Disparition forcée, de quoi s'agit-il ?

La disparition forcée, entendue comme l'absence involontaire d'une personne, donne lieu à un processus de deuil marqué par l'incertitude. Une angoisse avec laquelle de nombreuses personnes doivent vivre.
Disparition forcée, de quoi s'agit-il ?

Dernière mise à jour : 21 juin, 2021

Il y a des phénomènes si douloureux qu’ils est difficile de les qualifier. Certains donnent lieu à des situations que nous avons du mal à assumer, en partie parce que nous ne sommes pas en mesure de les élaborer. Nous parlerons ici de disparition forcée, l’une des violations des droits de l’homme qui causent d’immenses dommages.

Imaginez que la personne que vous aimez le plus disparaisse. Comment vous sentiriez-vous donc ? Il vous serait sans aucun doute difficile de vous développer dans divers domaines. Et si un long moment s’écoule et que vous ne savez toujours rien d’elle ?

Accompagnez-nous donc dans ce voyage inhérent à la disparition forcée. Nous vous montrerons de quoi il s’agit, et nous vous présenterons des stratégies d’adaptation précieuses pour aider à assumer cette douleur qui ne s’arrête pas et sur lesquelles il convient de travailler pour atténuer et éviter les conséquences du phénomène.

“Le crépuscule de la disparition baigne tout avec la magie de la nostalgie.”

– Milan Kundera –

Ombre au sol.

Disparition forcée, de quoi s’agit-il ?

La disparition forcée est une notion qui vient de la sphère juridique. Elle se réfère donc aux personnes qui cessent involontairement d’être présentes. Quiconque l’exerce viole par ailleurs divers droits de l’Homme.

La personne disparaît complètement de l’environnement dans lequel elle se trouvait. Et ce, à cause de divers agents, généralement associés à l’État ou disposant de son consentement, du trafic de drogue ou de groupes ou de personnes ayant un intérêt politique et économique.

Nous ne savons la plupart du temps pas ce qui arrive réellement aux personnes qui disparaissent. De sorte que se manifeste l’angoisse.

Il est par ailleurs rare que ces personnes réapparaissent. Mais si elles le font, elles souffrent généralement de graves blessures psychologiques et physiques.

De plus, elles sont souvent conscientes que leurs proches ne savent pas où elles se trouvent. Et qu’il sera difficile pour quelqu’un de les aider lorsqu’elles sont capturées et qu’elles subissent des tortures.

L’angoisse n’est toutefois pas seulement l’apanage de la personne qui disparaît. Ses proches doivent en effet y faire face également. En fait, ils entrent dans une profonde incertitude car il ne disposent d’aucune trace de la personne disparue. Selon les Nations Unies, une disparition forcée répond à trois critères :

  • Privation de liberté contre la volonté de la personne.
  • Participation des agents du gouvernement, au moins indirectement.
  • Refus de révéler où se trouve la personne.

Organisations et mécanismes qui cherchent à mettre fin au phénomène

Il existe divers groupes et mécanismes qui luttent contre les disparitions forcées.Voyons-en quelques-uns :

  • Convention internationale contre les disparitions. Son objectif est d’éviter le phénomène, de rechercher la vérité et d’apporter un soutien aux familles, en veillant à ce qu’elles obtiennent justice et réparation.
  • Groupe de travail sur les disparitions forcées ou involontaires. En charge de suivre les États dans leurs progrès d’accomplissement de leurs obligations. De plus, il s’agit de la plus ancienne procédure spéciale de la commission des droits de l’homme.
  • Comité contre les disparitions forcées. Il a été créé après la convention internationale de 2010 pour la protection contre les disparitions forcées. Il coexiste par ailleurs avec le groupe de travail établissant des activités pour prévenir et éradiquer ce phénomène.
  • Commission interaméricaine des droits de l’homme. Les États membres de l’organisation des États américains s’engagèrent à : ne pas tolérer les disparitions forcées, punir ses auteurs et coopérer entre eux pour prévenir, punir et éradiquer ce phénomène.

Il existe par ailleurs différents groupes spécifiques à chaque pays, notamment grâce à l’appui de leaders communautaires et d’organisations dédiées à l’aide aux victimes. Même ainsi, ce phénomène continue d’être un événement alarmant qui ne cesse de se reproduire.

Comment faire face à une disparition forcée ?

Avant de parler de stratégies d’adaptation, nous insisterons sur ce qui peut provoquer une disparition forcée. Approfondissons :

  • Terreur. A travers le sentiment d’insécurité et de peur qui limite les membres de la famille et les proches des personnes disparues.
  • Impact. Chez les proches, dans les communautés et dans la société.
  • Violation des droits. Tels que la sécurité, la dignité, à ne pas subir de torture ou d’autres peines cruelles ; avoir des conditions de détention humaines ; le droit à la vie de famille ; à la vie; à un procès équitable, entre autres.
  • Douleur sans nom. Il est difficile pour les victimes d’exprimer ce qu’elles ressentent. Il reste une trace après le traumatisme, laquelle leur fait revivre encore et encore une douleur intense.

Établir le récit de la disparition, une histoire avec laquelle la personne peut vivre, n’est pas une tâche facile. Il est toutefois possible d’y travailler. De sorte que ce travail et la plupart des stratégies développées reposent sur la résilience.

Il existe en outre différentes manières d’y parvenir. Notons que la résilience peut heureusement s’apprendre. Par exemple, à travers une psychothérapie ou à travers des activités communautaires qui encouragent les victimes à se sentir soutenues pour construire leur propre récit qu’elles peuvent intégrer à leur histoire personnelle.

L’objectif est que l’expérience devienne un point d’ancrage. Un point de force plutôt qu’un poids qui enfonce la personne, de plus en plus, dans l’océan d’émotions à valence négative (tristesse, peur, colère, etc.).

Consultation psychologique.

Les victimes pourraient également recourir à l’art pour surmonter le phénomène. Il s’agit donc d’élaborer l’angoisse à travers le processus créatif, de pouvoir nommer cette douleur que l’on ne sait pas traiter. La nommer, c’est mettre des mots sur tout cet enchevêtrement d’émotions, de perceptions et de pensées, et donc à gérer l’expérience.

D’autre part, diverses enquêtes ont révélé des méthodes précieuses pour gérer l’angoisse résultant des disparitions forcées. Par exemple, Gabriel Gatti (Université du Pays basque) nous présente dans son article différentes propositions, nées de l’ensemble de l’analyse des disparitions en Argentine et en Uruguay.

Il s’agit de parier sur l’impossibilité de parler des silences bruyants, et de forcer le langage jusqu’à ses limites, ce qu’il appelle des parodies sérieuses. Un autre exemple a été mené par la Cunningham Dax Collection, en collaboration avec le Melbourne Jewish Holocaust Center.

Ils ont organisé une exposition avec les œuvres des survivants de l’Holocauste et les familles des victimes. Elle visait à promouvoir la transformation du  traumatisme à travers l’art.

Nous espérons que des initiatives continueront d’être créées à la fois pour faire face aux traumatismes et pour les prévenir. Que la contestation sociale ne disparaisse pas, que nous décidions de quitter nos maisons seulement par volonté, que nous n’ayons pas à nous lever sans savoir où se trouvent les personnes que nous aimons.

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