Comment réconforter avec des mots selon la science : 4 clés de base

Quand il s'agit de réconforter quelqu'un, peu importe ce que nous ressentons ou pensons. L'autre personne compte. Pour cette raison, nous l'aidons donc lorsque nous apprenons à être des facilitateurs d'émotions, des figures capables d'aider l'autre à évacuer ses pensées et ses besoins...

Rédigé et vérifié par le psychologue Valeria Sabater.

Dernière mise à jour : 04 janvier, 2022

Tout le monde ne sait pas réconforter avec des mots. La réalité est qu’il n’est pas facile de soutenir, d’apporter chaleur, réconfort et confort à ceux qui souffrent n’est pas facile. Ainsi, bien que la douleur ait de nombreuses formes et origines multiples, en réalité, lorsqu’il s’agit de soutenir quelqu’un, il existe toujours des stratégies communes qui peuvent nous aider.

L’écrivain suédois Stig Dagerman dit que le besoin humain de réconfort est insatiable. D’une certaine manière, c’est une dimension qui nous manque toujours et qui génère des stries, des blessures et des vides. Le réconfort commence par la compréhension de l’autre et c’est peut-être ce à quoi nous aspirons souvent, une compréhension ou une connexion authentique des autres aux réalités internes.

Lorsque nous passons un mauvais moment, personne ne demande que l’autre ressente cet abattement de la même manière. Nous attendons plutôt une combinaison exquise de savoir être sans juger, de protéger sans besoin de harceler. La consolation part de la dimension invisible de l’affection réelle et, surtout, de cette facilitation qui nous invite à nous libérer des fardeaux, à laisser de côté (et à partager) ce qui fait mal à l’intérieur.

Approfondissons.

Les clés pour savoir réconforter avec les mots

“Courage, tout passe. Ne t’inquiète pas, ce n’est rien. Je suis vraiment désolé de ce qui t’arrive, laisse-toi du temps et tu verras comme dans trois mois tu te sentiras mieux.” Quand il s’agit de réconforter, il existe de multiples ressources et expressions qui, souvent, loin de remplir cet objectif, intensifient encore la souffrance.

Il est vrai que derrière ces expressions se cache la bonne foi. Il est vrai que celui qui nous dit ” calme-toi, j’ai vécu ça et ça passe” le fait sans mauvaise intention. Cependant, celui qui prononce cet amalgame de mots malheureux ne sait pas qu’avec cette phrase il nous transmet une pression (tout le monde la surmonte et si tu ne le faits pas, c’est que tu es mal).

Manque de sagesse, manque de compétences en terme de soutien affectif, maladresse psychologique… Il y a beaucoup d’erreurs qui sont commises dans cette pratique. Et malgré l’empathie et le fait que l’autre personne se connecte avec notre mal-être et notre douleur, ce n’est pas toujours le cas. savoir quoi faire, quoi dire ou comment réagir. Comprendre les clés pour savoir réconforter peut être, selon la science, des outils d’une grande importance que nous devrions tous intégrer.

1. Je sais que tu traverses un mauvais moment et j’en suis vraiment désolé

John Gottman, psychologue clinicien, chercheur et expert en relations de couple, explique également dans ses ouvrages comment mener à bien ce domaine qui, en réalité, est également déterminant dans un lien affectif. Ainsi, il souligne que lorsque l’un des membres souffre, ce qu’il attend de l’autre, c’est qu’il soit sa caisse de résonance – compréhension et empathie.

Gottman le définit comme être un proche « témoin » de la douleur de l’autre personne. Être un miroir et cette présence proche qui comprend et sait être présente. Par conséquent, l’une des meilleures phrases ou expressions que nous pouvons utiliser est, par exemple “Je sais que tu souffres et je suis vraiment désolé”, “” Je suis vraiment désolé pour ce que tu vis, je comprends ton malaise, ta douleur, tristesse…”.

La clé est de valider les sentiments de l’autre. De lui faire voir que tout ce qu’il ressent a du sens. Il est donc important de faciliter le soulagement, de créer un refuge pour que la personne se sente libre lorsqu’il s’agit d’exprimer ce dont elle a besoin.

2. Aucun raisonnement sage, jugement ou référence à ses propres expériences n’est nécessaire

Lorsque vous allez offrir du réconfort et du soutien à une personne, vous n’avez pas besoin de sagesse ou de raisonnement philosophique. Cela n’aidera en effet pas l’autre personne si nous lui expliquons que nous avons vécu la même chose que lui et que nous nous en sommes sorti.

La réalité que vit chaque individu est unique et exceptionnelle. Il vaut donc mieux éviter les comparaisons. En revanche, des études, comme celles menées à l’Université de l’Illinois (États-Unis) indiquent quelque chose d’important. Pour se réconforter avec les mots, il est nécessaire de prendre en compte les aspects suivants :

  • Les comportements conversationnels sont essentiels dans le processus de réconfort et de soutien. Nous devons toutefois éviter les jugements. Des expressions comme “cela t’es arrivé à cause de (…)” ou “ce que tu aurais dû faire est (…)” loin d’aider, invalident.

3. La personne qui souffre ne veut pas de conseils

Des conseils et des recommandations peuvent être donnés par un enseignant à son élève du secondaire. Egalement lorsqu’un ami  nous demande (expressément)des conseils sur un sujet spécifique. Cependant, dans le domaine du réconfort, du réconfort émotionnel et du soutien psycho-émotionnel, il n’est pas utile que quelqu’un nous dise quoi faire dans ces circonstances.

Le Dr Xi Tian et d’autres scientifiques de l’Université d’État de Pennsylvanie étudièrent comment réconforter avec des mots. Ils découvrirent que des conseils bien intentionnés sont contre-productifs. De plus, cela génère souvent une réactance psychologique, c’est-à-dire une tendance à rejeter les indications ou recommandations formulées.

En substance, pour éviter une telle réaction, il est nécessaire d’éviter de dire à l’autre ce qu’il doit faire ou ressentir. Des expressions telles que “sors ça de ta tête ou n’y pense plus” doivent être remplacées par “ce que tu ressens est normal, je te comprends et je suis désolé”.

4. Je suis avec toi pour tout ce dont tu as besoin (quand tu me le dis)

Lorsqu’on cherche à réconforter avec des mots, il est presque plus important d’être clair sur ce qu’il ne faut pas faire. Une erreur que nous commettons très souvent de s’obséder à « être là ». Il est vrai que la proximité aide et est essentielle. Il faut néanmoins savoir laisser des espaces, laisser du temps et respecter les besoins.

Soutenir sans envahir est un art. Être proche sans être pesant est une ressource intelligente et nécessaire. Pour ce faire, il convient que la personne qui souffre sache que nous pensons à elle, que nous la portons dans nos cœurs et que nous sommes disponible si elle en a besoin. Être cette épaule sur laquelle pleurer, ce regard sur lequel se refléter et cette présence qui sait écouter est la clé de l’art du réconfort.

Pour conclure, nous nous sommes tous retrouvés dans cette situation complexe à un moment donné. Tant du côté de ceux qui réconfortent que de ceux qui en ont eu besoin. Aucune des situations n’est simple. Il convient cependant les normaliser et de nous former à cette compétence vitale essentielle. Le réconfort exige de la prudence, de la sagesse et cette connexion émotionnelle qui réconforte sans envahir.

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