Qu’est-ce que la normalité ?

· 9 avril 2018

Le concept « normal » est utilisé fréquemment et sans discernement dans notre société. Nous entendons souvent que certaines choses ou certains comportements sont ou ne sont pas normaux. Néanmoins, les choses se compliquent lorsque nous essayons de définir l’idée de normalité. Il est difficile de délimiter ce qui est normal de ce qui est pathologique, étrange ou bizarre.

Un aspect vraiment dangereux du concept de normalité sont les connotations associées. En effet, ces dernières sont souvent utilisées pour mesurer ce qui est ou non correct. Lorsque nous attribuons à une personne, à un comportement ou à une chose la caractéristique d’anormal, des préjugés négatifs apparaissent alors. Ceci, dans une certaine mesure, est dû à une conception erronée de la normalité, à l’ignorance de la profondeur du terme. Il s’agit de la raison pour laquelle il est important de comprendre ce que signifie « normal ».

Un moyen simple d’aborder le terme l’est à travers le contraire de la normalité, autrement dit, le pathologique. Comprendre ces processus et comportements qui ne sont pas normaux nous aidera à en établir une définition de la normalité. Par conséquent, la première définition que nous aborderons ici est celle du pathologique.

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Définition du pathologique ou anormal

Définir le pathologique a toujours été compliqué au regard de la psychologie eu égard à la complexité pour délimiter les critères de celui-ci. Vient s’ajouter en outre la difficulté de savoir que faire avec l’étrange ou anormal. Un débat toujours ouvert en psychologie est que le pathologique devrait être considéré comme susceptible de diagnostic ou de thérapie ; se pose alors la question de savoir quels comportements pathologiques doivent être traités ou non, et quels sont les critères à suivre.

Au moment de définir le pathologique ou l’anormal en psychologie, il est généralement recouru à quatre critères distincts. Nous devons préciser qu’il n’est pas nécessaire de répondre à tous les critères pour considérer quelque chose d’anormal. Il convient de l’aborder comme 4 dimensions se caractérisant de manière qualitativement différentes.

Les 4 critères sont :

  • Le critère statistique : il est basé sur l’idée que la normalité est ce qui est le plus probable. Il s’agit d’un critère mathématique basé sur les données, les comportements les plus souvent répétés seront normaux ; tandis que ceux qui se produisent peu seront pathologiques ou anormaux. Ce critère possède une grande force dans la mesure où il suppose une méthode objective pour déterminer la normalité, mais il perd de son efficacité lorsqu’il existe beaucoup de variabilité ; et nous rencontrons également le problème de la définition du seuil de pourcentage qui implique le passage de l’anormal au normal.
  • Le critère biologique: nous prenons ici en compte les processus et les lois biologiques naturels pour déterminer la normalité. Les comportements ou processus qui suivent la normalité biologique ne seront pas considérés comme pathologiques. Le problème avec ce critère est que les lois biologiques sont des modèles scientifiques qui peuvent être incomplets et erronés ; et une nouvelle donnée peut être interprétée comme une pathologie plutôt que comme une partie associée au processus normal.
  • Le critère social : il est basé sur l’idée que la normalité est ce que la société accepte comme normal. La société, à travers l’intersubjectivité et la connaissance sociale, établit les caractéristiques que la normalité doit remplir. Nous pouvons attribuer à cette conception un fort biais historique et culturel ; selon les époques et la culture, le concept variera.
  • Le critère subjectif : selon ce critère, les comportements pathologiques seraient ceux que le sujet qui les accomplis voit comme tels. Ce critère est très déficient en de nombreuses occasions car il présente une grande subjectivité et est fortement biaisé ; parce que nous avons tendance à considérer tous nos comportements comme normaux.

Les critères que nous avons exposés ci-dessus sont utiles afin de diagnostiquer et traiter des troubles en psychologie clinique. Nous pouvons néanmoins constater qu’ils sont peu utiles pour vraiment approfondir le sens de la normalité. Ils nous sont toutefois utiles pour comprendre ou approcher la notion que nous avons de ce qui est étrange ou anormal.

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La normalité au sens socio-constructiviste

Le socio-constructivisme peut nous aider à comprendre le concept de normalité. De ce prisme, il est entendu que toute connaissance est construite à travers l’interaction de l’individu avec la société et son environnement. La normalité serait donc une autre idée construite dans le cadre de cette interaction.

Cela signifie que la normalité ne pourra jamais être traitée à partir d’une objectivité décontextualisée de l’intersubjectivité sociale. Autrement dit, nous ne serons jamais en mesure de parler de normalité en général, mais plutôt de normalité dans une société donnée. Cela implique également que peu importe quels critères nous utilisons pour définir le pathologique, ils retombent tous dans la conceptualisation sociale d’étrange ou d’anormal. Un tel point de vue nous apporte une vision intéressante et curieuse, et peut impliquer un autre débat éthico-moral.

Tout ce que nous considérons comme étrange et anormal ne doit pas nécessairement être associé à une disposition problématique ou négative de l’individu réalisant un tel comportement anormal. Se serait en réalité la société qui exclurait des comportements, des idées ou des caractéristiques, les qualifiant d’étranges ou d’anormaux. Cela explique en grande partie, par exemple, la grande variabilité enregistrée dans les comportements, les actes et les sentiments se trouvant sous l’étiquette de normalité et d’anomalie tout au long de l’histoire. Par exemple, il était normal et légitime il y a des siècles de tuer une personne si notre honneur avait blessé, comportement que nous considérons aujourd’hui comme étrange et immoral.

Nous pourrions dès lors dire que la normalité est une construction sociale qui englobe des comportements, des idées et des caractéristiques qui s’adaptent à la vie en société. Il s’agit d’un moyen d’autorégulation sur lequel la société compte. Il s’agit de la raison pour laquelle la psychologie prend des paradigmes sur les troubles et les incapacités basés sur la diversité fonctionnelle ; nous considérons que l’anormalité est générée par la société, et qu’il ne s’agit pas d’une caractéristique de l’individu.