Pourquoi Nietzsche pleura en serrant un cheval…

· 10 novembre 2018
Friedrich Nietzsche joua l'une des scènes les plus émouvantes de l'histoire des penseurs occidentaux. C'était l'année 1889. Le philosophe vivait dans une maison de la rue de Carlo Alberto, à Turin (Italie). 

C’était le matin, et Nietzsche se dirigeait vers le centre ville lorsque tout à coup, il se trouva face à une scène qui changea sa vie pour toujours.

Il vit un cocher qui frappait violemment son cheval parce qu’il ne voulait pas avancer. L’animal était complètement épuisé. Il n’avait plus de force. Son propriétaire le fouettait malgré tout pour qu’il continue de marcher, malgré la fatigue.

« Que celui qui se bat avec des monstres prenne soin de ne pas en devenir un. Lorsque vous regardez un abîme pendant longtemps, l’abîme regarde aussi à l’intérieur de vous. »

-Friedrich Nietzsche-

Nietzsche fut terrifié par ce qui se passait. Il  s’approcha rapidement. Après avoir critiqué le comportement du cocher, il s’approcha du cheval qui s’était effondré et le serra dans ses bras. Il se mit ensuite à pleurer  Les témoins disent qu’il lui murmura des mots à l’oreille, que personne n’entendit. Ils disent que les derniers mots du philosophe étaient :  » Mère, je suis stupide« . Puis il perdit conscience et s’effondra.

Un matin qui a tout changé

La démence de Nietzsche est un sujet qui intrigua les médecins et les intellectuels du monde pendant longtemps. Toutes sortes de spéculations ont été faites à ce sujet. Il existe au moins trois versions de ce qui s’est vraiment passé ce matin à Turin. La seule chose certaine est que le philosophe ne fut plus jamais le même par la suite.

Nietzsche

 

Nietzsche cessa de parler pendant 10 ans, jusqu’à sa mort. Il ne parvint jamais à revenir à sa vie rationnelle après l’épisode du cheval. La police fut alertée de ce qui s’était passé. Le philosophe fut arrêté pour avoir troublé l’ordre public. Il fut, peu de temps après, conduit dans un hôpital psychiatrique. Il y écrivit quelques lettres avec des phrases incohérentes à deux de ses amis.

L’une de ses anciennes connaissances l’emmena dans un sanatorium à Bâle (Suisse), où il resta plusieurs années. L’un des hommes les plus lucides et les plus intelligents du dix-neuvième siècle finit par dépendre de sa mère et de sa sœur pour presque tout. Il ne parvint jamais, de ce que nous savons, à établir un contact direct avec la réalité.

La démence de Nietzsche

La société considéra que la façon d’agir de Nietzsche – serrer le cheval battu et pleurer avec lui – était une manifestation de sa folie. Il avait cependant depuis longtemps des comportements qui surprenaient les personnes de son entourage. Le responsable de la maison où il habitait, par exemple, avait dit qu’il l’avait entendu parler seul. Qu’l dansait et chantait parfois nu dans sa chambre.

Cela faisait longtemps qu’il négligeait son apparence et son hygiène personnelle. Ceux qui le connaissaient remarquaient qu’il avait changé sa démarche orgueilleuse pour une démarche négligée. Il n’était par ailleurs plus le même penseur fluide qu’avant. Il parlait en outre de manière agitée et passait d’un sujet à un autre.

Nietzsche perdit progressivement ses capacités cognitives à l’hôpital psychiatrique, dont le langage. Il se montrait parfois agressif et frappa même certains de ses compagnons. Il avait écrit quelques années auparavant plusieurs des travaux le consacrant comme l’un des meilleurs philosophes de l’histoire.

Les pleurs de Nietzsche

Beaucoup considèrent l’épisode du cheval comme une simple manifestation de l’irrationalité, produit de la maladie mentale. D’autres lui donnent une signification moins aléatoire, plus profonde et plus consciente. Milan Kundera, dans « L’insoutenable légèreté de l’être », reprend la scène de Nietzsche serrant le cheval battu et pleurant à ses côtés.

 

Pour Kundera, les mots que Nietzsche murmura à l’oreille de l’animal étaient une demande de pardon. Il le fit selon lui au nom de toute l’humanité à cause de la sauvagerie avec laquelle les êtres humains traitent les autres êtres vivants. Pour être devenus leurs ennemis et les avoir mis à notre service.

Nietzsche n’a jamais été caractérisé comme un « animaliste » ou pour présenter une sensibilité particulière pour la nature. L’épisode de maltraitance eut cependant un impact énorme sur lui. Ce cheval fut le dernier être avec lequel il établit un contact réel et efficace. Plus qu’avec l’animal lui-même, ce fut avec sa souffrance qu’il trouva une identité qui allait bien au-delà de l’immédiat. Il s’agissait d’une identification avec la vie.

Nietzsche n’était pas très connu du grand public à l’époque, même s’il avait été un professeur d’excellente réputation. Ses dernières années furent fondamentalement misérables. Sa sœur falsifia plusieurs de ses écrits pour qu’ils coïncident avec les idées du nazisme allemand. Nietzsche ne pouvait rien faire à ce sujet. Il était plongé dans un profond sommeil dont il ne se réveilla qu’avec sa mort en 1900.