Three Billboards : Les Panneaux de la vengeance, ou la colère contenue dans la douleur

· 3 mai 2018

Three Billboards : Les Panneaux de la vengeance nous livre une très forte réflexion cinématographique sur la colère et le désespoir contenu dans la douleur. Il s’agit de la douleur d’une mère, Mildred Hayes, qui affiche un message sur trois panneaux de son village pour dénoncer la passivité de la police après le viol et l’assassinat de sa fille. Cependant, ces messages, loin d’être accueillis avec empathie par ses voisins, sont reçus avec une gêne impressionnante.

Cela ne fait que quelques semaines que l’Académie des arts et des sciences cinématographiques d’Hollywood a célébré son gala des Oscars et beaucoup savaient pertinemment que malgré tous les paris et tous les prix reçus précédemment, Three Billboards : Les Panneaux de la vengeance (Three Billboards Outside Ebbing, Missouri) ne remporterait pas l’Oscar du meilleur film.

« À travers l’amour vient le calme, et à travers le calme vient la pensée. Tu as parfois besoin de te rendre compte des choses, Jason. C’est tout ce dont tu as besoin. Tu n’as même pas besoin d’un pistolet. Et tu n’as certainement pas besoin de la haine. Car la haine ne résout rien; le calme, si. Essaye. Essaye, juste pour changer. »

-Willoughby, Three Billboards : Les Panneaux de la vengeance-

Si ces trois panneaux rouges placés dans un village par une mère désespérée ont contrarié sa propre communauté, le film lui-même a été reçu avec une certaine gène par un grand nombre de secteurs des Etats-Unis. Pour commencer, le récit a lieu dans un village du Missouri, en plein cœur du pays, ce qui évoque une métaphore subtile et pas du tout due au hasard.

Là, dans ce paysage ambigu, on nous présente un territoire apparemment normal où, très rapidement, nous découvrons comment la justice est négligée et à quel point la violence constitue un langage capable d’articuler n’importe quel espace (ou presque). Nous le voyons à travers ces policiers qui n’hésitent pas à avoir recours à la torture, nous le voyons à travers la passivité des voisins qui choisissent de détourner le regard et à travers cet humour noir qui nous montre que tous les personnages traînent des blessures et des traumas. La colère, finalement, est parfois l’unique moyen de rédemption existant.

Three Billboards : Les Panneaux de la vengeance n’est pas un film qui nous fait nous sentir à l’aise. C’est le portrait plein de rage et d’indignation d’une femme en quête de justice. Et c’est beaucoup plus que cela car, comme dans toute fable (même si celle-ci est acide et amère), on retrouve une transformation finale. Car l’espoir constitue cette touche qui doit toujours subsister, même dans les situations les plus difficiles et désespérées.

Frances McDormand dans Three Billboards Les Panneaux de la vengeance

Three Billboards : Les Panneaux de la vengeance, une réflexion sur la colère contenue dans la douleur

Peu de choses peuvent être aussi dévastatrices que perdre un enfant. Cependant, la souffrance s’aggrave encore plus si cette perte a eu lieu à la suite d’une mort violente, d’un assassinat, d’un viol. Nous avons tous entendu parler de différents cas et, ces derniers jours, l’un d’eux a particulièrement ému les gens en Espagne. C’est peut-être pour cela qu’il ne nous est pas difficile de nous mettre dans la peau de Mildred Hayes, cette femme à l’expression méfiante et dessinée par la rage, qui continue à chercher des réponses sept mois après la mort tragique de sa fille adolescente.

Ce qui interpelle le plus est que, en principe, ce personnage devrait nous produire une certaine gêne à cause de son registre comportemental: cette femme est imprévisible, ses dialogues sont plein de répulsion et de mépris et, en fait, elle n’hésite pas non plus à avoir recours à la violence. Cependant, Mildred Hayes est le moteur émotionnel du film et il est impossible de ne pas empathiser avec elle, de ne pas comprendre le motif de chaque geste, de chaque mouvement, de chaque action parfois effectuée avec une extrême violence.

Nous nous trouvons face à un personnage merveilleusement interprété par Frances McDormand, qui instrumentalise la colère en tant que réponse à l’impuissance et la vulnérabilité. Elle est, d’une certaine façon, l’incarnation de cette rage qui naît de l’amour et qui ne peut rien faire d’autre que crier, rendre visible son désespoir à travers trois panneaux, en attendant qu’un résultat apparaisse.

scène de Three Billboards Les Panneaux de la vengeance

L’amour qui nous transforme

Le réalisateur et dramaturge anglo-irlandais de  Three Billboards : Les Panneaux de la vengeance, Martin McDonagh, a souvent été critiqué pour son portrait de l’Amérique profonde qui s’appuie sur des simples clichés : racisme, homophobie, ignorance, familles dysfonctionnelles, policiers violents, population qui n’a pas de but dans la vie, violence sexuelle, machisme

Ne garder que la superficialité et la simple critique de ce « fléau » qui sévit dans de nombreuses régions des Etats-Unis reviendrait à perdre la grandeur authentique de Three Billboards : Les Panneaux de la vengeance. Chaque personnage montre, à parts égales, la même capacité de violence et de bonté. Ces personnes que nous sommes prêts à détester au début du film échappent à notre jugement, nous troublent et se transforment un peu plus tard, juste devant nos yeux, en des êtres nouveaux et porteurs d’espoir.

La virtuosité psychologique du film est immense car, en dépit de la dureté de cette trame centrale, celle d’une mère qui dénonce la passivité de la police face à l’assassinat de sa fille, on retrouve un espace pour la comédie, pour l’amitié et, surtout, pour un message plein d’espoir qui nous parle de l’amour et qui finit par tout changer.

Un mélange entre l’absurde et le transcendant a lieu et ces derniers configurent un travail au sein duquel les émotions sont toujours les véritables protagonistes. Ce sont elles qui donnent un sens authentique à cette histoire étrange; les personnages, même s’ils sont toujours en train de « brûler », nous envoûtent.

affiche du film Three Billboards Les Panneaux de la vengeance

Pour conclure, même si Three Billboards : Les Panneaux de la vengeance ne se base sur aucune histoire réelle, son argument principal nous est tristement familier. Il s’agit du symbolisme et de la catharsis de toutes ces personnes qui ont perdu un enfant et qui, encore aujourd’hui, vivent encore sans réponses, dans un grand vide et à travers le silence d’une société qui les a mis de côté. Ces panneaux représentent notre conscience, gênante pour beaucoup et source d’espoir pour d’autres.