Archétypes et Jung : les personnalités de notre esprit inconscient

· 16 décembre 2018
Les archétypes et Jung configurent un héritage exceptionnel au sein de la psychologie analytique. Peu d'auteurs nous ont offert une vision si novatrice de l'inconscient. Cette vision transcende le physiologique et le pathologique pour nous révéler l'existence de certaines figures ou modèles qui viennent de comportements présents dans notre esprit et qui déterminent notre conduite et pensée.

Pour comprendre ce qu’est un archétype, pensons à ce qui est actuellement en vogue dans le monde du cinéma: les héros. Nous avons tous, d’une certaine façon, des héros préférés. Des personnages un peu complexes mais qui répondent essentiellement à un même modèle, un même concept : la bonté, la cruauté, la sagesse, le mensonge…

Beaucoup de ces personnages symbolisent les archétypes les plus classiques de Carl Jung. Et ces derniers, à leur tour, se retrouvent en nous-mêmes pour diriger nos comportements et nos décisions. Cette idée est extrêmement intéressante, et pour plusieurs raisons.

« Votre vision devient claire lorsque vous pouvez regarder dans votre cœur. Celui qui regarde à l’extérieur de soi ne fait que rêver ; celui qui regarde en soi se réveille. »

-Carl Jung-

Dans un premier temps, si nous comprenons que ces figures habitent dans notre inconscient génération après génération, comme une sorte d’héritage psychique, cela veut dire, par exemple, que nous n’arrivons pas dans ce monde comme une « tabula rasa » (littéralement, table rase), selon les dires du philosophe John LockeDans cet inconscient collectif que nous partageons tous, et indépendamment de notre culture, des pulsions, des besoins et des caractéristiques avec une certaine prévalence émergeront en chacun de nous.

Par ailleurs, Carl Jung nous rappelle que même si nous disposons tous de cette sorte d’âme collective, notre responsabilité et finalité en tant que personnes est l’individuation. Il s’agirait d’un processus obligatoire qui nous ferait développer une conscience individuelle. Il donnerait forme à une image psychique forte et saine de nous-mêmes.

archétypes et Jung

 

Archétypes et Jung, les habitants de l’inconscient collectif

Lorsque Carl Jung a intégré l’Université de Bâle en 1895 pour étudier les sciences naturelles et la médecine, il a commencé à faire un rêve récurrent. Il se voyait lutter contre une sorte de brouillard obscur et dense. Au beau milieu de cette scène, une grande figure noire le poursuivait. Et lui-même voyait un éclat dans la paume de ses mains, une énergie qu’il ne savait pas trop comment utiliser.

Jung en est arrivé à la conclusion que cette entité était son « ombre » et contenait ses peurs réprimées, le poids de son passé et ses attitudes négatives. La lumière de ses mains représentait l’obligation d’illuminer ces aires obscures. Comme nous pouvons le voir, peu d’auteurs et de figures de la psychologie se sont servis de ce monde onirique et d’un langage implicite pour donner un sens au comportement humain.

En fait, l’un de ses héritiers théoriciens les plus illustres, le jungien Michael Fordham, explique dans une étude publiée dans la revue Ment Health que les archétypes et Jung ont constitué un premier essai de définition de notre désir d’auto-réalisation.

Ce n’est que lorsque nous identifierons ces archétypes qui habitent en nous et que nous déchiffrerons leur message que nous pourrons avancer. Ce pas en avant nous libérera de nos ombres, peurs et angoisses. Nous pourrons donc finir par vivre comme des entités libres et réalisées.

Voyons maintenant quelles sont ces figures de la psyché qui constituent notre âme collective.

L’Être

  • L’Être est le « tout » de notre psyché. Il représente un amalgame où se trouvent toutes nos forces psychiques. Le conscient et l’inconscient s’y mêlent, tout comme notre pôle introverti et extroverti.
  • Jung comparait l’archétype de l’Être à un mandala. Il serait comme un cercle plein de figures et de mouvements, qui reflète tout ce que nous sommes, toute notre structure psychique.
archétypes et Jung

 

L’Ombre

La figure la plus pertinente et imposante dans l’héritage de Jung est celle de l’Ombre. Nous en avons déjà parlé un peu plus tôt et avons pu distinguer une partie de son anatomie si particulière.

  • L’Ombre contient l’essence du passé, ce que nous nions, réprimons et ignorons.
  • Elle se compose aussi de nos désirs les plus profonds, de nos peurs et de nos pensées négatives.
  • Il est habituel de la voir surgir dans des rêves sous forme de figures terrifiantes, de serpents ou d’animaux sauvages qui nous poursuivent.
  • Au lieu de craindre cette figure, nous devons comprendre une chose très simple: elle fait partie de nous. L’ombre abrite ce côté de nous-mêmes que nous n’avons pas travaillé. Ce côté n’attend que d’être illuminé par la conscience et le courage.

Faire face à notre ombre et la porter jusqu’à la lumière est un acte de croissance nécessaire.

Anima et Animus

  • L’Anima dénote la féminité et son contraire, l’Animus, symbolise la masculinité. Que signifie cet archétype? Pour Carl Jung, chacun de nous, indépendamment du genre ou du sexe, dispose de ces deux forces. Les hommes disposeraient d’une énergie féminine endormie et souvent réprimée. Et la même chose se produit avec les femmes.
  • Par conséquent, si nous étions capables d’impulser nos énergies opposées, nous pourrions profiter (selon Jung) des vertus de chaque sexe, comme par exemple l’intuition, la force, le sens de la protection, le courage, etc.

La Personne

La figure de la personne est l’une des plus intéressantes dans cette approche des archétypes. Nous sommes face à un « bouclier psychique », celui que nous utilisons pour protéger notre ego du monde extérieur.

  • La Personne est cette image publique que nous choisissons de montrer à l’extérieur, à notre société. Comme nous pouvons le deviner, cet acte ou besoin peut nous mener à un processus de désintégration. Personne ne devrait agir comme quelqu’un qu’il n’est pas. Et personne ne devrait se cacher derrière une carapace dans ses différents milieux sociaux. Le « moi » ne devrait pas être dissimulé.
  • Par conséquent, pour atteindre ce sommet que représente « l’individuation », nous devons éliminer l’archétype de la Personne de notre psyché.

Le Père

L’archétype du Père intègre un grand nombre de forces psychiques et sociales: la loi, la discipline, l’autorité, la protection, l’amour… Il symbolise une figure interne qui agit en tant que maître et qui doit nous aider à conquérir nos objectifs.

  • Cet archétype contient aussi un ensemble de forces opposées. D’un côté, nous retrouvons le père positif qui, au lieu de nous sanctionner, nous motive avec son énergie et son affection. Il nous oriente et nous donne une certaine discipline. De l’autre, nous avons le père des ombres. Ce titre plus qu’énigmatique révèle cet opposé caractérisé par l’ego, la rigidité et l’autoritarisme.
  • L’archétype que nous choisissons d’alimenter, le père des ombres ou le père qui impulse notre croissance, ne dépend que de nous.

La Mère

L’archétype de la mère est celui qui peut le plus nous nourrir au niveau de nos capacités et compétences dans la vie. Elle symbolise le soin, le soutien et l’amour universel. C’est cette impulsion qui favorise toujours notre succès. Elle nous motive lors de moments compliqués en nous prêtant sa tendresse et son soutien.

Cette figure est la grande divinité. Elle ressemble beaucoup à ce que nous explique Robert Graves dans son livre Les Mythes celtes. Il s’agit de ce mythe et de cette entité qui est toujours apparue dans notre culture en tant que créatrice de toutes choses. C’est un peu comme un substrat de sagesse qui nous guide à chaque instant avec sa magie et sa spiritualité.

Les archétypes et Jung configurent un héritage d’actualité. Le monde de l’intelligence artificielle s’en sert pour développer ses progrès technologiques dans le monde de la robotique.

 

Pour conclure, les archétypes que nous avons signalés sont les plus importants dans la théorie de l’inconscient collectif de Carl Jung. Nous pourrions avoir tendance à penser que cette théorie s’enracine plutôt dans un contexte mythologique, un type de psychologie archaïque qui manque d’intérêt et d’applicabilité dans notre vie actuelle.

Cependant, il convient de signaler que ce modèle des archétypes est utilisé dans le monde de la cybernétique et de la robotique. Des ingénieurs du MIT, comme Peter Senge, se basent sur ces idées pour programmer des intelligences artificielles et doter nos robots du futur d’une « personnalité ». Il s’agit sans aucun doute d’un thème très intéressant qui permet au nom de Carl Jung de rester d’actualité.