Cerveau triunique : trois cerveaux, une personne

· 14 juin 2018

La théorie du cerveau triunique est un concept développé par le neuroscientifique Paul MacLean pour faire référence aux trois parties ou trois cerveaux spécialisés identifiables chez les êtres humains. Ces parties se développent à différents moments du cycle évolutif, c’est pour cette raison qu’on dit qu’elles se créent de bas en haut. En fait, la partie la plus ancienne et donc primitive du cerveau se développe dans l’utérus, tandis que le cerveau émotionnel s’organise au cours des 6 premières années de vie et que le cortex préfrontal se développe en dernier.

La physique avancée et la technologie convertirent la neuroscience en l’un des domaines de recherche les plus populaires et elles permirent de mieux comprendre le fonctionnement du cerveau triunique (trois types de cerveaux en un). En suivant, nous décrirons les différences et les caractéristiques de chacune de ces parties.

« Le cerveau triunique fait référence aux trois parties ou cerveaux spécialisés de l’être humain. »

Le cerveau reptilien

On connaît le cerveau reptilien comme l’ancien cerveau animal. Il se trouve au niveau du tronc cérébral, c’est-à-dire à l’endroit où la moelle épinière accède au crâne. C’est la partie la plus primitive de l’être humain et elle commence à se développer au sein même de l’utérus. Cette partie a une influence sur tout ce que peuvent faire les nouveaux nés (respirer, manger, dormir, se réveiller, pleurer, uriner, faire leurs besoins…).

le cerveau reptilien

Le tronc cérébral, tout comme l’hypothalamus, contrôle les niveaux d’énergie de l’organisme, un fait connu sous le nom d’homéostasie. Ce terme fait référence au maintien de l’équilibre interne. Les fonctions que le cerveau reptilien contrôle sont fondamentales. Cependant, leur importance est souvent oubliée ou mise de côté lorsque nous pensons aux fonctions les plus avancées de notre esprit, telles que la pensée abstraite.

De nombreux problèmes psychologiques sont liés à des difficultés concernant ces fonctions basiques maintenues par le cerveau reptilien. Par exemple, dans n’importe quel traitement traumatique, on doit en tenir compte sous peine d’infliger un déséquilibre à l’ensemble de l’organisme.

Le cerveau émotionnel (ou paléomammalien)

Le cerveau émotionnel associé à l’aire limbique se trouve juste au-dessus du cerveau reptilien, dans le centre du système nerveux central. Il commence à se développer à la naissance du bébé. En fonction de l’expérience, de la composition génétique et du tempérament inné de l’enfant, ce cerveau émotionnel ou système limbique se définit.

Certains auteurs nomment le cerveau émotionnel l’ensemble formé par le cerveau reptilien et le système limbique. C’est le centre des émotions, le moniteur du danger, le juge du bien-être, l’arbitre de la survie…

Les émotions intenses activent le système limbique, concrètement dans l’aire de l’amygdale. L’amygdale se charge de nous informer des dangers (centre de la peur) et de mettre en marche certaines réponses :

  • Elle provoque la cascade des hormones du stress
  • Elle provoque les pulsions nerveuses
  • Elle élève le rythme cardiaque
  • Elle augmente la consommation d’oxygène
  • Elle prépare le corps à lutter ou à s’échapper

Gray démontra dans ses études avec les animaux que plus le niveau de sérotonine est faible, plus grande est l’hyperactivité face aux stimulus stressants et inversement. Par exemple, chez les singes masculins, on observa une réelle importance de la position hiérarchique en terme de dominance ce qui a une influence sur les niveaux de sérotonine.

Certaines personnes ayant été confrontées à des situations traumatiques enregistrent la menace, mais leur esprit conscient continue de faire comme si rien ne s’était passé. Bien que l’esprit soit capable d’apprendre à ignorer les messages du cerveau émotionnel, les signaux d’alarme du corps ne cessent pas et le cerveau émotionnel continue de fonctionner.

Les deux parties du cerveau triunique (reptilien et émotionnel) évolutivement les plus anciennes se chargent d’enregistrer les expériences, de gérer notre physiologie et l’identification (confort, sécurité, menace, faim, fatigue, désir, envie, activation, plaisir, douleur…).

Le cerveau rationnel (ou néomammalien)

La partie la plus jeune de notre cerveau triunique est le cerveau rationnel, également connu comme néocortex. C’est celle qui nous différencie du reste des animaux. On y trouve le cortex préfrontal chargé de la planification, de l’anticipation, de la perception du temps et du contexte, de l’inhibition des actions inadéquates, de la compréhension empathique…

le cerveau rationnel

Bien souvent, le cerveau rationnel ne peut libérer le cerveau émotionnel uniquement au travers de la connaissance et de la compréhension de ce qu’il s’est passé. Par exemple, dans le cas d’un traumatisme. Pour de nombreuses personnes, il est plus simple de raconter ce qui leur a été fait plutôt que de se rendre compte, de ressentir et de mettre des mots sur la réalité de leur expérience interne.

Les lobes frontaux font partie du cerveau rationnel et équilibrent la limite entre les pulsions et le comportement acceptable dans une situation déterminée. Le bon fonctionnement des lobes frontaux est crucial pour les fonctions suivantes :

  • Maintenir des relations harmonieuses avec les êtres humains
  • Eviter de faire des choses qui nous obligeront à nous engager ou qui pourront blesser les autres
  • Réguler nos pulsions : faim, sexe, colère

En réalité, le cerveau rationnel occupe seulement 30% de l’espace crânial et s’occupe surtout du monde extérieur. Ses fonctions principales sont la compréhension des fonctionnements, l’atteinte des objectifs, la gestion du temps, le séquencement des actions… En comparaison avec le cerveau émotionnel, l’organisation cellulaire et biochimique du néocortex du cerveau rationnel est plus complexe.

« Avant l’apparition du cerveau, il n’y avait ni couleur ni son dans l’univers. Il n’y avait pas non plus de saveurs et d’arômes et probablement peu de sensations et aucun sentiment ni émotion. Avant les cerveaux, l’univers ne connaissait pas non plus la douleur et l’anxiété. »

-Roger Sperry-

Références bibliographiques

Van der Kolk, B. A. (1994). The body keeps the score: Memory and the evolving psychobiology of posttraumatic stress. Harvard review of psychiatry, 1(5), 253-265.