Trouble d’accumulation compulsive : en quoi consiste-t-il ?

· 13 avril 2018

Vous avez probablement déjà entendu parler du syndrome de Diogène. La personne qui souffre de ce trouble se caractérise par son isolement social et en vient même à se cloîtrer chez elle, en plus de négliger la propreté de son foyer et son hygiène personnelle.

Le trouble d’accumulation compulsive pourrait être confondu avec le syndrome de DiogèneCependant, nous ne parlons pas de la même chose. La principale différence réside dans le fait que ceux qui souffrent du syndrome de Diogène n’accumulent pas uniquement des objets inutiles : ils accumulent aussi des déchets et des détritus et poussent à l’extrême la négligence de leur apparence personnelle.

Avec le trouble d’accumulation compulsive, il existe des difficultés persistantes à se défaire ou à se séparer de ses possessions. Et peu importe leur valeur réelle. Ces objets peuvent avoir une faible valeur économique ou sentimentale.

La difficulté à se défaire de ces biens peut apparaître sous de nombreuses formes, que ce soit le fait de vendre, de jeter, d’offrir ou de recycler. Les principales raisons prétextées pour ces difficultés se perçoivent au niveau de l’utilité ou de la valeur esthétique des éléments, ou bien au niveau d’un fort attachement sentimental envers ces possessions.  Une autre raison est liée au « au cas où ». On achète un nouvel ordinateur mais on ne se débarrasse pas de l’ancien au cas où le nouveau aurait un problème. Et lorsqu’on en achète un autre, on ne se défait pas non plus des précédents au cas où les deux auraient des problèmes. Et ainsi de suite.

Certaines personnes se sentent responsables du destin de leurs biens et, souvent, font tout ce qui est en leur pouvoir pour éviter de dilapider leur argent. Par ailleurs, la crainte de perdre des informations importantes est aussi fréquente chez les personnes souffrant d’un trouble d’accumulation.

trouble d'accumulation

Comment se diagnostique le trouble d’accumulation compulsive?

Le Manuel Diagnostique et Statistique des Troubles Mentaux (DSM-5) énumère une série de critères diagnostiques pour ce trouble. Les voici :

A. Difficulté persistante à se défaire ou à renoncer à ses possessions, indépendamment de leur valeur réelle.

B. Cette difficulté est due à un besoin perçu de conserver les choses et au mal-être ressenti lorsqu’on se défait de ces choses.

C. La difficulté à se défaire des possessions donne lieu à l’accumulation de choses qui bloquent et remplissent les zones habitables et altèrent dans une grande mesure leur usage habituel. Si les zones habitables sont dégagées, c’est uniquement en raison de l’intervention de tierces personnes (par exemple, des membres de la famille, une personne chargée du nettoyage, des autorités).

D. L’accumulation cause un mal-être significatif au niveau clinique ou une détérioration au niveau social, professionnel ou dans d’autres aires importantes du fonctionnement (ceci inclut le maintien d’un environnement sûr pour la personne et pour les autres).

E. Cette accumulation ne peut pas être attribuée à une autre maladie (par exemple, une lésion cérébrale, une maladie cérébrovasculaire, le syndrome de Prader-Willi).

F. Cette accumulation ne s’explique pas mieux par les symptômes d’un autre trouble mental (par exemple, des obsessions avec le trouble obsessionnel-compulsif, une diminution de l’énergie avec le trouble de dépression majeure, des délires avec la schizophrénie ou d’autres troubles psychotiques, un déficit cognitif avec le trouble neurocognitif majeur, une diminution de l’intérêt avec les troubles du spectre autiste).

Une maison pleine d’objets inutilisables

Les objets qui s’accumulent le plus sont des journaux, des revues, des vieux habits, des sacs, des livres, du matériel électronique, des papiers… N’importe quel objet ou presque peut être conservé dans la maison de ces personnes.

La nature des articles ne se limite pas aux possessions que la majorité des gens définirait comme inutiles ou ayant peu de valeur. Beaucoup de personnes récupèrent et gardent un grand nombre d’objets de valeur. Ces choses sont souvent accumulées et mélangées avec d’autres éléments ayant une valeur moins importante.

vêtements mal rangés

Les personnes souffrant d’un trouble d’accumulation compulsive conservent volontairement leurs possessions. Elles ressentent de l’angoisse lorsqu’elles envisagent la possibilité de s’en défaire. Le stockage et l’accumulation sont donc intentionnels.

Cette caractéristique différencie le trouble d’accumulation d’autres formes de psychopathologie. D’autres troubles se caractérisent par l’accumulation passive d’articles ou par l’absence d’angoisse au moment de se défaire des possessions. Ils sont donc différents.

Les personnes qui accumulent un grand nombre d’articles bloquent et désordonnent les zones de vie active. Ces zones sont donc difficiles à habiter à cause de leur état. Par exemple, il est possible que la personne ne puisse plus cuisiner dans sa cuisine, dormir dans son lit ou s’asseoir sur une chaise.

Difficulté à utiliser les espaces de la maison

Quand l’espace peut être utilisé, c’est avec une grande difficulté. Le désordre se définit comme un grand groupe d’objets qui ne sont en général pas liés. Ils peuvent aussi être liés de façon marginale, empilés d’une manière désorganisée dans des espaces aménagés pour d’autres fins.

Comme nous le voyions dans les critères diagnostiques, le critère C a une incidence sur des aires actives de la vie à la maison au lieu de toucher des zones périphériques comme des garages, des greniers ou des caves. Ces lieux sont aussi parfois désordonnés dans les foyers de personnes qui ne souffrent pas de trouble d’accumulation compulsive.

Les individus avec un trouble d’accumulation compulsive ont souvent des possessions qui occupent d’autres endroits que les zones de vie active et peuvent rendre impossible l’utilisation d’autres espaces. Ces espaces peuvent être des véhicules, des patios, des lieux de travail et les maisons d’amis ou de membres de la famille.

objets accumulés

Dans certains cas, les zones de vie peuvent ne pas être altérées grâce à l’intervention de tiers comme des membres de la famille, des femmes de ménage ou des autorités locales. Les personnes qui se sont vus dans l’obligation de nettoyer leur maison ont encore des symptômes qui correspondent aux critères du trouble d’accumulation. L’absence de désordre est uniquement due à l’intervention d’autres personnes.

Le trouble d’accumulation compulsive contraste avec le comportement de rangement normal, qui est organisé et systématique. La collecte normale ne produit pas de désordre, d’angoisse ou de détérioration typique au trouble d’accumulation.

Comme nous l’avons vu, ce trouble se traduit par la récupération ou l’accumulation de biens, qui peuvent ou non être utiles à la personne qui en souffre. La gravité du trouble augmente avec les années et il devient souvent chronique si l’on ne bénéficie pas d’une aide adéquate.