Victime, persécuteur et sauveur : trois rôles existentiels

11 octobre 2019
Les relations humaines basées sur la manipulation impliquent trois rôles existentiels : la victime, le persécuteur et le sauveur. Ces trois rôles sont des masques que certaines personnes portent pour camoufler leurs insécurités et leurs frustrations. 

Le psychologue Stephen Karpman est à l’origine de l’idée selon laquelle au sein des relations humaines peu authentiques, des mécanismes de manipulation s’installent, ce qu’il désigne sous l’appellation « jeux de contrôle » . Les personnes impliquées dans ces jeux de contrôle finissent par endosser trois rôles existentiels différents : victime, persécuteur et sauveur.

Ces rôles existentiels sont propres aux relations humaines qui manquent d’authenticité. Au sein de ces relations, il n’y a aucun lien basé sur la vérité : la base de la relation est un « jeu de contrôle » mutuel. Ce jeu nous empêche de voir qui nous sommes en réalité, et qui les autres sont réellement. Le rôle de la victime, du persécuteur et du sauveur sont trois masques sous lesquels se cache notre peur de grandir.

« Parfois, avec un bouclier nous faisons plus de mal qu’avec une lance. »

-Auteur inconnu-

Deux masques de persécuteur

Définitions de victime, persécuteur et sauveur

Chacun des rôles existentiels, selon Karpman, présente quelques traits caractéristiques. La victime, le persécuteur et le sauveur suivent des modèles comportementaux plus ou moins stables, lesquels, comme nous le disions plus haut, peuvent être interchangés.

  • La victime : une personne qui joue le rôle de victime crée des liens avec les autres en adoptant une attitude de vulnérabilité. Cette personne ne sait rien, ne peut rien faire et n’arrive à rien. La victime fait en sorte que les autres lui viennent en aide ou la soutiennent, mais dans le même temps, elle se plaint de sa situation. Elle laisse ses responsabilités aux autres
  • Le persécuteur : le persécuteur est celui qui reste en marge, du moins en apparence. Il juge les autres extrêmement sévèrement. Il pointe du doigts leurs erreurs et, d’une certaine façon, la souffrance émotionnelle des autres l’amuse
  • Le sauveur : le sauveur est celui qui porte sur ses épaules les responsabilités des autres. Il offre une fausse aide, car sa contribution ne permet pas aux autres de grandir ; au contraire, son aide encourage la dépendance

Victime, persécuteur et sauveur… Un triangle dramatique

La victime, le persécuteur et le sauveur sont des masques aux différentes facettes :

  • La victime, par exemple, peut manipuler les autres et profiter des autres en ayant recours à sa prétendue vulnérabilité. Dans le même temps, elle alimente son sentiment de manque de valeur et son insécurité. Elle pense que, parce qu’elle est en manque d’affection, elle mérite une compréhension totale. Elle peut facilement devenir un agresseur
  • Le persécuteur, lui, rejette ses propres frustrations sur les autres. Il cherche à faire en sorte que les autres lui confèrent une certaine autorité ou importance, s’érigeant en juge et partie. Il apprend à se rend visible aux autres via ses cruautés et ses intimidations. En général, il se montre lâche au moment d’affronter ses peurs
  • Le sauveur, qui semble être le personnage le plus sympathique de notre triade, a besoin qu’on ait besoin de lui. Son aide n’est pas désintéressée. Il se sent également insignifiant et souhaite que les autres dépendent de lui pour se sentir reconnu ou pour gagner l’affection des autres. Néanmoins, il se sent parfois exploité et s’en plaint. Il peut facilement être amené à endosser le rôle de la victime
Une femme triste à cause d'un persécuteur

Sortir des jeux de contrôle

Bien que le « jeu » de contrôle entre victime, persécuteur et sauveur tende à se transformer en une situation structurée, il est quand même possible d’en sortir. Mais bien entendu, pour en sortir, il faut faire preuve d’honnêteté envers soi-même et avoir envie de créer des liens authentiques avec les autres.

Il est possible d’assainir les comportements des trois rôles dramatiques. Voyons cela plus en détail :

  • Du sauvetage à la collaboration empathique : il n’est plus question de gérer les problèmes des autres mais d’être en mesure d’accepter ses propres manques et ses propres difficultés et d’aider les autres à surmonter eux-mêmes leurs propres difficultés
  • De la poursuite à l’assertivité : le persécuteur doit moins observer les autres et plus s’autoobserver. Il peut représenter un exemple d’autonomie, puisqu’il détient une graine d’assertivité. Il sait fixer des limites, mais il n’aime pas tellement respecter les limites fixées par les autres
  • De la victimisation à la responsabilité : plutôt que d’attendre d’être sauvée, la victime devrait assumer pleinement ses responsabilités. Il se peut qu’elle ait besoin d’aide, mais elle ne doit pas solliciter une aide illimitée et inconditionnelle. Elle doit d’abord s’aider elle-même

Ces trois rôles existentiels donnent lieu au fameux « triangle dramatique » de Karpman. Il s’agit d’un triangle, car les trois sommets, à savoir la victime, le persécuteur et le sauveur sont étroitement liés les uns aux autres ; ils n’existent pas l’un sans l’autre.

Par ailleurs, les rôles peuvent être interchangés. La victime peut devenir un persécuteur, le persécuteur peut devenir un sauveur, et le sauveur peut devenir une victime…

 

Romanillos, M. B. (1957). Territorio Berne: Debate sobre el estado de los estados del yo. Análisis transaccional y psicología humanista, 57.