Combattre la dépression est une manière de surmonter la pauvreté

· 10 mai 2017

Il est étonnant que cette étude, en lien avec le bonheur, la pauvreté, la dépression et  l’anxiété, n’ait pas été réalisée par des psychologues. C’est un groupe d’économistes qui a pris le parti de faire une recherche sur la manière dont ces variables influent sur la qualité de vie. De plus, iels ont détecté le lien qui existe entre différentes conditions mentales et pauvreté.

La recherche a été menée par la London School of Economics (LSE) en Angleterre. Elle a pris pour échantillon un groupe de 200.000 personnes du monde entier. Le travail a été dirigé par Richard Layard, qui est une sommité en termes de qualité de vie et de bonheur. L’une de ses hypothèses était que le bonheur est plus lié à des facteurs psycho-sociaux qu’aux rentrées économiques. L’étude a en effet démontré que c’était vrai.

« La pauvreté ne vient pas de la diminution des richesses mais de la multiplication des désirs.« 

-Platon-

De plus, la recherche dans son ensemble a prouvé ce que Layard résume en une phrase : « Écouter la dépression et l’anxiété est quatre fois plus plus efficace que lutter contre la pauvreté. » Cette affirmation lui a valu de nombreuses critiques. Une partie des gens a pensé qu’il plaidait tout simplement pour la réduction de la lutte contre la pauvreté

Les chiffres sur la dépression dans le monde sont alarmants. L’Organisation Mondiale de la Santé a dit qu’une personne sur 10 dans le monde souffre de dépression majeure, et qu’une personne sur 5 en a déjà souffert pendant sa vie. Mais, de quelle manière la dépression peut-elle avoir un lien avec la pauvreté ?

Traditionnellement, on a regardé le schéma de cette manière : la pauvreté amène avec elle une tendance à la dépression. On est parti du postulat que le fait de ne pas avoir assez d’argent pour subsister sans carences est en soi une circonstance qui mène à la dépression. Cela semble très logique au premier abord.

Mais des études comme celles de Layard montrent qu’il y a des personnes qui ont doublé leur salaire et malgré cela, qui n’augmentent pas leur degré de bonheur. Il est également facile d’observer que des pays aux forts indices de capacité de consommation, comme le Japon par exemple, ont de forts taux de dépression. Au contraire, plusieurs pays latino-américains dans lesquels le taux de pauvreté est très fort, le degré de bonheur perçu par la population est parmi les plus élevés du monde.

Ce que l’on sait, c’est que l’apparition de la dépression génère de fortes dépenses pour la personne, les familles et les pays. Une personne déprimée est moins productive et a un taux plus fort d’absentéisme professionnel. De plus, au bout d’un certain temps, elle dépend de l’assistance sociale pour surmonter sa condition et régler son impossibilité à travailler. La Banque Inter-américaine du Développement a indiqué que l’on dépense jusqu’à 4% du PIB des pays pour soigner les problèmes mentaux et émotionnels.

Investir dans la santé mentale et investir dans la richesse

On peut comprendre que la précarité dans laquelle vivent certaines personnes suppose pour elles un profond impact émotionnel. Dans ces conditions, il est facile de tomber dans la dépression. Mais, selon la recherche du BID, ce n’est pas la pauvreté en elle-même qui provoque la dépression. Ce qui mène à la tristesse, c’est l’inégalité. On est triste de vivre dans une réalité où les autres ont « de trop » pour vivre, alors que beaucoup de gens n’ont même pas le nécessaire vital.

Le fait que nous vivons dans des sociétés consuméristes influe aussi évidemment. La capacité d’achat est vue dans de nombreux cas comme une source de bonheur. On suppose que pouvoir acheter sans crainte de trop dépenser génère paix intérieure et bien-être. Cependant, il y a des centaines de milliers de personnes qui ont de grandes fortunes, qui achètent quand elles le veulent et malgré cela, qui sont déprimées.

Le chemin de la dépression vers la pauvreté, plutôt que l’inverse, semble beaucoup plus évident. Une personne saine mentalement est motivée pour faire face aux carences de manière assertive et énergique. On cherche et on trouve du travail plus facilement, et surtout, on ne prend pas de décisions qui soient des graines de pauvreté à long terme.

Des décisions telles que tomber enceinte de manière non désirée, par exemple. D’où le fait que les économistes mettent en évidence l’importance d’investir dans la santé mentale parallèlement aux investissements qui luttent directement contre la pauvreté.

La mauvaise santé mentale ne se guérit pas par l’argent, et ne se déclenche pas à cause de la pauvreté. Le sujet va bien au-delà. Il a un rapport avec les dépenses d’une société avide de consommation, dans laquelle pour être, il faut avoir. L’investissement dans la santé mentale ne consiste pas à nommer plus de psychologues ou à ouvrir plus d’hôpitaux. Il s’agit plus de promouvoir le temps et de prendre contact avec la véritable réalité, pas celle qui provient des écrans et de l’angoisse. Et bien sûr, construire son projet de vie de manière plus saine pour tout le monde.

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