La violence s’apprend… et peut aussi se désapprendre

18 juillet 2017 dans Emotions 428 Partagés

Depuis que l’on a commencé à étudier les phénomènes violents dans les sciences humaines, au milieu du XXème siècle, une question a taraudé tou-te-s les chercheur-e-s : la violence humaine est-elle instinctive ou s’apprend-elle ? Une multitude d’hypothèses ont été proposées à ce sujet. Mais il y a quelque chose de très clair : toutes les cultures, à toutes les époques, ont manifesté des comportements agressifs.

La préoccupation autour de ce thème a augmenté depuis plusieurs décennies. Les guerres mondiales ont démontré que la capacité des êtres humains à se faire mal les uns les autres n’avait pas de limite. Cela et bien d’autres faits nous ont conduit à nous considérer, même, avec la peur de nous-mêmes.

« La violence est la peur des idéaux des autres. »

-Mahatma Gandhi-

Peut-être qu’à cause de ces épisodes historiques, le concept d’agressivité a adopté une connotation complètement négative. Cela n’a pas toujours été ainsi. De fait, sans la capacité d’agresser ou de répondre aux agressions, nous n’aurions pas pu survivre en tant qu’espèce. Mais l’être humain a porté la violence trop loin et c’est ce qui provoque de l’inquiétude aujourd’hui.

L’agressivité et la violence, deux concepts différents

Parfois, on pense que l’agressivité et la violence sont deux réalités similaires, mais ce n’est pas le cas. L’agressivité fait partie de notre équipement instinctif. Nous naissons avec elle et nous avons sa marque imprimée physiologiquement. Elle implique une série de processus physiques et chimiques qui se mettent en marche de manière automatique, sans que nous en soyons conscient-e.

L’agressivité est biologique. Elle nous sert à entrer dans un état d’alerte dans les cas de danger. Elle sert aussi à nous défendre dans le cas où c’est nécessaire et à nous adapter à l’environnement. Il est normal et sain, par exemple, que nous réagissions agressivement si quelqu’un essaie de nous pousser pour nous faire tomber. Notre instinct de survie fait que face à cette menace, nous répondons avec des gestes ou des actions agressives.

La violence, à l’inverse, est culturelle. Elle correspond à tous ces comportements destinés à faire du mal à l’autre, pour des raisons différentes à la préservation objective de notre intégrité. Seule l’espèce humaine a des comportements violents, aucun autre animal n’adopte ce type de conduites.

La violence est donc apprise. L’agressivité est instinctive, mais la violence est symbolique. Cela signifie que nous venons au monde avec des outils innés pour répondre agressivement, lorsque c’est nécessaire pour préserver la vie et l’intégrité. Mais le désir et la tendance à faire du mal aux autres pour plusieurs raisons différentes s’inculque, s’apprend. Ce qui signifie que cela peut aussi se désapprendre.

L’apprentissage et le désapprentissage de la violence

Presque toutes les personnes violentes justifient leur comportement avec de fausses excuses. La plupart argumentent qu’elles font du mal aux autres pour se défendre, ou pour inculquer ou apprendre quelque chose de positif. Il est également fréquent de reprocher à la victime d’inciter cette violence contre elle. Et il n’est pas rare que l’on invoque des principes supérieurs, qu’ils soient d’ordre religieux ou politiques.

Derrière ces mensonges, il y a de complexes constructions idéologiques, tout aussi fausses. La violence est tout d’abord symbolique (culturelle), puis physique. Par exemple, pour réduire les Noirs en esclavage dans le monde entier, on a tout d’abord affirmé qu’ils n’avaient pas d’âme. On a élaboré tout un catalogue concernant leurs comportements inférieurs et vicieux. Ainsi, la violence physique contre eux était justifiée. C’est la même chose avec les femmes, les indigènes et les animaux.

On présuppose que la violence « en légitime défense » peut être admise. Cependant, les cas dans l’histoire où cette défense s’alimente d’une menace inexistante sont nombreux. Dans plusieurs livres sacrés, on dit que les femmes sont la perdition des hommes. De même, dans beaucoup de guerres sacrées, chaque camp oppose son Dieu à celui de l’autre et l’effacer de la surface de la Terre est une mission louable. Et dans plusieurs situations quotidiennes, on disqualifie symboliquement l’autre pour asseoir les bases qui permettent de le violenter avec une « conviction » totale.

La violence, donc, s’éradique de l’esprit ou ne s’éradique pas. On peut éteindre les fusils ou stopper les coups. Mais si on ne voit pas l’autre comme un semblable digne, la violence reviendra. Peut-être qu’elle adoptera une forme non physique, comme la critique mordante, la moquerie ou l’indifférence de glace, mais elle reste de la violence. Il ne faut pas craindre les sentiments agressifs car ils font partie de notre défense vitale. Mais il faut mettre de la distance vis à vis des impulsions violentes qui, comme nous le savons tou-te-s, n’engendrent que de l’injustice et plus de violence.

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Images de Ashley Mackenzie

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