Annie Wilkes, amour et obsession

11 septembre 2018 dans Cinéma 0 Partagés
Annie Wilkes

Si l’on étudiait la filmographie de Kathy Bates, nous trouverions des titres très connus tels que Titanic ou Beignets de tomates vertes. Cependant, parmi les grandes productions auxquelles l’actrice nord-américaine a pris part, un nom se détache particulièrement : Misery. Parler de Misery c’est parler du jeu brillant de Bates dans le rôle d’Annie Wilkes, l’inoubliable méchante qui lui a permis de recevoir l’Oscar de la meilleure actrice.

Qu’est-ce qui rend Annie Wilkes si spéciale ? Souvent, les méchants nous intriguent, nous perturbent et nous fascinent à la fois. Généralement, les méchants réveillent l’intérêt du public mais également leur rejet. Mais le charme d’Annie Wilkes diffère de celui que nous voyons habituellement chez les méchants. C’est un personnage si réel, si crédible qu’il en devient terrifiant. Qui pourrait imaginer que derrière une infirmière à la retraite ayant été cheffe de l’unité de maternité puisse se cacher un personnage aussi odieux ?

Annie Wilkes est un personnage doté d’une personnalité très complexe, agressive, obsessionnelle et bipolaire bien que l’image qu’elle projette au monde ne soit très éloignée de cette réalité. Le film Misery (1990) dirigé par Rob Reiner est une adaptation du roman homonyme de Stephen King. Dans le roman, on approfondit davantage le passé du personnage et on donne des informations omises dans la version cinématographique.

Cependant, le travail de Kathy Bates est si sublime qu’elle parvient à être l’incarnation parfaite de cette méchante. Elle réveille la curiosité du public et nous maintient en agonie constante comme si nous vivions personnellement la torture qu’elle impose à l’écrivain Paul Sheldon. L’interprétation de Bates fut acclamée par le public et les critiques. Elle est d’ailleurs considérée comme l’une des meilleures interprétations féminines de tous les temps. Bates est en plus de cela la première femme à avoir obtenu l’Oscar de la meilleure actrice avec un film à suspens.

Si vous n’avez pas vu le film Misery ou que vous n’avez pas lu le livre de King, nous vous déconseillons de poursuivre votre lecture. En effet, nous allons traiter en profondeur le personnage perturbé d’Annie Wilkes.

Au milieu d’une chute de neige épaisse, Paul Sheldon (auteur reconnu des romans de Misery) est victime d’une accident et est sauvé par Annie Wilkes qui s’auto-proclame comme étant sa plus grande fan. Dans un lieu inhospitalier, avec uniquement deux personnages, nous entrons dans une authentique histoire d’horreur, asphyxiante et terrifiante : c’est Misery.

Annie Wilkes, un portrait du  mal

Wilkes est une femme d’âge moyen, corpulente, assez sobre. Son apparence physique est ce qu’il y a de plus simple, sans bijoux extravagants ni biens de luxe. Nous pourrions facilement la catégoriser comme étant conservatrice simplement en la regardant. En effet, elle ne se maquille pas, sa coiffure est simple et l’unique élément qui ressort dans sa tenue est une petite croix en or qu’elle porte au cou. Cette croix, aussi commune que traditionnelle, est un élément que nous avons vu une infinité de fois et qui peut nous donner des informations sur la personnalité de Wilkes.

Cependant, ce petit élément que nous associons au catholicisme et par conséquent aux valeurs de la religion est un contraste important avec l’authentique personnalité d’Annie. D’autre part, la petite ferme dans laquelle elle vit nous évoque une personne simple et tranquille bien que quelque peu ringarde car elle est décorée d’éléments ridicules et anciens (comme par exemple la collection de figurines en porcelaine). Cette décoration semble dans le même temps très calculée. En effet, Wilkes est capable de percevoir le moindre petit changement ce qui laisse paraître sa personnalité obsessionnelle.

description d'Annie Wilkes

Au début, Paul Sheldon pense être entre de bonnes mains. Après avoir été victime d’un accident et immobilisé, il se réveille dans la maison d’une infirmière à la retraite qui semble être fan de son travail. Elle promet de prendre soin de lui et de l’aider à récupérer. Elle lui annonce qu’elle a prévenu sa famille et l’hôpital et que lorsque les routes seront ouvertes, elle l’accompagnera à l’hôpital le plus proche.

Mais il n’y a rien de plus éloigné de la réalité. Peu à peu, Wilkes montre des signes de bipolarité. Elle passe d’un ton aimable associé à une bonté excessive à des crises d’hystérie, de rage et d’agressivité. C’est comme si Wilkes ne parvenait pas à se contenir en découvrant que Paul Sheldon a décidé d’assassiner Misery Chastain dans le dernier roman. A ce moment, nous découvrons que cette personnalité agressive et obsessionnelle semble avoir toujours existé chez Wilkes. En effet, elle se rappelle d’un épisode de son enfance au cours duquel elle se mit fortement en colère au cinéma en raison de l’incohérence qu’elle identifia chez l’un de ses personnages favoris.

La solitaire Wilkes semble présenter un côté infantile qui aime rêver avec les personnages de fiction ; c’est une fangirl de son époque. Elle découvrit les romans de Misery lorsqu’elle traversait une mauvaise période. Ils l’aidèrent à s’évader. Annie Wilkes rêvait avec ces histoires au point d’en devenir obsédée. Elle finit même par séquestrer l’auteur de celles-ci.

En découvrant que le personnage mourrait dans le dernier tome, sa personnalité devint aussi froide que le lieu qui l’entourait. La petite ferme se transforma en un enfer authentique pour l’écrivain Paul Sheldon. Une cruauté digne des plus grands méchants jamais vus au cinéma fit alors son apparition.

la cruauté d'Annie Wilkes

L’exposition de la popularité

Malheureusement, la popularité peut être très dangereuse. Etre un personnage public fait de notre intimité un motif de débat et de discussion susceptible de critiques. Une seule erreur, un mauvais commentaire, une mauvaise réponse ou tout simplement une réaction peuvent convertir notre vie en un véritable enfer. D’ailleurs, il existe des personnes développant des obsessions pouvant être très dangereuses.

Annie Wilkes adore Paul Sheldon. Elle est amoureuse de lui, mais pas de sa vraie personne, sinon de l’image idéalisée qu’elle en a. Cet amour si obsessionnel, associé à divers troubles mentaux dont le personnage souffre évidemment la pousse à séquestrer Paul Sheldon et à le torturer. Comment une personne en aimant une autre peut-elle arriver à lui faire tant de mal ? En réalité, ce n’est pas un amour véritable, il s’agit d’un amour idéalisé qui se convertit en obsession.

Le cas d’Annie Wilkes est à la fois terrifiant et réel. Ce n’est pas la première fois qu’une personne développe une obsession telle envers son idole. Cela peut par exemple nous rappeler l’assassinat de John Lennon par son fan Mark David Chapman. On peut également s’interroger sur la liberté de l’artiste. Est-il réellement libre de choisir ce qu’il écrit ? La réponse est non. Au début de cette histoire, on découvre l’importance de son agent littéraire, des conseils qui lui sont donnés et de la manière de guider Sheldon vers une lecture plus commerciale.

L’auteur est épuisé par Misery, il souhaite donner vie à une nouvelle aventure, expérimenter d’autres genres… Cependant, c’est un fait qui dérangera le monde éditorial en raison de l’affaiblissement de la rentabilité et dans le même temps le manque de fidélité envers son oeuvre. Les éditeurs (tout comme dans le monde du cinéma) chercheront toujours l’option la plus rentable, celle qui pourra plaire au grand public et ce, peu importe la qualité de celle-ci et l’idée de départ de l’auteur.

Ainsi, Misery nous montre l’autre facette de la vie d’auteur : la perte de liberté créative. Wilkes se convertit en « conseillère » de Sheldon et l’oblige à écrire ce qu’elle veut tel qu’elle le veut. De plus, nous découvrons petit à petit le fait que Wilkes est associée à divers assassinats et donc que sa cruauté l’a accompagnée tout au long de sa vie. C’est un personnage qui effraie par son réalisme, par son obscur passé d’infirmière assassin et par son obsession profonde la poussant vers la folie.

« Je suis ta plus grande fan ».

-Annie Wilkes-

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