Que sont les neuromythes ?

19 janvier 2020
Vous pensez que nous ne nous servons pas de l'intégralité de notre cerveau ? Vous croyez que les gauchers sont plus créatifs ? Ces idées se sont popularisées sans avoir de réel fondement. Nous allons ici démonter quelques neuromythes.

L’intérêt pour les neurosciences, suite à leur prolifération, n’a jamais cessé d’augmenter. Ceci a abouti à une décontextualisation ou à une mauvaise interprétation de nombreux résultats de recherche ou de connaissances, donnant lieu à ce que nous appelons les neuromythes.

Ces mythes sur la connaissance scientifique sont particulièrement puissants dans le domaine éducatif. Ainsi, les parents, professeurs et élèves en sont arrivés à croire certaines choses sur le cerveau alors que l’apprentissage était loin d’être juste.

Ces biais de l’information ont aussi donné lieu à des méthodes éducatives et d’autres pratiques qui ne se basent pas sur des preuves. Le résultat n’est autre que des jugements et des perceptions erronées qui conditionnent la façon dont les éducateurs (parents ou professeurs) vont enseigner.

Que sont les neuromythes ?

 

Démonter des neuromythes

Tous les neuromythes se basent sur une connaissance scientifique réelle. L’information a cependant été déformée ou bien un seul de ses aspects a été pris en compte. Nous allons donc maintenant nous intéresser aux trois neuromythes les plus répandus.

1. Nous n’utilisons que 10% de notre cerveau

On pourrait considérer ce neuromythe comme étant le plus répandu car il revient sans cesse dans la bouche des éducateurs, des publicitaires, des parapsychologues, etc. Le mythe suggère que nous n’utilisons que 10% de notre cerveau et que ce pourcentage peut augmenter à travers des techniques d’entraînement ou d’apprentissage car les 90% restants sont libres et inutilisés.

Qu’y a-t-il de vrai dans ce neuromythe ? Nous savons que le cerveau est un organe très puissant et qu’on ne peut pas l’utiliser à 100% en raison de sa fonctionnalité. Mais cela ne veut pas dire que ses capacités ne peuvent pas s’améliorer : ces améliorations se produisent en renforçant des connexions, en créant de nouveaux réseaux ou en améliorant la santé du cerveau. Cela n’a rien à voir avec son espace.

Si le cerveau s’activait dans sa totalité, une énorme usure énergétique se mettrait en place. Il produirait également plusieurs types de comportement en même temps. Le cerveau fonctionne en activant différentes aires qui se connectent entre elles pour mettre en marche un processus cognitif ou un comportement.

Par ailleurs, quand nous dormons, tout notre cerveau montre un petit niveau d’activité. Par conséquent, nous l’utilisons bien 100% du cerveau mais seules les régions nécessaires s’activent en même temps.

2. Démonter les neuromythes : l’apprentissage est plus efficace si l’on suit un style d’apprentissage

Une autre croyance très répandue dans le domaine éducatif est que les élèves apprennent mieux lorsque l’information correspond à leur style d’apprentissage. Trois styles ont été définis : auditif, synesthésique ou visuel.

Ainsi, chaque étudiant devrait recevoir un enseignement en fonction de son style. Dans certaines écoles, on en est même arrivé à étiqueter chaque enfant avec l’initiale de son style.

Or, cette croyance ne se base pas sur des preuves scientifiques. Rien n’a jamais démontré que l’apprentissage était plus efficace lorsqu’on le fournissait à travers l’un de ces canaux. Par ailleurs, une grande carence a été observée au niveau des recherches menées à ce sujet.

Chaque cerveau est malgré tout le fruit d’un ensemble d’expériences uniques. Il est donc inévitable que chaque personne préfère apprendre d’une certaine façon. Mais cette façon sera-t-elle plus efficace ?

Une chose est sûre : lorsque le cerveau reçoit différents stimulus qui ne sont pas intégrés au niveau sensoriel, une confusion se produit. Il a alors besoin de davantage de ressources pour intégrer l’information.

En revanche, quand l’information est riche et couvre plusieurs canaux sensoriels, le souvenir et l’apprentissage sont plus puissants.

3. Les hémisphères sont indépendants et déterminent la personnalité

Ce mythe, largement répandu, propose l’idée suivante : chaque hémisphère cérébral est responsable de certains processus et travaille indépendamment de l’autre. L’un d’eux est d’ailleurs dominant et déterminera les caractéristiques et la personnalité des gens.

Selon cette idée, l’hémisphère droit est celui de la pensée globale, artistique, sensorielle et insouciante. De son côté, l’hémisphère gauche serait celui du cerveau analytique, responsable, précis, structuré et logique.

Par rapport à cette idée, on peut aujourd’hui affirmer, grâce à la science, que ce n’est pas vrai. Les deux hémisphères reçoivent des informations de tout type et les traitent de la même façon. Certaines fonctions sont malgré tout spécifiquement travaillées dans des aires qui se trouvent dans un hémisphère ou un autre.

Cependant, toute l’information se travaille de manière interconnectée, à moins qu’il existe un trouble organique.

Par ailleurs, même si être droitier ou gaucher suppose la dominance d’un hémisphère, ceci n’a rien à voir avec le type de traitement de l’information ou la personnalité de la personne. Dans tous les cas, les aptitudes et habiletés d’un individu sont principalement déterminées par l’expérience et d’autres facteurs héréditaires.

Un cerveau bicolore

Il existe beaucoup plus de neuromythes…

Nous retrouvons davantage de neuromythes : nous ne pouvons apprendre certaines habiletés que jusqu’à 3 ans, l’intelligence est quelque chose qui s’hérite et que l’on ne peut changer, le sucre fait empirer l’attention… En définitive, il est très important de faire attention aux croyances erronées qui déterminent des aspects aussi essentiels que l’éducation. 

Certaines études ont montré que 95% des professeurs croyaient aux neuromythes. Ceci va bien évidemment déterminer ce qu’ils attendent des élèves et la façon dont ils vont travailler avec eux (effet Pygmalion). Nous devons donc veiller à fournir les connaissances scientifiques adéquates et à divulguer correctement les bons résultats.

 

  • Ansari, D., y Coch, D. (2006). Bridges over troubled waters: Education and cognitive neuroscience. Trends in Cognitive Sciences, 10, 146-151.
  • Coch, D., y Ansari, D. (2009). Thinking about mechanisms is crucial to connecting neuroscience and education. Cortex, 45, 546-547.