Un-e enfant qui ment est un-e enfant qui a besoin d’être éduqué-e, mais cela ne veut pas dire qu’iel mérite moins d’affection

8 mars 2017 dans Psychologie 82 Partagés

C’est peut-être en ayant recours à une fantastique phrase du Dr Seuss qui dit que « les adultes sont simplement des enfants obsolètes » que nous comprendrons mieux un enfant qui ment. L’empathie avec les enfants est une arme puissante car, en fin de compte, ne sommes-nous pas nous-mêmes, les adultes, un peu menteur-se-s aussi ?

Tout parent aimerait savoir pourquoi les enfants mentent. Parfois, ce pourrait être aussi simple que d’essayer de penser comme elleux. Mais nos enfants sont-iels conscient-e-s de la gravité du mensonge ? Savent-iels différencier le type de mensonges qu’iels disent ? Nous allons essayer de répondre à ces questions.

L’étude sur les mensonges des enfants

Non, un-e enfant qui ment n’est pas moins aimant-e. En fait, selon la psychologue Victoria Talwar, de l’Université McGill au Canada, iels ne considèrent même pas le mensonge comme quelque chose de blanc ou noir. Pour elleux, dire la vérité ou un mensonge dépend des conséquences du message, et plus concrètement du mal que cela va leur faire.

C’est-à-dire que selon l’étude de Talwar, en fonction de la punition que l’enfant va recevoir ou du mal que cela va lui faire, l’enfant choisira entre dire la vérité ou mentir. Iels ne le font pas exprès, iels évitent juste les situations négatives.

Cependant, quand le mensonge vient d’un parent et est destiné à son enfant, le mal causé est beaucoup plus grand. En ce sens, chacun de nos enfants considère que nous les trahissons.


« Les enfants ne se souviennent pas de ce que vous essayez de leur apprendre. Ils se rappellent qui vous êtes. »

-Jim Henson-


Le fait le plus curieux de l’étude, menée auprès de 100 enfants de 6 à 12 ans et leurs parents, est que les progéniteur-e-s ont l’habitude d’expliquer aux enfants qu’il n’est pas bien de mentir. Cependant, en tant qu’éducateur-trice-s, iels mentent, même s’il s’agit d’un acte miséricordieux, pour rendre la vie de leurs enfants plus facile. Mais ceci est un acte qui rend les enfants confus-es, surtout quand iels sont plus jeunes.

Un-e enfant prend-t-iel en compte la motivation qui se cache derrière un mensonge au moment de le juger ?

Dans l’expérience menée par Talwar, diverses vidéos ont été montrées aux enfants, avec des situations où l’on voyait quelqu’un qui était blessé. Parfois, c’était parce qu’une personne mentait et qu’un-e innocent-e était puni-e ; dans d’autres, parce que le-a coupable était puni-e pour avoir dit la vérité.

Une fois que les enfants avaient terminé la vidéo, on leur posait des questions sur l’attitude des différents personnages. L’intention de cette recherche était de connaître le jugement moral porté par les enfants sur les situations qu’iels avaient vues, pour ensuite analyser les stades de développement de chaque enfant sur cet aspect.

Les réponses ont été très variées et ont donné lieu à différentes interprétations. Bien qu’il n’y ait pas d’âge concret pour faire la différence entre la vérité et le mensonge, différentes nuances ont été observées en fonction de ce critère :

  • Les plus jeunes enfants qui ont participé à cette expérience ont, en général, jugé le mensonge comme étant plus négatif. Cependant, iels ont aussi été plus complaisant-e-s avec ce mensonge si celui-ci leur évitait tout mal ou le diminuait.
  • Pour les enfants qui avaient entre 10 et 12 ans, la différence entre vérité et mensonge était plus diffuse. Iels étaient conscient-e-s des conséquences du fait de dire la vérité ou de ne pas la dire, et iels agissaient donc en fonction de leurs intérêts, avec une conscience totale.

Un-e enfant qui ment a-t-iel des raisons de le faire ?

Quand un-e enfant ment, surtout selon son âge, nous ne devons pas le-a voir autant comme une trahison ou un acte digne d’indignation. Selon Alicia Banderas, auteure du livre Petits tyrans” (Pequeños Tiranos en version originale espagnole), il le fait principalement pour éviter des punitions. D’autres raisons pourraient être : la honte d’avoir fait quelque chose de mal ou pour profiter d’une activité qu’iels adorent mais qui leur est interdite ou restreinte.

D’un autre côté, les recherches nous disent que les enfants avec un développement cognitif plus avancé commencent à mentir à l’âge de 2 ans. Pour les autres, mentir commence en général à partir de 3 ou 4 ans, et les enfants le font de la même manière qu’iels se plongent dans le reste des univers qui leur sont inconnus. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’une phase d’expérimentation, celle de l’essai et de l’erreur, de dire un mensonge et de voir jusqu’où vont les conséquences.

Malgré tout, en certaines occasions, et également à partir d’un certain âge, le mensonge peut être provoqué par l’envie de se vanter. Ou même par pure protection de l’intimité de l’enfant ou juste parce qu’on en a envie.

Ainsi, en tant que parents, nous devons faire attention quand nous mentons à nos enfants. S’iles découvrent le mensonge, iels se sentiront probablement trahi-e-s. En plus, si on fait du mensonge un acte habituel, et si nous l’utilisons spécialement pour les manipuler avec des promesses que nous ne tenons pas par la suite, le jour viendra où iels n’auront plus confiance en nous.


« La meilleure façon de faire de bons enfants est de les rendre heureux. »

-Oscar Wilde-


Nous allons donc finir ce chapitre avec la conclusion de l’étude de Talwar. Les parents et les éducateur-trice-s doivent parler davantage avec les enfants et leur expliquer les différences entre les mensonges et les vérités. Le dialogue est la meilleure solution, comme souvent.

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