Un violoniste dans le métro, ou la preuve que nous regardons sans voir

13 septembre 2019
Le Washington Post voulait tester dans quelle mesure les gens étaient capables de reconnaître quelque chose de beau ou de sublime lorsque la beauté entrait en concurrence avec la routine. Malheureusement, il a prouvé le contraire : que nous regardons sans voir et écoutons sans entendre.

Le violoniste dans le métro est le nom d’une expérience sociale qui a été menée pour prouver que nous regardons sans voir. Elle s’est concrétisée pour la première fois en 2007, puis elle a été renouvelée sept ans plus tard. Son protagoniste, le célèbre violoniste Joshua Bell, a prouvé que l’être humain est doué pour ignorer la beauté.

L’expérience a été organisée par le Washington Post. Elle était basée sur une question : la beauté saura-t-elle capter l’attention des gens si elle est présentée dans un contexte quotidien et à un moment inapproprié ? En d’autres termes : dans quelle mesure les gens sont-ils capables de reconnaître la beauté en dehors des scénarios dans lesquels nous nous attendons à ce qu’elle soit placée ?

Le résultat final a montré que nous regardons sans voir et que nous entendons sans écouter. Cela est probablement dû au fait que nous nous laissons trop emporter par les apparences. De plus, nous sommes tellement absorbés par notre quotidien que nous ne sommes pas capables de découvrir les diamants qui brillent dans la portée.

Un violon
Joshua Bell, un virtuose

Joshua Bell est l’un des meilleurs violonistes au monde. Il est né en 1967 et a grandi dans l’Indiana (États-Unis). Très jeune, ses parents l’ont vu reproduire le son du piano de sa mère avec des élastiques. Il n’avait que 4 ans. Son père lui a acheté un violon et à l’âge de 7 ans, le garçon donnait déjà son premier concert.

Ce qui caractérise le plus Joshua Bell, c’est son amour pour la musique classique et sa défense d’une idée : elle doit être accessible à tous les publics. Il n’est pas un de ces maîtres qui pense qu’elle n’est valable que dans certains environnements ou pour un public averti.

Bell s’est produit dans Sesame Street et a participé à la création de plusieurs bandes sonores pour des films commerciaux. De plus, il a joué le thème central du film Le Violon rouge et a servi de doublure au personnage principal dans plusieurs scènes. C’est pourquoi le Washington Post pensait que Joshua Bell était le meilleur personnage pour son expérience sociale.

L’expérience

L’expérience du violoniste dans le métro a consisté à faire jouer Joshua Bell dans une station de métro très populaire de Washington, à une heure fréquentée. Bell a voulu jouer avec son violon Stradivarius, d’une valeur de plus de trois millions de dollars.

Les concepteurs de l’expérience ont estimé qu’entre 75 et 100 personnes s’arrêteraient pour l’écouter. Mais aussi que Bell obtiendrait au moins 100 dollars, pendant l’heure que durerait sa performance. Après tout, trois jours auparavant, il avait donné un concert où le public avait payé 100 dollars la place pour l’écouter dans des chaises mal placées.

Le jour désigné était le 12 janvier 2007, à 7 h 51 du matin. Bell était vêtu d’un t-shirt à manches longues, d’un jean et d’une casquette. Il a commencé par interpréter une œuvre de Johann Sebastian Bach, puis il a continué avec son interprétation magistrale de l’Ave Maria de Shubert. Il joua ensuite une série d’autres pièces. C’est alors que l’évidence est apparue : nous regardons sans voir et que nous entendons sans écouter.

Un violoniste en action
Nous regardons sans voir et écoutons sans entendre

Au total, le violoniste prodige a joué pendant 47 minutes. Pendant ce temps, 1 097 personnes sont passées à côté de lui. À la surprise générale, seuls six d’entre elles se sont arrêtées pour écouter. Au total, il a obtenu 32 dollars et 17 cents pour sa performance. Joshua Bell a dit plus tard que la chose la plus frustrante était de finir ses performances et de voir que personne n’applaudissait.

Une seule femme l’a reconnu et un homme s’est arrêté pour l’écouter pendant six minutes. C’était un garçon de 30 ans du nom de John David Mortensen. Un fonctionnaire du Département d’Etat de l’Energie. Il a déclaré plus tard que les seuls classiques qu’il connaissait étaient des classiques du rock. Cependant, la musique de Bell lui semblait sublime et il s’arrêta pour l’écouter. « J’ai ressenti la paix » déclara-t-il par la suite.

La preuve que nous regardons sans voir et entendons sans écouter est que la plupart des passants étaient complètement indifférents au spectacle. C’était aussi décourageant pour Bell de se sentir si ignoré. Ainsi, sept ans plus tard, il joua à nouveau au même endroit, mais précédé d’une grande publicité.

Cette fois-ci, des centaines de personnes se sont rassemblées autour de lui. L’objectif était de rapprocher les jeunes de la musique classique et Bell a donné un petit concert didactique. Il a regretté qu’un si grand nombre de personnes dans le monde soient dans l’incapacité d’identifier la beauté et souhaité donner davantage de sa personne pour surmonter cette déficience.

  • García-Valdecasas Medina, J. I. (2011). La simulación basada en agentes: una nueva forma de explorar los fenómenos sociales. Revista Española de Investigaciones Sociológicas (REIS), 136(1), 91-109.