Coraline, ou la recherche de la perfection

· 16 septembre 2018

Lorsque nous pensons à des films d’animation, nous pensons aux enfants, au cinéma infantile. Cependant, l’animation va parfois au-delà et parvient à captiver le public adulte. Coraline (2009) est un exemple clair. En effet, il s’agit d’un film infantile qui a causé la terreur chez certains enfants et au contraire la fureur chez les adultes. Cela s’explique par le fait que le film ne soit pas totalement infantile. Il se destine en fait à des enfants pouvant compter sur une certaine maturité leur permettant d’apprécier la magie du film.

Aussi bien sa trame mystérieuse que son esthétisme enveloppant font du film une histoire complexe pour certaines tranches d’âge. Une histoire trop terrifiante. L’animation réalisée avec la technique du stop motion nous rappelle profondément certains films de Tim Burton tels que L’étrange Noël de Monsieur Jack ou Noces funèbres. Cependant, bien que nombreux soient persuadés du fait que ce film soit signé Tim Burton, la réalité est tout autre. 

Cet esthétisme si particulier, si Burtonien et si gothique a une explication. Le fait que nous pensions à d’autres films de Burton n’est pas une coïncidence . Le directeur de Coraline, Henry Selick, fut la main droite de Tim. D’ailleurs, bien que cela puisse paraître impossible, c’est lui qui dirigea le film L’étrange Noël de Monsieur Jack et non pas Tim Burton. L’idée originale de ce film a été tirée d’un poème écrit par Burton. Or, la direction fut reléguée à Selick en laissant Burton comme producteur.

Les deux directeurs se sont nourris d’influences communes et de leurs travaux communs. Ils ont donné ce visuel si spécial et si caractéristique à l’animation en stop motion.

Coraline est un authentique cadeau visuel, un cadeau pour notre fantaisie la plus infantile. L’histoire nous rappelle énormément d’autres histoires telles que le Magicien d’Oz ou Alice au pays des merveilles. Des fillettes qui surgissent dans des aventures bizarres où elles doivent faire face à leurs plus grandes peurs afin d’atteindre la sagesse et la maturité.

Les parents de Coraline sont trop absorbés par leur travail. Ils ont à peine le temps de s’occuper d’elle. Leur environnement se montre très ennuyant. Comme Alice, elle découvrira un nouveau monde secret, un monde merveilleux qui petit à petit deviendra obscur…

L’autre monde

Coraline vient d’emménager avec ses parents dans une vieille maison divisée en appartements, loin de la ville et sans amis. Dans cette maison, elle se sent seule et elle s’ennuie : elle souhaiterait se trouver dans un autre lieu. Bien qu’ils travaillent dans une boutique de botanique, ses parents ont un jardin très mal entretenu. Ils sont trop occupés et n’ont quasiment pas le temps de réparer la vieille maison ce qui fait qu’elle se transforme en un lieu absolument pas accueillant.

Parmi les voisins, on distingue :

  • Monsieur Bobinsky, un acrobate russe chargé de dresser des rats
  • Mesdames Spink et Forcible, deux étranges actrices retraités obsédées par les chiens
  • Wybie, le petit fils de la propriétaire de la maison ; un enfant de l’âge de Coraline trop bavard à son goût. Wybie est celui qui offrira à Coraline une étrange poupée en tissu habillée comme elle

En plus de ces personnages excentriques qui ne plaisent pas à Coraline, il y a le chat. Un chat noir d’apparence négligée dont s’occupe Wybie. On découvre ensuite rapidement que ce chat est bien plus qu’un simple félin.

Une nuit, guidée par des souris, Coraline découvre quelque chose de réellement extraordinaire : une petite porte secrète qui conduit à ce qui semble être une version améliorée de sa vie.

Coraline et la porte secrète

Dans cet « Autre Monde », Coraline découvre une copie exacte de sa maison mais plus colorée, avec un jardin magnifique et des parents totalement dédiés à elle. En partant de la nourriture et en passant par les voisins, tout semble s’être amélioré en traversant cette petite porte. Dans ce nouveau monde amélioré, tous semblent avoir un alter ego, une copie exacte qui, au lieu d’avoir des yeux, a des boutons. Tous sauf Coraline et le chat. Cette caractéristique ne semble pas beaucoup interpeller Coraline car sa vie correspond à ce dont elle avait toujours rêvé.

L’un des personnage qui attire le plus notre attention est Wybie ou « l’autre Wybie ». « L’autre mère » s’est chargé de l’améliorer pour qu’il corresponde au compagnon parfait pour Coraline. Wybie ne peut pas parler mais c’est le personnage le plus révélateur car il semble montrer une certaine crainte vis-à-vis de « l’autre mère ». 

Dans « L’autre Monde », le chat est toujours le même. Il n’a pas de boutons et il traverse la porte aux côtés de Coraline. Cependant, en traversant la porte, le chat montre à Coraline qu’il est capable de parler et il se convertira donc en une sorte de guide spirituel pour elle. Il sera une aide indispensable qui se chargera de l’orienter et de l’avertir en cas de danger.

Coraline dans l'autre monde

Tout semble parfait dans « L’autre Monde » jusqu’à ce que Coraline ne découvre qu’en lui, vivent des âmes emprisonnées d’autres enfants. Ce sont des enfants qui vécurent de longues années auparavant. Parmi eux se trouve la sœur de la grand-mère de Wybie. Pourquoi ont-ils tous des boutons ? Comment « l’autre-mère » a-t-elle pu emprisonner Coraline ?

Le film acquière un ton de plus en plus obscur car on découvre les mauvaises intentions de « l’autre mère » au fur et à mesure que nous prenons conscience du fait que la beauté de « L’autre Monde » n’est rien de plus qu’une tromperie, un piège pour emprisonner des enfants comme Coraline. 

Que nous enseigne le film Coraline ?

Coraline est chargé de métaphores qui prétendent prouver la superficialité des apparences et ainsi nous prouver que tout n’est pas ce qu’il paraît. La poupée que Coraline possède n’est rien de plus qu’une marionnette de « L’autre mère ». C’est un outil qu’elle utilise pour espionner la fillette et connaître tous ses secrets.

Les boutons remplaçant les yeux des personnages ont une signification particulière. « Les yeux sont le reflet de l’âme » donc en privant les enfants de leurs yeux, « L’autre mère » devient capable de capturer leurs âmes pour l’éternité.

De la même manière, le chat noir agit comme un conducteur de la facette la plus spirituelle de Coraline et de ses véritables sentiments. Il lui fera voir que cet « Autre Monde » n’est pas si parfait que la lumière. Le véritable nom de Wybie est Wyborne, un jeu de mots faisant référence à « why born » (pourquoi est-il né ?). Il vit avec sa grand-mère. Nous ne savons rien de ses parents, ce qui nous fait penser que son enfance n’a probablement pas été facile. Ces deux personnages ayant provoqué du rejet chez Coraline au début se convertiront donc ensuite en la clé pour échapper et vaincre « l’autre mère ».

Coraline dévalorise Wybie et le chat en raison de leur apparence. Elle en fait de même avec ses voisins excentriques qu’elles considèrent ennuyeux et étranges. Il est clair qu’aucun de ces personnages n’est parfait. Ils ne sont pas même capables d’appeler la fillette par son prénom et croient tous qu’elle s’appelle Caroline, mais la perfection que dégage « L’autre Monde » n’est rien de plus qu’une tentation. 

Lorsque Coraline découvre que ses véritables parents sont en danger et que « l’autre mère » n’a rien fait de plus que de la manipuler, ses véritables sentiments se réveillent. Elle accepte alors les personnes telles qu’elles sont en découvrant qu’elle non plus n’est pas parfaite. Coraline va ensuite vaincre ses peurs et lutter pour sauver les siens en montrant à « l’autre mère » que l’amour va au-delà des apparences. 

Le monde de Coraline n’est pas uniquement une leçon pour les fillettes. C’en est également une pour les parents trop strictes et pour les familles trop occupées qui n’ont quasiment pas de temps à accorder à leurs enfants. Dans un monde dans lequel nous n’avons presque pas de temps, nous oublions souvent le plus important et laissons de côté les valeurs fondamentales. Ainsi, Coraline est un film qui, en plus d’être doté d’un esthétisme fascinant, parvient à captiver le public adulte. 

« On dit que même l’esprit le plus fier peut s’incliner devant l’amour. »

-Coraline-