Quelle relation y a-t-il entre la consommation de drogues et les troubles mentaux ?

29 mai 2018 dans Psychologie clinique 0 Partagés
homme consommateur de drogues

La consommation de drogues entraîne un grand nombre de morts tout au long de l’année et dans le monde entier. L’ONU a réalisé, en 2017, un rapport général sur cette consommation. On y constate que, uniquement pour l’année antérieure, le nombre de morts provoquées par la consommation de drogues a augmenté de 11,4%.

Les effets de plaisir produits dans le cerveau poussent la personne à devenir accro. Une consommation prolongée peut même générer des détériorations neuronales qui affectent la motivation, les émotions, la cognition et le contrôle exécutif. Tout cela peut parfois se traduire par l’apparition d’un trouble mental.

Mais qu’entend-on par trouble mental? Si nous nous laissons guider par la définition clinique réalisée par le DSM-5, on comprend un trouble mental comme un syndrome caractérisé par une altération cliniquement significative de l’état cognitif, de la régulation émotionnelle ou du comportement d’un individu, qui reflète un dysfonctionnement des processus biologiques ou du développement qui sont sous-jacents à la fonction mentale.

Les drogues et leur relation avec la dopamine

La dopamine est un neurotransmetteur libéré par le cerveau. Parmi toutes ses fonctions, celle qui nous importe le plus à ce moment précis est celle de récompense de plaisir. C’est-à-dire que quand nous faisons quelque chose que nous aimons, de la dopamine se libère et crée une sensation de bien-être. De cette façon, notre corps a tendance à chercher une nouvelle fois ces activités “génératrices de bonnes sensations” pour ressentir à nouveau cette sensation de plénitude.

Aussi bien la nourriture que le sexe sont des actions qui libèrent de la dopamine. Mais la drogue aussi. Ils vont tous libérer de grandes quantités de dopamines dans des aires très particulières, comme par exemple le noyau accumbens. Ce dernier va jouer un rôle important dans le système de récompense cérébrale et dans l’intégration de la motivation et de l’action. Cette zone maintient des connexions élevées avec le système limbique et l’hippocampe.

la consommation de drogues provoque la sécrétion de dopamine

Comment fonctionnent les drogues dans le cerveau ?

Les neurones sont les cellules du système nerveux chargées de la réception, de la transformation, de la gestion et du stockage de l’information. Entre un neurone et un autre, il existe un espace appelé espace synaptique. Cet espace est très important car les neurotransmetteurs s’y libèrent et permettent la communication chimique entre les neurones. La dopamine va se libérer et se retrouver dans cet espace synaptique.

Cela implique que, quand on consomme n’importe quelle substance susceptible de créer une addiction, les niveaux de dopamine vont augmenter dans l’espace synaptique. Ainsi, les drogues peuvent augmenter la libération de dopamine dans cet espace mais peuvent aussi bloquer partiellement la recapture; le résultat est donc strictement le même. Cette augmentation des niveaux de dopamine dans l’espace synaptique générera des effets de plaisir et d’euphorie.

Au fond, les drogues provoquent physiologiquement le même effet que toute action naturelle, comme une discussion complice avec un bon ami. Le problème est que l’intensité de leur effet est beaucoup plus grande : le reste des actions naturelles finit donc par ne plus suffire après avoir ressenti les sensations provoquées par une drogue. D’où leur immense attrait.

Quelques théories sur la dopamine et les drogues

Certaines hypothèses qui ont surgi -même s’il y a encore peu d’études pour les valider- disent qu’un déficit dans les niveaux de dopamine -que ce soit de manière naturelle ou à cause d’une carence de sources qui produisent du plaisir ou une sensation de bien-être- nous prédisposerait à consommer des drogues.

De cette façon, en ne parvenant pas à libérer suffisamment de dopamine, la personne pourrait en arriver à abuser de ces activités libératrices de dopamine pour ressentir ces mêmes effets de plaisir. Malgré tout, nous ne pouvons pas oublier que, même si un grand nombre de recherches sont en train de voir le jour, il s’agit d’une théorie qui a encore besoin de preuves empiriques pour la consolider.

Les troubles mentaux

Comme nous l’avions déjà annoncé au début de l’article, la consommation de drogues peut être l’élément déclencheur d’un trouble mental. Qu’il soit ponctuel ou permanent.

Le DSM-V accepte l’intoxication avec des substances et l’abstinence comme des troubles en eux-mêmes. Cependant, il existe d’autres types de troubles mentaux produits par ce type de substances. Certains ont une plus grande incidence que d’autres ou apparaissent à des moments spécifiques. Les plus caractéristiques sont: les troubles psychotiques, bipolaires, dépressifs ou d’anxiété. Ils se produisent tous au moment de l’intoxication (effets immédiats de la drogue) mais aussi au moment de l’abstinence. Parfois, certaines drogues peuvent même produire des spectres de schizophrénie.

Ainsi, les troubles psychotiques se caractérisent par une altération des fonctions cognitives du cerveau, pouvant même provoquer une perte des capacités intellectuelles. Ces anomalies au niveau des composants cognitifs vont être de différents types.

relation entre consommation de drogues et trouble psychotique

Altération au niveau de la perception

Ce sont des altérations qui vont affecter les sens.

  • Hallucinations : on voit un objet qui n’existe pas réellement (par exemple, un vaisseau spatial).
  • Illusions : l’objet existe dans la réalité mais se déforme (par exemple, on pense qu’une personne déterminée et réelle est le diable déguisé).
  • Formications : aussi appelé syndrome d’Ekbom. On imagine que des animaux, comme des fourmis, envahissent notre corps. L’angoisse provoquée pousse la personne à prendre des décisions drastiques comme les enlever coûte que coûte (par exemple, en se servant d’un couteau, d’un ciseau, etc.).

Altération au niveau de la pensée

Nous pouvons la diviser en deux types :

  • Dans le déroulement : perte de l’attention et de la capacité associative. La personne qui présente cette dysfonction comme symptôme se caractérise par une incapacité à délimiter les stimuli qu’elle reçoit. C’est-à-dire que quand nous parlons avec une personne, nous captons divers stimuli: d’autres voix, une voiture qui passe, les éclairages des commerces… Les personnes sans cette affection sont capables de s’en tenir uniquement à l’information qu’elles veulent transmettre. Or, une personne avec cette altération ne transmettra pas que ce qu’elle veut dire: elle introduira dans son discours les éclairages des commerces, la voiture qui passe et les voix des autres passants.
  • Dans le contenu : des idées délirantes. Ces personnes vont penser à des choses qui ne sont pas réelles en leur donnant précisément une nature de réalité. Cette pensée se trouve dans un champ de réalité possible (en d’autres termes, ce que l’on pense pourrait réellement se produire; la personne peut être convaincue que son conjoint la trompe et il est vrai que cette personne est en couple et que son compagnon/sa compagne a des ami-e-s, même s’il/elle ne la trompe pas en réalité) mais on souffre alors d’une désorganisation du contenu. Il devient totalement illogique (par exemple, les gens me poursuivent, jalousie, etc.).

Les drogues produisent des effets nocifs à différents plans ou niveaux de la personne et c’est pour cela que leurs effets sont si dévastateurs. Elles ne font pas qu’endommager gravement l’état physique du corps : comme nous l’avons vu, elles peuvent aussi provoquer des troubles graves ou des limitations mentales. Le traitement pour ces personnes doit être fait individuellement, en fonction de la pathologie concrète dont elles souffrent et en prenant en compte les circonstances sociales, environnementales et psychobiologiques qui les ont poussé à consommer et à maintenir cette consommation.

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