Anna O, le cas qui inspira la création de la psychanalyse

· 11 décembre 2017

Sigmund Freud était un médecin vif d’esprit qui était fasciné par les mystères de l’esprit humain. Il fut le créateur de la psychanalyse, laquelle changea complètement ce qui était jusque-là connu sur la raison et de la déraison. Cependant, le patient qui est entra dans l’histoire sous le nom d’Anna O. eut d’une importance fondamentale dans son travail.

Freud était particulièrement attiré par les cas que la médecine de l’époque appelait « inexplicables ». Il se trouvait plusieurs patients de cette nature dans le célèbre Hôpital de la Salpêtrière. Des personnes qui étaient aveugles ou paralysées sans que ces handicaps aient une origine physique identifiée ou qu’existe des cas similaires.

« Le traitement cathartique de l’hystérie, précurseur de la psychanalyse, fut la découverte commune d’un excellent patient et d’un médecin large d’esprit »

-Sandor Ferenczi-

À cette époque, un grand nombre de ces cas étaient traités à travers l’hypnose. Freud faisait de même. Il apprit les techniques nécessaires pour la mettre en oeuvre et la pratiqua en consultation. Cependant, il remarqua que si ses patients guérissaient, ils ré-expérimentaient plus tard le symptôme. Ou qu’ils développaient d’autres symptômes de substitution. Il lui semblait, ainsi qu’à Josef Breuer, son professeur, qu’ils se trouvaient dans une impasse, jusqu’à ce qu’ils croisent la route du cas d’Anna O.

Anna O, Breuer et Freud

Josef Breuer était expert dans le domaine de l’hystérie. Il était également le personnage le plus en vue dans le domaine de l’hypnose clinique à cette époque. Freud, qui devint son disciple, l’admirait profondément. Ils écrivirent ensemble les premières lignes de ce qui serait l’histoire de la psychanalyse. Anna O fut un cas décisif afin que tous deux puissent progresser dans la compréhension de l’esprit humain.

 

anna o

À cette époque, l’hystérie était considérée comme une maladie de femmes. Il était considéré qu’elles simulaient des problèmes physiques juste pour attirer l’attention. Breuer et Freud étaient convaincus qu’elles ne mentaient pas. Autrement dit, aucun d’eux ne pensait qu’il s’agissait d’une simulation.

Anna O était une Autrichienne de 21 ans issue d’une famille aisée. Il s’agissait d’une fille particulièrement intelligente et cultivée. Cependant, elle en vain à présenter de nombreux symptômes extravagants. Elle entrait dans une sorte de « transes » qu’elle appelait « nuages ». Elle souffrait d’hallucinations dans lesquelles elle voyait des serpents et des crânes. Elle restait silencieuse. Elle se paralysait. Elle ne pouvait boire aucun liquides. Elle oubliait parfois sa langue maternelle, l’allemand, et ne pouvait parler que l’anglais ou le français.

Breuer commença à la traiter lorsqu’elle eu une toux persistante qui l’épuisait énormément. Elle présentait également une paralysie du visage, d’un bras et d’une jambe. Son père souffrait d’un abcès tuberculeux et ce fut elle qui le soigna pendant la maladie. Cependant, elle commença à tomber elle-même malade.

Anna O et la guérison par les mots

Joseph Breuer l’hypnotisa, mais remarqua qu’il n’obtenait que des histoires très chaotiques. La deuxième fois qu’il l’hypnotisa, il lui demanda si quelque chose la dérangeait. Anna O répondit avec cette phrase : « ajamáis acht nobody bella mió please lieboehn nuit”. C’était quelque chose de fou. Une prière dite en cinq langues. Breuer décida, intuitivement, qu’il traiterait Anna O sans hypnose .

Dès lors, Breuer concentra le traitement en utilisant l’écoute comme outil principal. Il encouragea Anna O à parler et à dire tout ce qui lui venait à l’esprit. Les symptômes s’améliorèrent et apparurent les bases de ce qui serait la méthode de la libre association ou de l’association libre.

Elle commença à appeler ces séances « nettoyage de cheminée » ou « guérison par les mots ». C’est sous cette dernière acception que fut identifiée la psychanalyse dans l’histoire. Breuer, quant à lui, appela cette procédure « méthode cathartique ».

Josef Breuer

La guérison d’Anna O ou le début de la psychanalyse

Le processus thérapeutique d’Anna O. connut de nombreux hauts et bas. Elle tomba finalement amoureuse de Breuer et développa une forte dépendance à son égard. Il était également attiré par elle. Etant marié, il décida de mettre fin au traitement. Quelque temps après, Freud découvrit dans ces événements le phénomène du « transfert » et du désir sexuel qui se trouvait en l’arrière-plan de l’hystérie.

Anna O fut hospitalisée deux fois et connue plusieurs rechutes. Malgré tout, il fut une période où elle parvint à maîtriser tous les symptômes qui l’affligeaient. Elle se convertit en une activiste pour les droits des femmes et des enfants. Elle fut également une écrivaine et traductrice reconnue. Sa vie prit un cours qui pourrait être qualifié de « normal ».

Onze ans plus tard, Joseph Breuer et Sigmund Freud publièrent l’un des ouvrages où la psychanalyse apparaissait déjà comme une approche différenciée. Il s’agit du livre intitulé « Etudes sur l’hystérie ». L’affaire Anna O est, en fin de compte, la plus illustrative de ce travail. De nombreuses personnes vont même jusqu’à dire, de façon symbolique, évidemment, que ce fut l’hystérie et Anna O qui inventèrent la psychanalyse.

sigmund freud