The Crown : le poids de la couronne

09 juin, 2020
The Crown est la série qui aborde le règne de l'une des monarques les plus âgées et mystérieuses que nous connaissions. Élisabeth II a dû faire face à des changements difficiles, à une époque où la monarchie ne cadre plus et où elle a été forcée d'adopter certaines mesures pour survivre en tant que reine.

Les temps sont rudes pour la plus ancienne monarque du Royaume-Uni : son nom et celui des membres de sa famille ont été très présents dans les médias au cours de ces derniers mois. Ce n’est cependant pas la première fois que les fondements de la monarchie britannique semblent trembler et que l’image de certains de ses membres se retrouve profondément affectée. The Crown est la série qui retrace le règne d’Élisabeth II et qui nous permet de connaître plus en profondeur certains aspects de sa vie et de sa famille, qui semblaient aujourd’hui être tombés dans l’oubli.

La série, même si elle peut ressembler à une ode à la monarchie, soumet le spectateur à un point de vue un peu plus intime que ce à quoi on pouvait s’attendre. Loin de nous montrer la reine comme un idéal, chose qu’a voulu vendre la monarchie, The Crown nous rapproche d’un personnage plus humain que ce que nous aurions pu penser. Un personnage qui n’est pas si éloigné de nous et qui, pourtant, s’est retrouvé dans une position privilégiée et, parfois, trop pesante.

Le spectateur se retrouve plongé dans un océan de doutes ; il ne sait pas s’il doit faire preuve d’empathie vis-à-vis de la reine ou même la détester, à certains moments. La série ne prend pas trop position mais possède un certain air conservateur qui n’est cependant pas dérangeant car il permet au spectateur d’adopter son propre point de vue. The Crown s’attache davantage aux personnages qu’aux questions idéologiques.

La fonction de la monarchie

L’image de la monarchie, qui est en bonne partie celle de la planète, est vue comme quelque chose d’obsolète, digne de l’époque médiévale et ne correspondant que très peu à la contemporanéité. Nous ne devons cependant pas oublier qu’elle est encore très présente dans beaucoup de pays. La royauté, que cela nous plaise ou non, fait partie de notre passé, de notre présent et, apparemment, de notre futur.

Pour le spectateur le plus sceptique ou républicain, voir The Crown peut être un véritable défi. Malgré cela, la série nous dévoile l’autre face de la monnaie, celle d’une famille qui, en dépit de ses privilèges, doit se soumettre à un travail difficile et exigé dès la naissance.

Plus concrètement, elle se focalise sur une femme qui ne peut choisir son destin mais doit s’y adapter et se plier à des exigences. Même si elle n’était que peu charismatique, Élisabeth II n’a pas eu d’autre choix que de supporter le poids d’une couronne qui, au début, ne lui revenait pas.

Les difficultés et sacrifices de la monarchie

Les monarques sont-ils si privilégiés ? Occupent-ils encore une place importante dans l’actualité ? Voici quelques-unes des questions que nous pouvons nous poser en tant que spectateurs.

Les monarchies ont traversé plusieurs phases et celles qui ont réussi à survivre ont dû s’adapter comme elles le pouvaient. De l’absolutisme à la monarchie parlementaire, pour finalement devenir un ornement, un simple élément décoratif qui, même s’il est privilégié, a à peine voix au chapitre.

Les monarchies, d’une certaine façon, finissent par se transformer en divertissement pour le peuple, en excuse pour combler des premières pages dans la presse people, alors que leur travail institutionnel finit au second plan.

The Crown explore toutes ces phases de changements, du moment où un membre de la famille royale, comme le père d’Élisabeth II, se voit dans l’obligation d’assumer un poste pour lequel il n’était pas préparé, jusqu’à l’impact que l’opinion publique a sur eux.

La série cherche à dresser le portrait intime d’Élisabeth II. Elle nous présente donc une monarque avec des problèmes pour faire preuve d’empathie et assumer un poste qui ne lui était pas destiné dès la naissance. Le poids de la couronne est plus grand que ce que tout être humain peut imaginer ; la vie de palace n’est pas seulement synonyme de luxe mais aussi de responsabilités, d’obligations et, bien sûr, de sacrifices.

Elisabeth II jeune dans The Crown

 

The Crown : le règne le plus long

La série nous invite à suivre les traces d’Élisabeth II. D’un règne inattendu à un prédécesseur qui a placé la barre très haut, la monarque a dû faire face à des situations extrêmement complexes.

Entre la Seconde Guerre Mondiale et les moments où le républicanisme a commencé à fleurir en Europe, la monarque britannique n’a pas eu d’autre choix que de réinventer l’image que la royauté projetait au monde.

La série explore tous ces changements, les transitions et les relations de la couronne avec les différents politiciens qui ont surgi au cours du règne, des plus conservateurs comme Winston Churchill aux gouvernements plus critiques vis-à-vis de la monarchie, comme celui dirigé par Harold Wilson. Élisabeth II a dû faire face à l’adversité dès ses premiers pas en tant que souveraine. Elle n’a pas eu d’autre choix que de réinventer un système trop ancré dans le passé.

De leur côté, certains personnages qui étaient alors vus comme les brebis galeuses de la famille royale acquièrent une importance toute particulière. Nous découvrons ainsi l’abdication d’Édouard VIII, les scandales de la princesse Margaret ou la famille du Duc d’Édimbourg.

La reine devra faire face à ses propres sentiments vis-à-vis de la couronne, devra prendre des décisions pouvant la mener à affronter sa famille pour la survie du règne.

The Crown finit par apporter une vision assez objective au spectateur, à tel point qu’il ne sait plus si aimer ou détester la monarque et le reste de sa famille. La documentation derrière la série s’enracine à la fois dans les livres d’histoire et la presse à scandales, ce qui explique la sensation d’ambiguïté et la difficulté d’adopter un point de vue ou un autre ou de s’attacher à un personnage.

La monarchie et le divertissement pour l’opinion publique

Comme nous le soulignions, la monarchie, d’un moment à un autre, est passée du plus grand pouvoir en place à un divertissement pour l’opinion publique (dans le meilleur des cas). Entre exils et décapitations, les monarques voyaient leur pouvoir courir un grand danger ; c’est pour cela que certaines monarchies, comme la monarchie britannique, se sont soumises à l’opinion publique.

Élisabeth II a été la première monarque à transmettre son couronnement à la télévision, éliminant en partie l’image idyllique et de déité que l’on avait alors de la royauté. La même chose s’est produite avec le mariage de la Princesse Margaret ; ces deux événements ont été applaudis et très suivis par le grand public.

Cependant, au moment où ils décident de se présenter au public en tant que famille “normale”, leur image commence à vaciller. La normalité est-elle digne de la royauté ? Pourquoi, s’ils sont comme nous, méritent-ils une place privilégiée ?

 

 

D’une certaine façon, toute famille royale a des conseillers qui, parfois, font le bon choix mais, d’autres fois, finissent par déclencher un calvaire. Un calvaire qui, à l’ère de l’immédiateté communicative, peut devenir une pièce cruciale pour les idées républicaines.

Et c’est précisément ce qui arrive à la famille royale britannique après avoir décidé de tourner un documentaire sur sa vie dans un palais, quelque chose qui, irrémédiablement, nous rappelle des décisions prises par d’autres monarchies, comme la monarchie espagnole. Ce qui semblait être une bonne idée pour se rapprocher du peuple a fini par creuser leur tombe.

The Crown : une série toute en nuances

Même si l’on y retrouve un air conservateur, The Crown se moque d’un protocole obsolète et parfois absurde. La série nous plonge dans la vie d’une monarque qui a réussi à maintenir le mystère, même en plein XXIe siècle.

Au-delà de la qualité technique ou du scénario, les interprétations sont remarquables. Et c’est pourquoi cette série est sublime. S’il est déjà difficile d’interpréter un personnage réel et connu de tous, le faire pour des époques différentes et avec des acteurs distincts l’est encore plus.

En dépit des changements de distribution, les acteurs ont été capables d’intérioriser les discours, les voix et les gestes de ceux qui ont interprété leur personnage lors des saisons précédentes.

Même si je suis une républicaine convaincue, je n’ai pu que me laisser emporter par la série, par ces moments qui nous font sentir que nous comprenons, d’une certaine façon, la protagoniste.

The Crown soumet, d’une certaine manière, notre point de vue et nous permet d’adopter une position assez objective ; rien n’est jamais blanc ou noir, rien n’est bien ou mal, il existe une infinité de nuances. La série réussit tout cela d’une manière remarquable, avec un scénario solide et des interprétations exceptionnelles.