Vivre avec une anxiété anticipatoire : que faire ?

6 juillet 2019
Dans un monde toujours plus incertain et imprévisible, on assiste à une recrudescence des cas d'anxiété anticipatoire. Seul celui qui en souffre sait ce que c'est que de penser presque à chaque instant que quelque de mauvais va arriver. Les crises de panique sont ainsi fréquentes.

Vivre avec une anxiété anticipatoire, c’est ne pas pouvoir respirer. En effet, l’incertitude et l’inquiétude nous asphyxient. C’est être victime d’un esprit qui se hâte et s’obstine à nous amener les résultats les plus mauvais. Peu d’expériences s’avèrent aussi invalidantes que celle de rester bloqué par cette angoisse permanente, où notre corps et nos pensées sont sous le joug de la peur.

Si nous pouvions décrire l’ anxiété anticipatoire d’une manière simplifiée, nous dirions qu’il s’agit de ce mécanisme par lequel l’esprit essaie de prédire l’avenir et de créer une projection négative devant un fait qui ne s’est pas produit. Mais pourquoi le fait-on ? Pourquoi nous convertissons-nous en une société toujours plus affectée par ce type concret d’anxiété ?

Pour répondre à cette question, nous devons comprendre deux aspects très simples qui définissent la plupart d’entre nous. Le premier aspect est que s’il y a quelque chose dont a besoin l’être humain presque par instinct, c’est de tout avoir sous contrôle. Le second est notre peur absolue de l’incertitude. Nous ne la tolérons pas, nous ne savons pas la gérer. Elle nous angoisse et nous frustre plus que nous ne le pensons.

Ainsi, des réalités aussi fréquentes que celles d’affronter un entretien d’embauche, un examen, un rendez-vous médical ou le simple fait de nous demander si le mois prochain, nous pourrons payer toutes les factures nous mène parfois vers ce chemin mental où seules les fatalités grandissent. Nous anticipons le pire. Cette idée nous bloque et anéantit nos ressources pour affronter tout défi ou objectif.

« La préoccupation n’élimine pas la douleur de demain. Elle élimine seulement la force d’aujourd’hui. »

-Corrie ten Boom-

homme souffrant d'anxiété anticipatoire

Vivre avec une anxiété anticipatoire : quand la peur fait tout tomber sur son passage

Nous passons une grande partie de notre temps à nous inquiéter. Cela n’entraîne en soi aucun problème si et seulement si nous gérons correctement lesdites inquiétudes. Comment ? En recherchant un niveau équilibré d’anxiété. Nous mettons ainsi à profit ce niveau d’alerte combiné, en outre, à une approche mentale flexible et positive grâce à laquelle il sera possible d’affronter les difficultés du quotidien.

Certes, y parvenir n’est pas une tâche aisée, car notre cerveau se fie plus aux instincts qu’à la raison. Cela entraîne ainsi que, face à une situation d’incertitude, notre imagination a tendance à imaginer le pire. Cette sensation d’angoisse stimule immédiatement l’amygdale. Cette dernière est la région du cerveau liée au circuit de la peur, responsable de « déverser » un torrent de réponses physiologiques en libérant des hormones comme le cortisol.

La raison pour laquelle certaines personnes et pas d’autres finissent par développer une anxiété anticipatoire pourrait être directement liée à cette structure. C’est ainsi qu’une étude menée par l’université de Wisconsin-Madison et publiée dans la revue Nature, nous indique qu’il existe des cerveaux plus « réactifs » à l’incertitude et à la menace. Autrement dit, certaines personnes, d’un point de vue neurologique, tolèrent beaucoup moins bien ce type de situations. Elles réagissent ainsi avec une anxiété importante.

 

schéma d'un cerveau

Vivre avec une anxiété anticipatoire : symptômes et caractéristiques

Vivre avec une anxiété anticipatoire, c’est ne pas vivre. C’est demeurer paralysé dans une antichambre où l’esprit s’obstine à prédire l’avenir et à vous susurrer en même temps les terribles conséquences qui peuvent survenir. Peu importe ce que vous projetez, peu importe ce que vous devez faire aujourd’hui, demain ou dans 5 ans, tout ira mal.

  • Ainsi, cette sensation d’alerte est accompagnée par une sensation d’insécurité, de tristesse du fait de notre impression d’impuissance et aussi de colère de fait de ne pas savoir quoi faire
  • La pensée est obsessive : les distorsions cognitives sont innombrables. On voit donc une réalité clairement biaisée, un monde sans avenir parce que nous concentrons notre regard sur un futur hautement négatif
  • Vivre avec une anxiété anticipatoire, c’est vivre avec la peur : cela suppose ainsi de subir une grande gamme de symptômes. Frissons, transpiration, douleurs d’estomac, tachycardie, etc. Cette condition psychologique finit très souvent en crise de panique

Comment diminuer notre anxiété anticipatoire pour mieux vivre ?

Horace, le grand poète latin, disait que l’adversité a le don de réveiller les talents qui, dans la prosperité, auraient demeuré endormis. Notre réalité et notre monde est profondément marqué par les changements imprévus, par les pressions, par des choses qui échappent à notre contrôle et par de petites et grandes adversités que nous sommes obligés d’affronter.

Néanmoins, personne ne nous a enseigné comment faire tout cela. Notre cerveau n’est même pas prêt à assumer une si grande incertitude. Avoir peur est ainsi quelque chose de normal. Mais laisser la peur nous dominer complètement ne l’est pas. La recette pour ne pas vivre avec une anxiété anticipatoire et gagner en bien-être implique de réfléchir à ces aspects :

  • L’émotion ressentie ne doit pas définir votre comportement : ressentir de la peur et de l’angoisse pour quelque chose est complètement normal. Acceptez ces émotions, normalisez-les. Mais ne permettez pas qu’elles ne définissent votre comportement en dominant vos pensées
  • C’est vous qui avez le contrôle de vos pensées : ne laissez pas votre esprit se promener trop longtemps près de ces trous noirs où règnent la peur paralysante. Aérez votre esprit, rendez-le flexible en le dirigeant vers l’extérieur pour vous détendre, pour trouver l’équilibre dans le moment présent. L’important, c’est le moment présent. Le moment futur n’est pas encore arrivé
  • Pratiquez la spontanéité, rompez les modèles : la peur et la pensée négative s’alimentent de nous lorsque nous sommes tranquilles, que la routine nous oxyde et que le cerveau perd ses motivations pour dériver vers une pensée ruminante et obsessive. Bougez-vous, ne pensez pas, ne faites que ressentir. Pratiquez un sport, détendez votre esprit avec le Mindfulness. Égayez votre coeur en préparant de nouveaux plans et en connaissant de nouveaux visages

Conclusion

Pour conclure, nous pouvons tous souffrir à un moment donné d’anxiété anticipatoire. Notre vie actuelle peut être un parfait terreau pour que le démon de la peur prenne racine et nous emprisonne. Tomber dans ces états ne nous rend pas plus faibles. Cela nous donne en réalité une opportunité pour devenir des personnes plus fortes. Pour développer des esprits qui apprennent à appliquer de nouvelles ressources et de meilleures compétences pour survivre avec efficacité et bonheur.

 

  • Chua, P., Krams, M., Toni, I., Passingham, R., & Dolan, R. (1999). A functional anatomy of anticipatory anxiety. NeuroImage9(6 I), 563–571. https://doi.org/10.1006/nimg.1999.0407
  • Grupe, D. W., & Nitschke, J. B. (2013, July). Uncertainty and anticipation in anxiety: An integrated neurobiological and psychological perspective. Nature Reviews Neuroscience. https://doi.org/10.1038/nrn3524