Les anti-dépresseurs : types, effets et contre-indications

· 6 août 2017

Cela fait presque trois ans que je souffre de crises de panique et d’angoisse. Au cours des derniers mois, ces crises se sont intensifiées : certains jours, je me sentais même incapable de sortir de chez moi, du refuge que représentait mon lit, de l’obscurité de mes volets fermés. Après un an à prendre des anxiolytiques, mon psychiatre m’a mis sous anti-dépresseurs, un traitement à base de fluoxétine, à petites doses pour commencer…

Ce témoignage reflète la réalité actuelle de millions de personnes. Peu importe la provenance, le genre, le pays ou le statut social, car la dépression, cette ombre dévorante, multi-dimensionnelle mais unique dans chaque esprit et dans chaque corps, affecte plus de 350 millions de personnes partout dans le monde.


La dépression, ce n’est pas de la tristesse, c’est un manque de vitalité, c’est du désespoir, c’est de l’obscurité et la perte du sens face à soi-même et à la vie…


Il n’est pas étonnant, par conséquent, que la consommation d’anti-dépresseurs ait doublé au cours des dix dernières années. Peut-être avons-nous oublié comment « être heureux-se » ? Ou bien peut-être les professionnel-le-s de la santé ont-iels opté pour la facilité et nous prescrivent donc des médicaments pour nous aider à lutter contre les problèmes de la vie ? Les réponses à ces questions ne sont pas faciles à trouver car s’ajoutent à ces facteurs davantage de variables : la crise économique actuelle, une industrie pharmaceutique qui lutte pour avoir une solution chimique contre la tristesse, la souffrance ou le mal-être…

L’approche biologique pour le traitement contre le « malheur » est à son apogée, on le sait bien. Cependant, ce cocktail amer qui combine différents ingrédients comme la douleur de la vie, l’apathie, la démotivation ou le désespoir ne se tue pas à coups de boulets de canon. Autrement dit, les anti-dépresseurs ne sont pas efficaces dans tous les cas. De fait, de nos jours, on sur-traite certains types de troubles avec des médicaments inadéquats.

Un anti-dépresseur n’est pas une sorte de maquillage avec lequel on masque la marque d’une blessure sur le visage. Ce que les profesionnel-le-s doivent faire en premier lieu, c’est affiner le diagnostic et comprendre que dans la plupart des cas, comme par exemple ceux des dépressions légères, il ne serait pas adéquat d’opter pour ce type de médicaments.

Voyons cela en détails, et apprenons-en davantage sur les anti-dépresseurs.

Quand est-il adéquat de prendre des anti-dépresseurs ?

Quand on prescrit des anti-dépresseurs à un-e patient-e, généralement, deux choses se produisent : la première, c’est qu’iel prend réellement conscience de sa maladie, de sa réalité personnelle et du problème à affronter. La deuxième, c’est que se met en place de manière presque inévitable une combinaison de peurs et de doutes. Que va-t-il alors se produire ? Quels effets secondaires le/la patient-e va-t-iels expérimenter ? De quelle manière cela va-t-il changer son quotidien ?

D’un autre côté, quelque chose qui arrive souvent est de voir des patient-e-s qui passent d’un anti-dépresseur à l’autre, testant les différentes marques, ajustant les doses, prenant ou perdant du poids, dormant plus ou moins, et consultant les forums sur Internet pour savoir quel type d’anti-dépresseurs sont les plus efficaces parmi la sertaline, la fluoxétine, la paroxétine ou le bupropion.

En voyant tout cela et en ajoutant en plus un autre article qui chaque année met en doute l’efficacité de ces médicaments, nous comprenons pourquoi il existe une telle polémique autour de l’usage et de l’administration de ces médicaments, d’où le fait qu’il soit nécessaire d’éclaircir certaines idées.

Pourquoi a-t-on recours aux anti-dépresseurs ?

  • Les anti-dépresseurs ont pour but de réduire, d’apaiser et de traiter la symptomatologie associée aux troubles de l’humeur ; concrètement, ils sont bel et bien efficaces dans les cas de dépression majeure, selon les résultats des études menées à ce sujet.
  • Les anti-dépresseurs atténuent la souffrance, c’est-à-dire qu’ils ont une fonction analgésique. Cela veut dire que ce que ne feront jamais ces médicaments, c’est traiter la racine du problème, d’où l’importance de la psychothérapie.
  • Quand un-e patient-e traverse une dépression grave, le traitement doit durer au minimum 6 mois, cependant, dans le but d’éviter d’éventuelles rechutes, il peut être rallongé jusqu’à 18 mois.
  • Il est important de savoir que l’on qualifie à tort d’anti-dépresseur « la pilule du bonheur ». Ce type de médicaments n’induira jamais en nous un positivisme énergétique et motivant grâce auquel nous pourrons ouvrir les yeux pour dissiper la brume et le désespoir. La personne qui prend des anti-dépresseurs reste généralement dans la réalité sous l’effet d’un anesthésiant émotionnel.

Les anti-dépresseurs sont-ils efficaces ?

La réponse est « oui ». Mais avec quelques nuances : en ce qui concerne les cas de dépressions légères, cela n’a aucune utilité. Les anti-dépresseurs ne sont pas non plus là pour redonner le moral après une rupture, ni pour aider à traverser le deuil ou à affronter la peur de prendre l’avion ou encore de parler en public.

On ne peut pas médicaliser tous les problèmes de la vie, en revanche on peut le faire dans le cas des maladies plus aiguës, ce qui est le cas de la dépression majeure. Un trouble qui, de plus, ne se traite pas comme il devrait l’être, mais de fait, on sait que presque 40% des personnes en Espagne en souffrent, même si elles n’ont pas pris l’initiative de demander de l’aide ou de suivre un traitement.

Les différents types d’anti-dépresseurs

Le marché pharmaceutique nous offre différentes options selon le mécanisme d’action, la dégradation dans notre organisme et les effets secondaires associés. Même si nous avons tou-te-s le même but, le/la médecin doit considérer différents aspects avant de prescrire l’un ou l’autre :

  • L’âge du/de la patient-e (n’oublions pas que les enfants aussi peuvent prendre des anti-dépresseurs)
  • La symptomatologie
  • La présence d’autres maladies
  • La grossesse
  • L’interaction avec d’autres médicaments que prend le/la patient-e

Voyons maintenant quels types d’anti-dépresseurs on peut trouver.

Les Inhibiteurs Sélectifs de la Recapture de la Sérotonine, ou ISRS

De nombreux-ses spécialistes commencent généralement par prescrire ce type d’anti-dépresseurs. Ce sont ceux qui causent le moins d’effets secondaires (même s’il ne faut pas oublier que chaque personne réagit d’une manière différente). Parmi les Inhibiteurs Sélectifs de la Recapture de la Sérotonine, ou trouve par exemple la fluxoétine, (Prozac, Selfemra), la paroxétine (Paxil, Pexeva), la sertraline (Zoloft) et le citalopram (Celexa) ou encore l’escitalopram (Lexapro).

Ce sont les plus utilisés dans la pratique clinique, et ce sont des médicaments psycho-actifs qui agissent, comme leur nom l’indique, en inhibant de manière spécifique la ré-absorption de la sérotonine, sans affecter d’autres neurotransmetteurs.

Les Inhibiteurs Sélectifs de la Recapture de la Sérotonine et de la Noradrénaline, ou ISRSN

Dans ce cas, on tendrait plutôt pour des médicaments comme la venlafaxine ou la duloxétine. Le mode d’action du médicament dans ce cas consiste à agir sur la sérotonine et la noradrénaline, empêchant alors sa recapture. En agissant sur ces deux neurotransmetteurs, généralement, les effets sont observés assez rapidement.


« C’est en grande partie vous qui avez construit votre dépression. Elle ne vous a pas été donné. Par conséquent, vous pouvez la déconstruire. »

– Albert Ellis –


Les anti-dépresseurs tricycliques et les anti-dépresseurs tétracycliques

Jusqu’à il y a encore peu de temps, ces anti-dépresseurs étaient les médicaments les plus prescrits. Ils agissent presque de la même manière que les précédents, c’est-à-dire en freinant la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline. Cependant, leur mode d’action est plus imprévisible et en général, il peut interférer avec d’autres hormones telles que l’acétylcholine, l’histamine et la dopamine. Une fois donnée cette action imprécise et incontrôlable, cette catégorie d’anti-dépresseurs peut se révéler être un médicament addictif et dangereux.

Comme nous le disions précédemment, il s’agit d’un des médicaments les plus utilisés jusqu’à il y a peu, mais heureusement, au vu des risques, l’industrie pharmaceutique a apporté sur le marché d’autres options telles que les inhibiteurs « sélectifs » de sérotonine et de noradrénaline dont l’action n’affecte pas d’autres hormones.

Cependant, il est important de savoir que ce type d’anti-dépresseurs est utilisé à certaines occasions et dans les cas très graves de dépression majeure.

Les Inhibiteurs de la Monoamine Oxydase (IMAOs)

Les Inhibiteurs de la Monoamine Oxydase (IMAO) ont été les premiers anti-dépresseurs à faire leur apparition sur le marché. Ils agissent en bloquant l’action de l’enzyme monoamine oxydase et en général, leur symptomatologie secondaire associée peut être très sérieuse dans certains cas, surtout dans le cas du premier sous-type, à savoir les inhibiteurs irréversibles de la monoamine oxydase.

Plus tard est apparu un second sous-groupe : les inhibiteurs réversibles de la monoamine oxydase ou RIMA. Ils présentent un risque plus faible, mais comme nous vous le disions, en étant si anciens, il est commun de faire usage des anti-dépresseurs qui agissent en inhibant la recapture de la sérotonine.

Les effets secondaires des anti-dépresseurs

Comme nous avons pu le voir, chaque anti-dépresseur a un degré plus ou moins grand d’effets secondaires associés. Les médicaments les plus anciens (trycycliques) sont aussi efficaces que les nouveaux (ISRSs), cependant, ils sont bien plus dangereux. Pour autant, ce sera toujours le/la médecin spécialiste qui saura par lequel il est plus judicieux de commencer, quelle dose prescrire et le temps déterminé durant lequel durera le traitement, qui comme nous l’avons signalé devra être compris entre 6 et 18 mois.

Voyons maintenant les effets secondaires associés.

Les IMAOs

Il n’est pas commun d’en prescrire de nos jours. Ils s’accompagnent d’hypertension et résultent très dangereux lorsqu’ils interagissent avec un aliment qui contient de la tyramine (certains poissons, les noix, le fromage, certaines viandes…). Ils peuvent causer :

  • De la confusion
  • Des difficultés pour se concentrer
  • Des nausées et des malaises
  • Des problèmes pour aller aux toilettes
  • Les hommes peuvent observer des problèmes d’érection ou de retard dans l’éjaculation
  • Ces anti-dépresseurs peuvent causer la mort en cas de surdose

Les Inhibiteurs de la Recapture de la Sérotonine, ou ISRS

  • Des nausées et une certaine angoisse
  • Des dysfonctionnements au niveau sexuel
  • Des problèmes de mémoire
  • Des problèmes pour uriner
  • De l’irritabilité
  • Des altérations de poids
  • Dans les cas graves, des tendances suicidaires

Les Inhibiteurs Sélectifs de la Recapture de la Sérotonine et de la Norédranaline, ou ISRSN

Ils ont les mêmes effets que dans le cas des Inhibiteurs Sélectifs de la Recpature de la Sérotonine (ISRS).

Les trycliques

  • Les effets secondaires associés vont de la classique sécheresse buccale aux tremblements, pouvant aussi en arriver à l’accélération du rythme cardiaque
  • Peut apparaître la constipation
  • De la somnolence
  • Une prise de poids
  • Des problèmes pour uriner
  • Des nausées et une certaine désorientation
  • Des problèmes d’érection ou de retard au niveau de l’éjaculation

Il ne faut pas non plus oublier que les anti-dépresseurs tricycliques sont très dangereux dans les cas de surdoses.

Conclusions

Beaucoup d’anti-dépresseurs peuvent générer de la tolérance et de la dépendance, il est important d’en tenir compte, surtout en ce qui concerne les tricycliques. De plus, souvent, lorsqu’un-e patient-e, sur avis de son/sa médecin, cesse de prendre ces médicaments, bien souvent, il peut expérimenter un syndrome d’abstinence plus ou moins intense, d’où le fait qu’il soit si important d’arrêter progressivement, afin de permettre à l’organisme de s’adapter petit à petit à la nouvelle situation.


« Même si le monde est empli de souffrance, il est aussi empli de surpassement. »

– Helen Keller –


D’un autre côté, de même que nous l’avons signalé tout au long de cet article, les anti-dépresseurs ne sont pas la réponse unique et exclusive au traitement de la dépression – concrètement, de la dépression majeure. Ils sont une aide essentielle, efficace et nécessaire qui doit se combiner avec l’aspect psychologique et cette approche cognitivo-comportementale avec laquelle surmonter ces réalités si dures et complexes.

Ne doutons donc à aucun moment de l’importance des anti-dépresseurs, de même que de celle de toujours obtenir le meilleur diagnostic et la meilleure aide de la part des professionnel-le-s qualifié-e-s que nous avons à notre portée.

Références bibliographiques :

– Dave Burns, Guide Pour Décrocher Des Médicaments Psychotropes En Réduisant Les Effets Nocifs, 2001

– Azanza, J.R, Guía práctica de Farmacología del Sistema Nervioso Central (en français : « Guide Pratique de Pharmacologie du Système Nerveux Central »), 2006

– Salazar, M. ; Peralta, C. ; Pastor, J., Manual de Psicofarmacología (en français : « Manuel de Psychopharmacologie »), 2006