Choisir son partenaire par désir ou par besoin

25 décembre, 2019
Choisir un partenaire par désir, librement et sans urgence, n'est pas la même chose que de le choisir par nécessité parce qu'on ne veut pas être seul ou qu'on ne supporte pas la solitude. Le psychologue Marcelo Ceberio nous en parle ici.
 

Lorsqu’on veut choisir un partenaire, il faut être prêt à « chercher pour trouver ». Cela peut paraître évident. Cependant, beaucoup de gens font en fait le contraire. Ils trouvent un partenaire sans vraiment penser leur décision. Les craintes, l’immaturité, la peur de prendre des engagements et bien d’autres raisons font que beaucoup de gens négligent parfois l’étape essentielle du choix.

Ainsi, il est important que ce soit le désir de couple qui guide nos choix et pas seulement le besoin impératif d’avoir un partenaire. En effet, la recherche désespérée et aveugle de l’autre est souvent le résultat de la difficulté de se retrouver avec soi-même dans la solitude. Il peut également s’agir d’un besoin de combler un vide.

Une femme qui veut choisir son partenaire
 

La solitude personnelle

La solitude personnelle semble être bien souvent à l’origine du choix hâtif de partenaire. Cependant, c’est rarement un bon point de départ.

Être seul s’associe généralement à un sentiment de dévalorisation, de rejet, de marginalisation ou encore d’abandon. La solitude est ainsi souvent liée à la tristesse, à l’angoisse et à la dépression.

Cette façon de penser se retrouve tout au long de l’histoire. Depuis ce précepte de la Bible qui dit « il n’est pas bon que l’homme soit seul » jusqu’aux chansons romantiques populaires. La solitude est mal vue, non seulement par ceux qui la pratiquent, mais aussi sur le plan social.

Puisque la solitude est autant connotée de manière négative, qui pourrait bien souhaiter être dans cette situation ? Cependant, il n’y a pas de solitude absolue. On peut même être seul avec quelqu’un.

Le manque de partenaire

Le manque de partenaire est une des solitudes les plus difficiles à affronter. Ce type de solitude génère et remue de nombreuses déficiences liées à l’enfance.

 

L’environnement

A cette situation, il faut ajouter la pression de l’environnement. Avec les années, l’environnement tend à rappeler à la personne seule qu’elle n’est pas mariée et ni même en couple. Qu’elle n’a pas de famille, ni d’enfants. Bref, de multiples raisons qui lui font se sentir inapte ou même inutile.

C’est d’autant plus dur pour elle lorsque la plupart de ses amis sont mariés et que les femmes autour d’elles tombent peu à peu enceintes. C’est un peu comme un miroir qui lui rappelle ce qu’elle voudrait mais qu’elle n’a pas.

Ce type de situation renforce encore l’aspect tragique qu’on se fait de la solitude. De plus, cela ébranle l’estime de soi parce qu’elle confronte la personne à son manque et à ce qu’elle n’a pas… La situation peut alors apparaître comme désespérée et insupportable aux yeux de la personne seule. Elle est donc tentée de vouloir échapper de toute urgence à cette solitude.

Choisir son partenaire pour fuir la solitude

Cependant, ce désir d’échapper à tout prix à la solitude conduit parfois à choisir son partenaire afin qu’il comble ce manque, cette solitude avec soi-même. Le partenaire élu peut alors se révéler être un fantôme. Le produit de projections idéales, où l’autre n’est pas vraiment l’autre. Il n’est que le reflet des besoins de la personne qui ne peut plus supporter d’être seule.

 

Par conséquent, le besoin montre un manque. Cependant, ne pas avoir de partenaire n’implique pas forcement une situation de carence. En général, les personnes souffrant de carences établissent des relations de dépendance parce qu’elles ne peuvent pas vivre avec elles-mêmes. Elles cherchent ainsi chez leur partenaire quelque choses en retour. En outre, elles cherchent aussi à combler leur dévalorisation personnelle par la reconnaissance de l’autre.

Il est important de noter que le besoin génère de l’anxiété. Par conséquent, cela se traduit par des excès. Ainsi, pour se sauver de la noyade, de cette peur de la solitude, du manque de reconnaissance et de la dévalorisation, il arrive souvent que l’on choisisse un partenaire qui ne corresponde pas à l’idée qu’on se fait de la relation de couple.

Choisir son partenaire par besoin : qu’est-ce que cela implique ?

Lorsque les choix sont faits par nécessité, il s’agit de choix désespérés. La personne se retrouve dans une position inférieure parce qu’elle est en situation de dépendance vis-à-vis de l’autre. En effet, elle recherche une certaine valorisation à travers l’autre. C’est un des pièges du mauvais amour et cela constitue un des fondements de ce que l’on appelle l’aliénation conjugale.

 

Ces situations de choix désespérés mènent à des prophéties autoréalisatrices. On cherche tellement à ne plus être seul qu’on en vient à choisir d’être seul à nouveau. En effet, ces couples ont une durée de vie limitée. Au final, on ne fait alors que renforcer la solitude initiale.

Etre bien dans la solitude avant de choisir son partenaire

L’autre solitude

Cependant, il existe un autre type de solitude. Une solitude qui n’est pas un terme honteux, mais plutôt un bouclier de son estime de soi. Cette solitude permet d’être bien et de profiter du temps avec soi-même.

Ainsi, une personne qui a une bonne estime d’elle-même est interdépendante. Le fait de ne pas avoir de partenaire fait d’elle une personne qui souhaite partager son précieux temps avec les autres. Elle n’est pas guidée par l’anxiété ou le désespoir. En effet, elle apprécie son temps et se respecte.

 

Parvenir à ce type d’état d’esprit dans la vie, c’est prendre soin de son temps personnel. Par exemple, lorsqu’on accepte une invitation ou lorsqu’on réfléchit aux personnes qui sont dignes de partager du temps avec nous. En effet, quand on est bien avec soi-même, on apprécie et valorise son temps personnel.

De cette façon, la personne devient généralement plus stricte et sélective, car elle ne veut pas que l’on lui fasse perdre son temps. Il est précieux ! Il ne s’agit pas non plus d’être sur la défensive, mais plutôt de faire preuve d’une prudence rationnelle.

En fin de compte, le premier couple et peut-être même le meilleur des couples est la solitude. C’est une condition de passage sine qua non pour parvenir à être en couple de manière fonctionnelle plus tard.

Si vous voulez bien choisir un partenaire, vous devez d’abord faire bon ménage avec la solitude.

La solitude comme point de départ

Il est donc clair que le fait d’accepter et de profiter de sa solitude est un point de départ pour un bon choix de partenaire par la suite. C’est aussi la possibilité d’être prudent dans le choix du partenaire à un moment donné de sa vie.

 

Cependant, une extrême prudence peut aussi conduire à une position défensive qui rend la personne trop exigeante dans sa recherche. En fait, il en faut peu pour passer de la défense prudente à la phobie de la relation. On court alors le risque de revenir à la solitude. En effet, solitude + prudence + défense + phobie = solitude.

Choisir son partenaire par désir

Choisir en écoutant ses désirs de manière adulte, mature et sans visions névrotiques nous permet de sélectionner son partenaire à partir de l’observation des qualités et des défauts de l’autre. Rappelons qu’il ne s’agit pas de qualités et de défauts pour soi-même mais pour la construction de la personne.

Choisir à partir de ses désirs implique l’acceptation de sa propre solitude. Si je suis bien avec moi-même dans mon temps libre, je dois bien choisir afin de partager ce temps qui a de la valeur avec un partenaire.

Sans vouloir porter de jugement, on peut donc affirmer que pour former un couple dysfonctionnel et sombrer dans le mauvais amour, il faut choisir son partenaire par nécessité. Ce n’est évidemment pas la même chose de vouloir un partenaire et d’avoir désespérément besoin d’un partenaire. Ce n’est pas non plus la même chose d’être une personne « en désir de » et une personne « en besoin de ».

 

Faisons une analogie un instant. Le besoin serait comme passer 3 jours sans manger assis dans un restaurant. Le désespoir nous pousse à manger tout ce qu’il y a à proximité. Par exemple, le pain que le serveur vient de nous apporter. Nous n’attendons pas de voir le menu. Même si nous le voyons, nous commandons le plat le plus rapidement servi. En revanche, lorsque nous allons dîner au restaurant, nous commandons la boisson que nous souhaitons et nous choisissons dans le menu ce qui nous plaît le plus.

Bien que cela ne garantisse pas toujours un bon choix, le fait de se sentir bien dans sa peau et avec sa solitude permet d’aborder une relation libre à partir du désir. Il s’agit d’établir un choix à partir d’une logique rationnelle, équilibrée et sans aucune forme de hâte.

Choisir son partenaire par idéalisation

Choisir un partenaire, c’est choisir entre deux façons de le voir. Soit on idéalise la personne, et on n’observe alors que ses qualités (que je sélectionne ou que j’attribue à l’autre), soit on observe la personne réelle avec ses qualités et ses défauts.

 

Précisons néanmoins que dans tout processus de couple, la première période de la relation correspond à une idéalisation du lien. C’est au cours de la période suivante que la réalité peut trouver sa place. Cependant, cela ne se produit pas toujours car une telle chose suppose d’être capable de voir le couple dans son intégralité (avec les qualités et les défauts de l’autre).

Ainsi, pour passer de l’idéalisation au réel, il est nécessaire d’accepter et de négocier intérieurement les aspects négatifs du partenaire (qualités + défauts = être humain réel).

La personne qui a des carences personnelles projette son vide par nécessité. Elle cherche un sauveur et construit un être idéalisé qui n’existe pas. Ce qui se passe, c’est que la personne dans le besoin ne se connecte qu’avec les parties de l’autre qui lui apportent les éléments qu’elle cherche à combler.

Elle ne voit que ce qu’elle souhaite voir et se coupe du reste. Elle nie ainsi les parties qui lui déplaisent chez l’autre et y ajoute des qualités imaginaires qui lui permettent de façonner un idéal avec lequel elle commence à se connecter.

 

La réalité

Celui qui souhaite avoir un partenaire, avec toute sa subjectivité, est en fait plus objectif dans son choix. Il voit l’autre comme un tout. Il est plus critique, il est plus clair aussi sur qui il est et sur ce qu’est l’autre. Ainsi, l’autre est aussi plus réel.

La personne qui agit à partir du désir essaie de choisir son partenaire en voyant l’autre dans son intégralité. Alors que la personne qui est guidée par le besoin demeure uniquement sur des aspects idéalistes.

Il est évident que pour tomber amoureux, la personne qui est attentive à l’équilibre entre les qualités et les défauts doit se concentrer sur les qualités. Cela facilitera le succès de la relation amoureuse. Bien qu’il ne soit pas rare que certains s’amourachent de personnes dont les défauts excédent les qualités. Ils ont alors affaire à des relations intenses voir extrêmes.

Ceux qui sont dans l’idéalisation tombent en fait amoureux d’un fantôme construit à partir de modèles de besoins personnels. Ceux-là même se retrouvent vite frustrés lorsque les retours obtenus ne coïncident pas avec leurs attentes. Ils déchargent alors souvent leur mal-être sur leur partenaire.

 

Ce sont des gens qui souffrent en réalité car ils sombrent dans l’utopie d’essayer d’adapter l’autre à leurs propres désirs. Ils veulent le construire à leur mesure personnelle, sans se rendre compte de qui est vraiment l’autre. D’autre part, l’autre se sent définitivement rabaissé en raison de ce que son conjoint exige de lui. C’est à dire d’être quelqu’un qu’il n’est pas.

Conclusion

Comme nous l’avons vu, une relation amoureuse peut se transformer en une relation de couple. Pour cela, il faut passer de l’amour idéalisé (tomber amoureux) à l’amour réel (accepter l’autre comme il est). Ce passage à l’acceptation de la réalité de l’autre est nécessaire pour la survie du couple. Les partenaires s’accordent en silence. Ils apprennent peu à peu à apprécier les qualités de l’autre et à tolérer ses défauts.