Sawubona, le beau salut d’une tribu africaine

31 mai 2018 dans Psychologie 0 Partagés
sawubona

Parmi les tribus du Natal, en Afrique du Sud, le salut le plus commun est Sawubona. Littéralement, cela signifie “je te vois, tu es important pour moi et je t’estime beaucoup”. Il s’agit d’une façon de mettre l’autre en avant. De l’accepter tel qu’il est, avec ses qualités, ses nuances et même ses défauts. En réponse à ce salut, les personnes disent habituellement “shikoba”, j’existe donc pour toi.

Natal a été l’une des quatre provinces originelles d’Afrique du Sud. On y retrouvait le bantoustan de Kwazulu ou terre des ZoulousLa majorité des choses que nous savons sur cette région et ses habitants remonte à la célèbre guerre avec la Grande-Bretagne qui a eu lieu à la fin du XIXème siècle. Cependant, les livres d’histoires nous camouflent, relèguent ou omettent souvent cet héritage des peuples africains. Un héritage culturel, humain et philosophique extrêmement intéressant et ancré dans ces régions.

Sawubona: toute mon attention est concentrée sur toi. Je te vois. Cela me permet de découvrir tes besoins, d’entrevoir tes peurs, d’approfondir tes erreurs et de les accepter. Je t’accepte tel que tu es et tu fais partie de moi.
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Aussi curieux que cela puisse paraître, le terme sawubona a acquis une transcendance dans les années 90. Tout cela grâce à un livre d’ingénierie et d’organisations intelligentes. Dans “La cinquième discipline dans la pratique”, Peter Sengue, un professeur de l’Université de Stanford, parlait des Zoulous. Il soulignait leur magnifique façon d’interagir et de gérer les problèmes entre eux. Ce ne fut pas un hasard si ces peuples sont devenus l’une des civilisations les plus puissantes du continent africain.

Sawubona symbolisait l’importance de diriger sa propre attention sur une autre personne. Cela signifiait comprendre sa réalité sans préjugés, libres de rancœurs. Être conscient des besoins des autres pour mettre en avant l’individu au sein du groupe. Intégrer ce dernier comme une pièce de haute valeur dans la communauté…

sawubona je te vois

Sawubona: je te vois dans toute ta réalité

Dans notre culture occidentale, le salut le plus commun est sans doute le “bonjour, ça va ?”. Nous exprimons majoritairement ces trois mots de façon automatique et sans attendre de réponse. Il s’agit d’une porte d’entrée à une conversation. C’est un salut bref et ajusté qui permet d’être bien vu mais d’en finir rapidement. Nous nous regardons rarement dans les yeux quand nous faisons cela. Car la vie nous bouscule, nous pousse et nous projette davantage vers nos propres besoins. Elle ne nous enjoint pas à scruter d’autres regards pour deviner des besoins réels.

Le peuple zoulou promeut la nécessité de voir l’autre de manière consciente et posée. Il recherchait cet instant qui permettait de maintenir un contact visuel tranquille. Un contact plein de sentiments et d’écoute. Qui laissait étreindre l’âme de l’autre, même si celle-ci était pleine de recoins obscurs. Ou même si elle abritait des blessures et des actes qui exigeaient un quelconque type de réparation de la part de la communauté.

Sawubona est ce mot qui permet de transmettre notre confiance à l’autre. De lui faire comprendre que notre attention est focalisée sur lui. De lui faire parvenir notre désir authentique de le comprendre. De voir ses besoins, ses désirs, ses peurs, ses tristesses, ses beautés et ses qualités. Car… Qui n’aimerait pas être vu de cette façon ? Peu de choses sont aussi enrichissantes que le fait de mettre l’autre en valeur. De lui offrir de l’espace, une présence, une importance dans notre cœur, dans le groupe, le foyer, la communauté ou l’organisation.

homme africain

Certains voient une certaine ressemblance entre le terme sawubona et le namasté de la langue hindoue. Plus que des saluts, ce sont des révérences. Voire même une façon d’illuminer l’autre personne en communiquant avec son âme, en échangeant des volontés et réciprocités. Il y a une beauté immense dans ces gestes si étrangers à notre monde. Comme une présence guérisseuse et cathartique qui peut nous servir d’inspiration dans notre quotidien.

Voyons cela plus en détails.

“Shikoba”, je me sens soulagé de savoir que j’existe pour toi

Quand une personne de la communauté zouloue commettait un acte peu adéquat, une erreur ou une offense, on requérait sa présence au centre du village. Ses voisins, ses amis et sa famille formaient un cercle. La personne en question devait se placer au milieu. Après cela, les gens s’adressaient à elle avec le salut sawubona, avec la fameuse révérence. Ensuite, ils lui rappelaient ses bonnes actions, ses qualités, ses réussites du passé et toutes ses vertus.

Pour le peuple de Natal et la communauté zouloue, tout comme pour Rousseau, aucun homme ne naît mauvais. Parfois, des crises et des déséquilibres nous éloignent juste de ce centre de bonté naturelle. Le but de ces réunions était de rappeler à la personne le chemin de retour à la noblesse. Les gens devaient lui montrer l’importance de sa présence pour le reste de la communauté. L’objectif était de la mettre en avant pour qu’elle reprenne le chemin du bien, de l’harmonie et de la joie.

Ainsi, chaque fois qu’un membre de la communauté s’adressait à elle avec le mot sawubona, la personne devait répondre “shikoba”. Cette expression produisait du soulagement et du bonheur. Celui qui, au début, avait pu se sentir éloigné du groupe en raison de ses actions avait maintenant l’occasion de le réintégrer. On lui concédait un espace, une proximité, une importance. C’était le moment de tout recommencer.

mains unies

Les Zoulous maintiennent l’idée selon laquelle les êtres humains n’existent que si les autres les voient et les acceptent. C’est la communauté qui fait la personne. Par conséquent, rien ne peut être plus satisfaisant que le fait d’être pardonné après une erreur. D’abandonner cet espace de solitude que l’on occupe après une erreur pour retourner vers sa communauté. D’entrer en communion avec le groupe en se sentant aimé et accepté.

Tirons donc des leçons de cette tribu africaine. Apprenons à “voir”, à prêter attention aux autres tel que l’énonce le salut sawubona : je te vois, je t’accepte tel que tu es. Soyons capables de percevoir des besoins. De pardonner des erreurs. De favoriser la cohésion entre les personnes.

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