation dans le but de la contrôler. De cette manière, nous essayons de gérer les impressions que les autres ont de nous.

Dans ce cas, on pourrait dire que nous sommes des acteurs et que nous interprétons notre rôle face à un auditoire qui peut être une ou plusieurs personnes. Il semble évident que Goffman a raison dans ce détail car nous essayons tous de projeter une image favorable aux autres. Que ce soit parce que l’on veut plaire, sympathiser, nous faire haïr… nous agissons tous en essayant d’être cohérent avec l’image que l’on donne.

Pour Goffman, et toujours selon sa théorie de l’action sociale, lorsqu’on interagit, ce que l’on cherche vraiment, c’est créer des impressions qui forment des interférences sur le public. Nous le faisons car nous pensons que ces interférences seront bienfaisantes pour nous, car c’est en elles que nous essayons de refléter les aspects de notre identité que nous souhaitons communiquer, outre le fait de montrer notre intention.

« Dans leur condition d’agissants, les individus se préoccupent de maintenir l’impression qu’ils respectent beaucoup de règles qu’on peut leur appliquer pour les juger. »

-Erving Goffman-

L’image publique que nous projetons

Selon les paramètres théoriques de Goffman, chaque individu gère ses relations en essayant de les diriger vers l’image publique qu’il souhaite projeter. Ainsi, il crée des projections successives qui seront présentes, d’une manière ou d’une autre, dans la communication avec leurs interlocuteurs potentiels.

Pour mieux comprendre, imaginons que nous voulons plaire ou « faire bien » face à quelqu’un. Pour cela, nous créerons et nous projetterons une image vers cette personne qui représente, selon nous, le meilleur de nous-même.

Si l’on va plus loin dans la théorie et ses exemples, des psychologues comme Rafael Ramírez Lago la considèrent comme excellente pour étudier les projections que nous inscrivons sur les réseaux sociaux. On pourrait dire que nous cherchons à créer des présentations qui reflètent une image positive à travers des vidéos et des photographies qui montrent notre supposé bonheur.

Ainsi, la théorie de l’action sociale expliquerait les différents rôles que nous jouons en fonction de la demande de chacune de nos interactions sociales et l’image que nous voulons renvoyer. Nous chercherions donc à obtenir des bienfaits, à trouver un confort social et en définitive, à trouver notre place dans le monde.

Le jeu des représentations

Cependant, pour Goffman, ce type d’interactions donne lieu à un jeu de représentations. Ces dites représentations ne seraient jamais transmises par l’identité réelle, mais par l’identité rêvée, voulue ou désirée.

C’est-à-dire que l’on pourrait identifier l’être humain comme une sorte d’ensemble de relations publiques envers lui-même. Nous utilisons notre interprétation comme une campagne de marketing pour montrer aux autres le meilleur de nous-même.

Finalement, nous voulons insister sur le fait que la théorie de l’action sociale de Goffman est belle mais fait surgir quelques questions. Sommes-nous vraiment ainsi ? Notre monde social se concentre-t-il sur l’image que nous voulons projeter ? Les réseaux sociaux sont-ils des haut-parleurs plein de théorie ?

Nous n’avons pas les réponses mais le fait que 2000 millions de personnes aient un profil Facebook et que la plupart de ces profils montrent un visage positif est sûrement une preuve que ce psychologue n’était pas sur le mauvais chemin.

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