Le chantage affectif des parents : une stratégie aussi triste que nuisible pour les enfants

12 mars 2018 dans Psychologie de l'éducation et du développement 0 Partagés

Le chantage affectif fait malheureusement partie de l’éducation de bien des enfants. En ayant recours à la culpabilité, la peur, l’intimidation, la menace et souvent aussi avec patience et tendresse, bien des parents réussissent à faire en sorte que leurs enfants fassent ce qu’ils veulent. Or, ils n’ont pas conscience des conséquences que peut avoir sur l’éducation de leurs enfants et sur leur relation avec eux la manière dont ils décident d’influencer leur comportement.

Le chantage affectif opéré par les parents est une forme de manipulation très tentante visant à conditionner le comportement des enfants. Le chantage est une conduite apprise ; autrement dit, les plus petits peuvent eux aussi apprendre à y avoir recours. D’un autre côté, il s’agit d’une forme d’influence pour laquelle on opte rarement de manière consciente, mais dont le recours résulte d’une certaine manière renforcé par l’efficacité qui ressort des situations où on l’applique pour la première fois.

Sur Internet, on peut trouver des milliers d’articles qui parlent du chantage affectif que les enfants font à leurs parents, des crises de nerfs et des menaces proférées par les enfants dans le but d’obtenir ce qu’ils veulent de leurs parents. En réalité, il s’agit d’un comportement appris, dont l’apprentissage commence à la maison, lorsque les parents disent des choses comme : « si tu n’as pas de bonnes notes, nous ne t’aimerons plus », « si tu n’es pas sage, le Père Noël ne t’apportera pas de cadeaux cette année », « si tu ne ranges pas ta chambre, nous ne t’achèterons plus de jouets », etc.

« Il n’existe que deux manières sûres de réussir à faire en sorte que les gens fassent ce que l’on veut qu’ils fassent : vous pouvez soit mettre un gant de fer et les obliger, soit leur dire que Dieu veut qu’ils fassent telle ou telle chose. »

– Raymond Khoury-

Pourquoi avons-nous recours au chantage ?

Bien souvent, nous avons recours au chantage car cela peut nous permettre de reprendre un contrôle que nous n’aurions pas su récupérer autrement, ou bien de faire en sorte que les enfants obéissent sans protester. Or, sachez bien une chose : contrôle n’est pas synonyme d’éducation. Dire à nos enfants que faire, comment le faire et les menacer s’ils ne le font pas immédiatement réduit au minimum leur capacité de décision. En adoptant un tel comportement envers eux, nous ne faisons que préparer un terrain qui, plus tard, les rendra dépendants ou très rebelles.

mère qui gronde son fils

En tant que parents, avoir recours au chantage affectif auprès des enfants peut être la pire des solutions, une des pires manières de « nous protéger » face aux questions des plus petits. Cela peut aussi indiquer que nous ne disposons pas de la patience suffisante et nécessaire pour respecter le temps dont les enfants peuvent avoir besoin, et/ou de la tolérance suffisante et nécessaire pour accepter qu’ils puissent faire les choses à leur manière, à savoir d’une manière différente de la nôtre.

User du chantage affectif auprès des enfants peut peut-être nous aider à moins nous fatiguer, à prendre à leur place des décisions qui soient plus commodes pour nous ou à faire en sorte qu’ils fassent tout ce que nous voulons. Certes. Mais, qu’en est-il sur le long terme ? Comme nous l’avons précisé plus haut dans cet article, cette stratégie peut avoir des conséquences très dangereuses.

« Si on introduit dans le processus de communication le mensonge ou la mauvaise foi, il y aura de la manipulation, qui peut être réciproque. »

-Albert Jacquard-

Quelles sont les causes du chantage affectif des parents ?

Le chantage affectif réalisé par les parents auprès des enfants est une forme de manipulation qui place ces derniers dans une posture ou leur capacité de choix est très limitée, voire inexistante. Ils nous obéiront, probablement. Mais probablement également que cette stratégie ne tardera pas à cesser d’être efficace et qu’ils l’utiliseront rapidement contre nous, puisqu’en y ayant recours, nous la leur inculquons indirectement. D’un autre côté, comme c’est le cas de tout chantage, il s’agit d’une stratégie de laquelle il est très compliqué de voir naître un quelconque type de sentiment positif.

Plus encore, si vous optez pour le chantage affectif, vos enfants se sentiront envahis par un ressentiment qu’ils ne sauront pas expliquer, mais qui avec le temps prendra de l’ampleur. Les enfants sont généralement capables, et ce bien plus tôt que ce qu’on peut le penser, d’identifier à quels moments nous essayons de les manipuler. Et personne n’aime qu’on le manipule, n’est-ce pas ? Ainsi, ils peuvent en arriver à considérer la présence des personnes qui font du chantage avec eux comme une menace, et à voir ces personnes comme des gens avec lesquels ils n’ont pas envie d’être car ils les font se sentir mal.

En ce sens, bien des parents font du chantage affectif à leurs enfants afin d’avoir des manifestations d’affection. Une affection qui, bien qu’existante spontanément, sera alors manifestée précisément grâce à cette stratégie. De plus, comme nous l’avons dit précédemment, les enfants apprendront rapidement à utiliser cette stratégie en leur faveur ; ils la considéreront comme valide puisqu’y ont recours avec eux des personnes qui les aiment. Il sera alors très difficile pour eux, à l’avenir, de tisser des relations avec les autres qui ne soient pas superficielles ou instrumentales.

« L’amour se présente lorsque la manipulation s’arrête ; lorsque vous pensez plus à l’autre personne qu’aux relations que vous entretenez avec elle. Lorsque vous osez vous révéler pleinement. Lorsque vous osez être vulnérable. »

-Joyce Brothers-

Pourquoi le chantage ne sert-il à rien ?

La plupart du temps, le chantage ne sert à rien, car il n’est qu’une menace qui n’est mise à exécution ni à court ni à long terme (« aucun parent ne cesse d’aimer son enfant parce que celui-ci n’a pas rangé sa chambre »). Les psychologues ont prouvé (et essayé de le transmettre aux parents, avec plus ou moins de succès) que ce type de menace a un chemin très court, et une fin très triste.

En étant confronté à ce type de chantage, l’enfant aura du mal à apprendre et à comprendre qu’il est préférable que sa chambre soit rangée, car cela lui permettra de faire le ménage et de trouver ses affaires plus facilement. Il sera également difficile pour lui d’apprendre et de comprendre que se laver les dents, même si ce n’est pas toujours un plaisir, est mieux pour ses dents. Par conséquent, lorsque le chantage disparaîtra ou cessera de faire effet, probablement que la conduite que l’on aura cherché à implanter chez l’enfant disparaîtra aussi.

Le chantage n’éduque pas nos enfants, il ne leur apprend pas à être en mesure de résoudre les problèmes qu’il pourra rencontrer, ou encore à faire les choses qui soient les meilleures pour eux. D’autre part, lorsque que l’on fait du chantage avec eux et qu’on ne met pas à exécution la menace explicitement présentée, dans le cas où ils n’obéiraient pas, nous perdrons en crédibilité.

« L’éducation consiste en le fait d’aider un enfant à concrétiser ses aptitudes. »

Erich Fromm

petite fille se faisant gronder par ses parents

Quelles alternatives y a-t-il au chantage affectif ?

Si nous voulons que nos enfants fassent quelque chose, et plus particulièrement lorsqu’ils sont petits, la meilleure des solutions pour laquelle opter consiste en l’aide ou l’accompagnement, et pas en des ordres donnés depuis le canapé. Si les enfants sont plus grands, l’outil le plus efficace à notre portée pouvant les mener à faire ce que nous voulons consiste en la possibilité, pour eux, de nous imiter. Nos enfants ne sont pas des machines, et seules les machines répondent et font les choses immédiatement ; ainsi, il est probable qu’ils aient besoin que l’on répète les choses plus d’une fois pour qu’ils les fassent, et que ce retard ne soit pas le produit du laisser-aller, ou encore établi volontairement de leur part dans le but pour nous énerver. Ils ont un autre rythme…et dans la plupart des cas, ils apprennent.

Il est également important de négocier, de leur offrir des options et d’écouter ce qu’ils ont à dire. Lorsque l’on veut qu’ils fassent quelque chose, d’abord, nous devons nous demander si ce quelque chose répond à leurs besoins ou aux nôtres, et s’il s’agit d’un besoin nous concernant, nous devons leur offrir des alternatives, du temps et surtout des explications sur pourquoi nous voulons qu’ils agissent ou n’agissent pas d’une certaine manière. Lorsqu’il s’agit de quelque chose lié à eux, à leur bien-être ou leur futur, le plus efficace consiste à leur expliquer les bénéfices qu’ils peuvent récolter en le faisant.

Lorsque nous laissons de côté le chantage dans l’éducation de nos enfants, nous optimisons leurs chances d’être capables d’adopter d’eux-mêmes des comportements qui les favorisent eux, mais qui favorisent aussi leur entourage. Si nous leur permettons d’être intelligents, ils auront la possibilité de l’être. Peut-être devrons-nous travailler un peu plus, négocier et être plus présents dans leur éducation, mais cela leur permettra de grandir en étant plus autonomes, en ayant une meilleure estime d’eux-mêmes et en prenant conscience de la valeur de l’effort et du travail. Cela en vaut la peine, n’est-ce pas ?

« N’évitez pas à vos enfants de faire face aux difficultés de la vie, apprenez-leur plutôt à les surmonter. »

-Louis Pasteur-

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