Le deuil est un adieu plein d’amour

· 14 mai 2017

La vie est constituée de pertes. Nous pouvons gagner à chaque instant mais nous nous retrouvons toujours entre les mains du temps. Parmi ces pertes, on trouve celles qui nous soulagent, celles face auxquelles nous sommes indifférent-e-s ou celles que nous aimerions ne pas avoir à affronter. Ce peut être une personne qui s’en va, tout comme ce peut être un objet, une possibilité ou un rêve. Face à ce dernier type de pertes, surtout celles qui nous entaillent profondément la peau, le deuil est nécessaire.

Le deuil compris comme un champ émotionnel dans lequel nous pouvons manifester notre tristesse, dans lequel les autres se rapprochent de nous pour nous donner un peu de chaleur qui compense, dans une certaine mesure, le froid et le vide qui se sont créés. Un état idéal pour l’empathie, le silence et la compréhension.

Un deuil n’éveille pas toujours l’empathie

Un deuil peut se compliquer, malheureusement, de multiples façons. La première est parce que ce soutien social n’a pas lieu. La majorité des gens comprennent qu’une personne puisse souffrir quand elle perd un être cher car il s’agit malheureusement d’une expérience par laquelle nous passons tou-te-s, tôt ou tard. Cependant, pour certaines personnes, la souffrance occasionnée par un autre type de perte est beaucoup moins compréhensible. Par exemple, beaucoup de personnes qui n’ont jamais partagé leur vie avec un chien ou qui n’ont pas aimé profondément un animal ne comprennent pas la douleur causée par leur perte.

D’autres pertes compliquées à comprendre sont celles qui concernent les opportunités ou les rêves. Ils sont propres à chacun-e, cultivés dans la solitude et, par conséquent, renferment une illusion difficile à exprimer parce que vous ne pouvez la comparer à rien. Vous pouvez dire à une autre personne que vous vous sentez triste parce que tout le travail que vous avez réalisé pendant des années s’est évaporé mais elle aura du mal à vous comprendre si elle ne vous a pas accompagné-e dans cet effort, si elle n’a pas vu votre visage lors des mauvais jours. Expliquer ceci est très compliqué.


Par conséquent, le premier problème présenté par le deuil est peut-être la validation, de la part des autres, de la douleur qu’il renferme.


Les trois fonctions du deuil

La première fonction du deuil est de reconnaître que la perte est survenue. En fait, une expérience qui est dans une certaine mesure antagonique à celle du deuil est celle de la négation : vivre comme si cette personne, ce rêve, cette illusion, cet objet ou cet animal étaient toujours dans nos vies. La personne qui nie la perte se refuse à commencer le deuil.

En fait, quand cette négation survient au tout début, on parle d’une stratégie adaptative parce qu’elle freine l’impact tandis que le cerveau, bien que ce soit de manière inconsciente, commence à assimiler l’information. Cependant, ceci ne se produit pas quand la négation se perpétue car la personne ne peut pas entamer le processus de deuil.

La seconde fonction du deuil est de reconnaître que cette personne ou cette chose si importante qui nous a quitté-e a existé. Le deuil, d’une certaine manière, sert à laver le souvenir de ce qui a été perdu. En ce sens, la négation du deuil peut donner lieu à la culpabilité car en même temps que la personne essaye de se protéger, elle a l’impression de trahir la mémoire de celui/celle/ce qui est parti en ne reconnaissant pas et en n’agissant pas comme le dicte son cœur mais en reconnaissant l’importance de la perte. De cette manière, elle accumule encore plus de sentiments négatifs, voire même de la rancœur et un mépris d’elle-même.


Le deuil remplit une fonction de reconnaissance et d’hommage


Finalement, le deuil permet l’élaboration de l’histoire. Il nous donne de l’espace pour mettre des points finaux aux phrases et pour commencer un nouveau chapitre. Dans de nombreux cas, ce n’est pas toujours comme nous l’avons dit auparavant : le deuil attire l’attention des autres. Une attention qui favorise l’empathie, l’écoute active et l’accompagnement. De cette façon, une possible sensation d’abandon peut s’équilibrer avec les sentiments de bienveillance des autres.

Le deuil est, de cette manière, un acte intime de reconnaissance et d’amour envers la personne qui est partie. Une lettre écrite dans l’air, dans laquelle les affaires se terminent et où une reconnaissance pour les moments partagés s’instaure. La signature se compose de mots simples : « tu vas me manquer, pour toujours ».