Yeonmi Park, la biographie de l’enfant qui a affronté le monstre

17 octobre 2019
Yeonmi Park est une jeune femme âgée de 26 ans qui vit aux États-Unis et qui travaille en faveur des droits de l'Homme. À l'âge de treize ans, alors qu'elle n'était encore qu'une jeune fille, elle vécut une expérience terrifiante pendant sa fuite de la Corée du Nord vers la Chine. Nous vous racontons ici son histoire. 

L’histoire de Yeonmi Park est celle d’une jeune fille qui, seulement à l’âge de 13 ans, a dû affronter une épreuve extraordinaire. Ni même elle savait de quoi il était question à l’époque.

En 2007, sa vie était celle d’une jeune fille nord-coréenne qui ignorait complètement comment fonctionnait le monde au-delà des frontières de son pays. À l’heure actuelle, Yeonmi Park vit aux États-Unis et est une jeune femme qui prospère dans le monde professionnel.

La première fois que Yeonmi Park eut conscience qu’il existait une réalité différente de celle qu’elle avait toujours connue jusqu’alors ce fut lorsqu’elle vit le film Titanic. Le régime politique de la Corée du Nord avait interdit ce film, mais il existe un marché noir dans lequel les contenus interdits circulent. Lorsque Yeonmi Park vit le film Titanic, elle découvrit la notion d’amour au sein du couple et comprit qu’il était possible de mourir par amour pour quelqu’un, pas seulement pour sa patrie.

Aussi étrange que cela puisse paraître, Yeonmi Park a révélé qu’en Corée du Nord il n’existait même pas de termes pour définir ce type d’amour. Il n’existe pas de termes pour définir le caractère individuel, privé ou personnel d’une chose : tout est collectif, tout forme un « nous ». Lorsqu’elle s’échappa de son pays natal, elle ne savait pas où elle allait ; elle ne savait pas non plus vraiment pourquoi elle avait décidé de prendre la fuite.

La fuite de Yeonmi Park

L’enfance de Yeonmi Park

Yeonmi Park est le née le 4 octobre 1993 en Corée du Nord. La situation économique de ses parents était meilleure que celle de la moyenne des habitants, car son père était membre du Parti du travail de Corée. Ce dernier exerçait en tant que fonctionnaire de mairie et était un personnage respecté.

Le cauchemar commença avec la crise économique qui frappa le pays pendant les années 90. Les biens basiques commencèrent à manquer. Le père de Yeonmi Park participa alors à un réseau de contrebande pour améliorer la qualité de vie de sa famille. Néanmoins, s’agissant de l’un des pays les plus hermétiques du monde, les autorités du pays détectèrent ses activités. La conséquence fut la suivante : il se vit forcé de séjourner dans un camp de travaux forcés pendant un certain temps.

Yeonmi Park, sa sœur et sa mère connurent la faim à ce moment-là.  Lorsque Yeonmi Park voyait au loin les lumières des villages du pays, elle se disait qu’elle pourrait trouver un peu de nourriture dans l’un de ces endroits.

Lorsque la punition de son père prit fin, Yeonmi Park suggéra à sa famille de prendre la fuite vers la Chine. Sa sœur disparut du jour au lendemain. La famille pensa alors qu’elle avait pris la fuite, mais sans aucune certitude.

La fuite vers la Chine

Yeonmy park souhaitait fuir aux côtés de sa mère vers la Chine, car elle imaginait qu’à cet endroit-là, peut-être, elle pourrait manger un bol de riz. Il n’était alors pas question de fuir le régime mais de fuir la faim. Malade, son père ne put pas les accompagner.

Après avoir traversé la frontière, Yeonmi et sa mère se retrouvèrent face à des trafiquants de personnes. Ceux qui fuient la Corée du Nord vers la Chine sont déportés par les autorités. Les chinois sont bien conscients de la situation et certains d’entre eux en profitent pour créer tout un business autour de ce drame. Ce fut ce genre de personnes que Yeonmi et sa mère croisèrent après avoir traversé la frontière. L’un des trafiquants voulut violer Yeonmi, mais sa mère proposa au trafiquant de la remplacer : elle fut violée devant les yeux de sa fille.

Par la suite, les deux femmes furent vendues séparément à deux fermiers. Yeonmi tenta de se suicider lorsqu’elle se retrouva séparée de sa mère. Mais le fermier lui proposa un accord : si elle acceptait de devenir son amante, il l’aiderait à rejoindre sa famille. Étonnamment, ce dernier tint sa promesse.

Yeonmi Park

 

La nouvelle vie de Yeonmi Park

Au bout d’un certain temps, Yeonmi Park put rejoindre sa mère et, ensemble, elles parvinrent à faire venir le père de Yeonmi en Chine. Malheureusement, ce dernier souffrait d’un cancer avancé et il mourut peu de temps après son arrivée en Chine à l’âge de 45 ans. Afin de ne pas attirer l’attention sur la famille, il n’y eut pas de funérailles. Le corps du père de Yeonmi fut enterré à la montagne. Plus tard, les deux femmes bénéficièrent de l’aide de missionnaires chinois pour aller en Mongolie.

En Mongolie, le danger les guetta à nouveau, mais elles menacèrent de se suicider si on les déportait  en Corée du Nord. Finalement, elles se retrouvèrent en Corée du Sud. Pour Yeonmi Park, ce fut comme si elle était sur une nouvelle planète. Elle révéla que lors de son premier jour d’école, la maîtresse lui demanda qu’elle était sa couleur préférée et qu’elle n’avait pas su quoi répondre : jusqu’à ce moment-là, elle ne savait pas ce que c’était que d’avoir des goûts individuels.

Heureusement, le cauchemar de Yeonmi prit fin et elle retrouva même sa sœur en Corée du Sud. Yeonmi Park est aujourd’hui une défenseuse des droits de l’Homme et lutte contre le traffic de personnes. À l’heure actuelle, elle vit aux États-Unis avec son mari et sa fille.

 

En somme…

Certains experts sur la Corée ont mis en doute la véracité de son histoire mais, à l’heure actuelle, il n’existe aucune preuve pouvant certifier qu’il s’agit d’une histoire fausse. L’histoire de Yeonmi Park peut être fausse comme elle peut être vraie. Son histoire peut aussi mêler mensonges et vérités ou être le résultat de souvenirs modifiés par les émotions.

Quoi qu’il en soit, il s’agit d’une histoire terrifiante qui montre comment la société et la culture qui nous entourent influent directement sur les personnes. Ne pas connaître la notion d’individualité et ne pas avoir de connaissances sur l’amour, c’est vivre au sein d’un régime basé sur la soumission. Le langage nous libère, mais il peut également nous emprisonner.

 

  • Bosch, X. B. (2017). ¿Los falsos mantras norcoreanos? Desnuclearización, colapso del régimen y reunificación. Comillas Journal of International Relations, (9), 19-45.