Savez-vous quelles sont les distorsions cognitives les plus fréquentes chez les couples ?

4 août 2017 dans Psychologie 376 Partagés

Les distorsions cognitives sont des schémas de pensée rigides et erronés qu’utilise notre esprit au cours du processus d’information. Elles sélectionnent l’information abordée, la manière dont elle est traitée et les résultats, sous forme de pensées et d’émotions, de ce processus.

Il existe différents types de distorsions cognitives et toutes les personnes en font l’expérience à un moment de leur vie. Si les distorsions apparaissent ponctuellement, elles ne représentent pas un problème. En revanche, si elles apparaissent fréquemment, elles génèrent des problèmes dans les relations interpersonnelles ainsi qu’un mal-être psychologique et constituent un frein pour le développement personnel.

Au sein des couples, il est habituel que les distorsions cognitives laissent aussi une marque. Si elles parviennent à dominer les pensées liées à la cohabitation, l’amour ou les disputes de couple, la relation passera par une étape de crise. Par conséquent, détecter les distorsions cognitives qui dirigent le processus d’information dans la relation de couple est essentiel pour gagner en qualité de vie et être plus heureux-se.

Sur-généralisation : une fois est suffisante

La sur-généralisation a lieu quand un ou deux incidents isolés servent à formuler des déclarations ou des règles générales. Un exemple de sur-généralisation serait : si mon compagnon/ma compagne a oublié d’acheter quelque chose alors que je lui ai demandé, la prochaine fois que j’aurai besoin d’une chose je ne la lui demanderai pas car je pense « qu’iel oublie toujours ce que je lui demande ».

Le problème le plus important de la sur-généralisation est qu’elle transforme la personne qui l’utilise en un juge qui émet des sentences à longueur de journée. Et elle laisse la personne jugée sans possibilité de changement car si une erreur signifie que nous nous tromperons toujours, pourquoi essayer d’agir différemment ?

Une stratégie utile pour vaincre la sur-généralisation consiste à chercher des données qui contredisent la règle globale. Par exemple, si vous croyez que votre conjoint oublie tout ce que vous lui demandez, il serait bon de chercher des exemples de situations où iel s’est bien souvenu-e de ce que vous vouliez. Il s’agit de développer votre capacité à vous remettre en question et, ainsi, d’être plus objectif-ve par rapport à l’information sur laquelle vous vous basez pour parvenir à une conclusion.


« La plus grande découverte de ma génération est qu’un être humain peut changer sa vie en changeant d’attitude. »

-William James-


Extrémisme : les loupes qui agrandissent tout

Cette distorsion est observée quand une expérience est perçue sous un filtre qui exagère certains traits ou certaines caractéristiques. Lorsque deux personnes sont amoureuses, il est habituel qu’elles filtrent le résultat de leurs rencontres en utilisant l’extrémisme. Ainsi, un petit détail peut devenir fantastique et une petite erreur peut tourner en véritable catastrophe.

L’extrémisme s’observe également chez des couples qui ne sont pas habitués à avoir des désaccords ou qui se disputent pour la première fois. Quand ils font face à une situation qui ne leur permet pas d’avoir le même point de vue, le désaccord est vécu comme quelque chose d’insurmontable qui représentera un obstacle pour la suite de la relation.

Un exemple de cette distorsion cognitive serait : « je ne peux pas supporter qu’iel ne soit pas d’accord avec moi’ ou « je l’ai surpris-e à me raconter un mensonge idiot, mais c’est quand même terrible qu’iel m’ait menti-e ». Un outil pour combattre l’extrémisme est d’enrichir notre vocabulaire émotionnel en cherchant un terme médian pour ce que nous voulons exprimer.

Personnalisation : quand nous croyons être le centre de l’univers

Cette distorsion cognitive se cache derrière les situations où la personne se sent responsable de l’état d’âme ou du comportement de l’autre. Par exemple, ce seraient des pensées comme : « je suis sûr-e qu’iel est rentré-e du travail de mauvaise humeur parce que je ne lui ai pas envoyé de message à midi » ou « comme je suis sorti-e tout l’après-midi avec mes ami-e-s, maintenant iel rentre à la maison et m’ignore complètement ».

La personnalisation génère un sentiment de responsabilité excessive sur le bien-être des autres. La personne s’attribue une importante capacité de contrôle sur les émotions que peut ressentir son compagnon/sa compagne.

Un exercice pratique pour combattre la sur-généralisation est de dessiner un cercle et de répartir l’intégralité de la responsabilité de ce qu’il s’est passé parmi toutes les causes possibles. En cessant de penser uniquement à la responsabilité que vous pensez avoir sur le fait en question.

Étiquette négative : quand on a une qualification pour tout

Elle consiste à définir l’autre de manière négative, disqualifiante et générale. L’étiquetage négatif revient à identifier, chez son compagnon/sa compagne, des caractéristiques négatives dans pratiquement toutes les sphères de sa vie. Certains exemples d’étiquetage négatif seraient : « c’est un-e égoïste, iel continue à regarder le foot alors que je lui parle », « iel exagère, iel est toujours en train de parler de lui-même/d’elle-même » ou « iel est bête, iel ne comprend pas ce que je suis en train de lui raconter ».

Le problème le plus important de cette distorsion cognitive dans la relation de couple est que, si on ne la freine pas, elle peut dériver (selon le psychologue John Gottman) sur l’un des quatre chevaliers de l’apocalypse qui prédisent la séparation : le méprisQualifier négativement la personne avec qui nous vivons nous fait développer une image négative d’elle-même. De cette façon, nous augmentons le mal-être émotionnel, la rage et la colère.

Raisonnement émotionnel : si je me sens de cette façon, c’est bien à cause de quelque chose

Le raisonnement émotionnel nous fait chercher des causes externes aux sentiments et nous fait comprendre que si nous nous sentons mal au cours d’une situation, c’est parce que cette situation est mauvaise et que quelqu’un en est responsable.

Cette distorsion cognitive au sein du couple fait que les émotions débordent de la personne et que les décisions sont prises exclusivement en fonction de l’état émotionnel. Un exemple de raisonnement émotionnel serait : « je suis triste, je me sens délaissé-e parce qu’iel ne m’a pas envoyé un seul message de la journée ».

Décider exclusivement en fonction de la façon dont nous nous sentons n’est pas positif car nous basons notre choix sur quelque chose d’éphémère et de changeant : nos émotions. La relation de couple a besoin de continuité et d’engagement à long terme, et ces deux choses ne peuvent pas se baser sur des pulsions émotionnelles.

Pour combattre le raisonnement émotionnel, il est fondamental de faire une différence entre ce que nous ressentons et la situation objective. Il faut faire un effort pour observer ce qu’il se passe depuis l’extérieur et pas depuis les émotions qui nous envahissent. Réfléchir aux conseils que nous donnerions à un ami au cours d’une situation similaire est un exercice de distanciation psychologique pour combattre le raisonnement émotionnel.


« Mais l’amour est aveugle, et les amants ne peuvent voir les plaisantes folies qu’ils commettent eux-mêmes. »

-William Shakespeare-


Lecture d’esprit : un dangereux pouvoir surnaturel

La lecture d’esprit fait que la personne affiche une attitude défensive en réponse à ce qu’elle croit que l’autre pense. Cette distorsion cognitive dans la relation de couple nous fait aussi agir en fonction de l’information que nous « supposons » et pas en fonction de l’information que nous « avons » réellement.

Certains exemples de lecture d’esprit seraient : « même s’il/si elle m’a dit que ça ne le/la dérange pas de rester à la maison, je sais qu’iel est fâché-e » ou « mon compagnon/ma compagne m’a félicité pour ma promotion au travail mais je suis sûr-e qu’iel pense que je ne le mérite pas ».

Pour combattre cette distorsion, il est indispensable de savoir que très souvent, nous ne sommes pas sûr-e-s de ce qui nous arrive, de ce que nous ressentons ou de ce que nous pensons. Il est impossible de savoir à 100% ce que pense l’autre. Même si l’on connaît très bien une personne, il est très difficile de savoir exactement ce qu’elle pense.

Pour combattre la lecture d’esprit, il est essentiel de demander plutôt que de deviner. Remettez-vous en question et demandez-vous ce que vous savez sur votre compagnon/compagne et ce que vous devinez.

En comprenant mieux comment votre esprit fonctionne, vous faites le premier pas nécessaire pour faire reculer vos limites. Si vous travaillez tous les jours pour combattre les distorsions cognitives qui apparaissent dans votre relation de couple, vous vous sentirez maître-sse de vos pensées, libre de préjugés et préparé-e pour vivre votre relation avec plénitude.

 

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