Boadicée, la reine rebelle

· 24 avril 2019
Connaissez-vous Boadicée ?

61 après Jésus-Christ, dans les îles britanniques, sur l’actuelle Watling Street, la grande avenue bâtie par l’Empire Romain pour relier le Pays de Galles au reste de l’île. Boadicée, une femme de grande taille (pour les standards de l’époque), aux longs cheveux roux flamboyants et à la forte carrure ingère rapidement un poison mortel, peut-être soutenue par ses filles. C’est ainsi que Tacite nous narre le point final de l’une des grandes tragédies de l’Antiquité. 

Cette femme n’est autre que la légendaire reine guerrière des celtes Iceni, Boadicée, Boudica dans sa langue natale. Elle est célèbre pour avoir uni les tribus rebelles de Bretagne contre les envahisseurs romains, comme l’a fait Vercingétorix dans l’ancienne Gaule. Son nom figure parmi les grands rivaux de Rome, aux côtés de Viriate, Annibal, Arminius, Spartacus ou du célèbre chef gaulois précédemment cité. Sa légende se confond souvent avec les récits transmis par ses ennemis.

Rome, un Empire en pleine expansion

Après la célèbre conquête de la Gaule menée par Jules César, la République Romaine cherchait de nouveaux territoires et de nouvelles conquêtes pour garder ses légionnaires actifs et combler les ambitions de ses généraux. Le général légendaire avait déjà planifié l’invasion des îles britanniques; il voulait probablement dominer la terre d’origine des grands druides celtes. Cependant, le coup de feu de départ de l’inévitable conquête a été donné par l’empereur Caligula.

Cymbeline, l’oeuvre de Shakespeare, s’est basée sur ces premiers combats. Un peu plus tard, l’empereur Claude a poursuivi ces campagnes. À cette époque, certaines tribus se ralliaient à Rome tandis que d’autres chefs comme Caradawc menaient des révoltes plus ou moins victorieuses. C’est à ce moment que les conquérants ont fondé Lodinium, la Londres actuelle, sur les bords de la Tamise.

La guérilla dans les bois aboutissait à des victoires continues mais peu importantes. Les dés semblaient être jetés.

sculpture de Boadicée

Boadicée, la reine veuve

L’un des rois qui s’allia aux Romains n’était autre que Prasugatos, de la tribu des Iceni. En échange de la protection et du soutien de l’empereur Néron, ce monarque avait promis de léguer son titre et ses terres après la mort de ses filles. Nous ne savons pas comment ce roi est mort, mais cet événement a déclenché un conflit très grave. Le Droit Romain ne reconnaissait pas l’héritage féminin : le roi n’avait donc pas, à leurs yeux, d’héritiers légitimes.

L’histoire voulut que l’épouse de Prasugatos se batte contre cet abus. C’est à partir de là que les premiers éléments sur Boadicée nous parviennent. En tant que veuve, et selon la tradition de son peuple, elle clamait ses droits d’héritage. La résistance de la reine déclencha alors des réactions sévères de la part des généraux : ses filles furent violées et ses lieutenants furent assassinés. Pendant ce temps, les supposés alliés romains conquéraient des terres et attaquaient les peuples locaux.

La flamme de la rébellion avait jailli. Boadicée refusa d’abandonner et de fuir le conflit.

La rébellion de Boadicée

Son nom, ou le surnom qu’elle a gagné, signifie « la Victorieuse ». Perchée sur son char de guerre, elle guidait son peuple, encouragée par les humiliations qu’elle avait subies. Après avoir réussi à unir certaines tribus et de nombreux guerriers, elle a été à la tête de la plus grande force que les Romains ont dû affronter sur ces îles. Sa chevelure flamboyante et ses peintures de guerre, alors qu’elle se dressait sur son char comme sur la statue qui a été érigée à Londres en sa mémoire, ont probablement terrorisé ses ennemis.

Avec ses troupes, elle a envahi et mis à sac Londres et d’autres villes du sud de l’île qui avaient été romanisées. Les historiens romains assurent qu’elle ne faisait preuve d’aucune pitié, comme les soldats méditerranéens. Elle a même vaincu la toute-puissante Légion Hispanique.

Ses victoires la rendaient de plus en plus populaire et le nombre de ses partisans ne cessait de grimper. Cependant, après un an de guerre, le général romain Suétone est parvenu à réagir.

Boadicée

Une fin tragique

La grande bataille finale a eu lieu dans une étroite vallée rocailleuse, avec des forces extrêmement inégales. Les Romains étaient cinq fois plus nombreux, étaient mieux équipés et beaucoup plus disciplinés. L’impossibilité de briser la formation romaine a mis fin aux espoirs des Celtes, qui n’ont pas tardé à fuir tant qu’ils le pouvaient. La défaite a été cuisante. Lorsqu’un soldat romain mourait, cent tombaient du côté des rebelles.

Face à cette fin inévitable, Boadicée a préféré se donner la mort plutôt que d’être à nouveau emprisonnée. Elle était consciente de ce qui se produirait s’ils la capturaient vivante. Suétone n’a donc pas pu s’enorgueillir de cette capture. Une vie de trahisons, d’humiliations et de vengeance prenait fin.

Beaucoup de femmes guerrières ont lutté aux côtés de Boadicée et, même si elles n’ont pas constitué le nœud de l’armée celte, elles ont combattu pour leur vie, leurs terres et leur liberté.

 

  • Manuel Velasco (2005) Breve historia de los celtas
  • Tácito (cf. 115-117) Anales
  • Vanesa Collingridge (2006) Boudica: The Life and Legends of Britain’s Warrior Queen