Quiconque sait écouter vous ressent même si vous ne dites rien

19, mai 2017 dans Emotions 588 Partagés

Il existe des personnes magiques. Ce sont des personnes qui cachent un capteur dans votre cœur pour prévenir vos peines, vos rêves ou vos joies. Elles n’ont pas besoin que vous leur disiez quoi que ce soit, car elles savent lire entre les lignes, entre les regards et à travers les gestes. Elles parlent la langue de la tendresse et leurs regards cachent un océan de calme où nous aimons nous réfugier.

Emily Dickinson disait dans l’un de ses poèmes que personne ne vivrait en vain s’il parvenait, au moins une fois, à éviter qu’un cœur ne se brise, à atténuer une peine, à aider un oiseau épuisé à trouver son nid ou à stopper une douleur. Au-delà de l’aspect poétique de ce sujet, se trouve une idée essentielle et claire : pour aider, il faut ressentir le besoin de l’autre.

«Écouter avec attention rend unique, mais presque personne ne le fait.»

-Ernest Hemingway-

Cependant, et nous le savons, dans notre quotidien, se trouve une présence très sibylline appelé hypocrisiePetit à petit nous avons accepté son règne implacable, si bien que nous ne manquons pas de personnes qui ont les nobles valeurs de l’altruisme et du respect mais qui, chaque jour, revêtent le scaphandre de ce «moi» hermétique dans lequel on est incapable de voir, de sentir et de comprendre ce qui se trouve près de nous.

Il ne faut pas oublier que celui/celle qui a besoin d’aide ne sait pas ou ne peut pas toujours la demander. Car qui souffre ne porte pas de pancartes, et de fait se carapate souvent dans le silence, comme l’adolescent-e qui s’enferme dans sa chambre ou le conjoint qui se tait à l’autre bout du canapé, ou qui laisse couler ses larmes dans un coin du lit.

Savoir «ressentir et percevoir» le besoin de l’autre est ce qui nous rend digne au niveau humain, car nous utilisons cette proximité émotionnelle qui nous enrichit en tant qu’espèce. Nous vous proposons de réfléchir à cela.

Je te sens et je te comprends sans que tu ne me dises rien : la lecture émotionnelle

Même si vous n’y croyez pas, la plupart d’entre nous possédons un pouvoir exceptionnel : celui de lire l’esprit. C’est ce que nous dit Daniel Siegel, docteur en psychiatrie de l’Université de Harvard et directeur du «Center for Culture, Brain and Development». Dans son livre The Mindful Brain, il nous explique que chacun-e d’entre nous peut réussir à devenir un-e grand-e «lecteur-trice d’esprit» car l’esprit -et voici la nuance la plus importante- est régi par tout un univers d’émotions que nous devons être capables de déchiffrer.

De fait, la plupart d’entre nous appliquent ce super pouvoir au quotidien. Il nous suffit de voir comment se sent et respire notre chef et nous remarquons que quelque chose ne tourne pas rond. Nous comprenons que notre ami-e est inquiet-ète de quelque chose en fonction du ton qu’iel emploie pour nous parler. Nous savons aussi quand notre enfant nous ment et quand notre sœur est tombée amoureuse.

Les émotions sont comme les bulles de champagne. Elles troublent les univers quotidiens, les visages, les expressions, les gestes, les mots… Elles coulent tout autour de nous de manière chaotique en faisant exploser de petites bombes d’informations capables de produire en nous une empathie. Mais, le même docteur Siegel nous avertit qu’il existe des personnes atteintes de «cécité émotionnelle». De même, il y a des profils incapables de ressentir ces «bulles» émotionnelles des personnes qui se trouvent au plus proche d’eux.

William Ickes est l’un des psychologues qui a le plus étudié la dimension de l’empathie au niveau scientifique et expérimental. Aussi curieux que cela puisse paraître, et cette donnée est très étonnante, au niveau familial, la capacité d’empathie parmi les membres ne dépasse pas 35 points. Cependant, entre les bon-ne-s ami-e-s, elle dépasse 70.

La raison ? Au niveau familial, il est courant d’établir de nombreux filtres personnels. Parfois, nous nous limitons à voir nos enfants, notre partenaire, nos frères et sœurs ou nos parents comme nous voulons les voir et non pas comme ils sont en réalité. C’est cette cécité mentale qui nous assure que tout va bien, que notre «petit monde» n’a pas de questions en suspens, alors qu’en réalité il y aurait de nombreux besoins à écouter et de nombreux liens à guérir.

Les personnes qui savent écouter du cœur

Écouter ce que l’autre personne nous dit sans nous parler a un nom : la communication émotionnelle. Ce super pouvoir a évolué dans notre espèce à travers toutes ces aires cérébrales qui configurent la dimension de l’empathie. À l’Université de Monash (Australie), on nous explique que l’empathie affective serait en lien avec le cortex insulaire, alors que l’empathie cognitive, de son côté, se situe dans le cortex cingulaire moyen, juste au-dessus de la connexion entre les deux hémisphères cérébraux.

«Il faut écouter la tête, mais laisser parler le cœur.»

-Marguerite Yourcenar-

Nous disposons tou-te-s de ces structures, mais nous ne stimulons pas toujours leur capacité, leur énergie et ce lien qui, pourtant, enrichirait beaucoup nos relations. C’est parce que nous ne savons pas tous nous ressentir et nous écouter avec cette proximité si authentique par manque de volonté ou par excès d’ego. C’est ce qu’Emily Dickinson nous disait dans son poème : «Aucune vie ne serait vaine si elle parvenait à sentir et à aider une autre.»

Car qui ressent à partir du cœur, réveille et aide, démontre de la volonté et de l’inquiétude réelle pour l’autre. C’est alors que naît ce pouvoir merveilleux qui nous rend unique, qui offre de la qualité à nos relations et qui, par essence, nous apporte le pouvoir le plus précieux qui existe : celui de donner du bonheur.

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Images de Catrin Welz-Stein