Pourquoi le mot féminisme rend-il les jeunes nerveux ?

· 3 novembre 2018
Le mot féminisme rend beaucoup de jeunes (et de pas si jeunes) nerveux. Les situations d'inégalité entre les genres sont encore habituelles. Et même si un grand changement générationnel s'est produit, une bonne partie des jeunes continue à associer le mot féminisme au radicalisme.

Certaines données nous poussent à nous demander si la jeunesse est vraiment le porte-parole d’une plus grande égalité. La patriarchie et le machisme vont-ils disparaître avec les prochaines générations grâce au féminisme ? La réponse n’est malheureusement pas évidente. Les jeunes, même s’ils se mobilisent, ne sont pas tous et toujours conscients des forces qui s’articulent dans la société.

Les jeunes générations avancent-elles vers le féminisme ?

Les nouvelles générations ont en général tendance à reproduire les rôles de celles qui les ont précédées. Même si une partie de la société est plus consciente des problèmes qui règnent, le reste, c’est-à-dire une bonne majorité, ne l’est pas. Etant donné que les gens ont peu de modèles au sein de la société, de leurs cercles et des institutions, la reproduction des vieux schémas les pousse à rester dans l’inertie.

le féminisme

Les jeunes ont besoin de modèles enrichissants qui leur montrent des exemples féministes à suivre. Leur devoir vis-à-vis des personnes qui ont lutté et qui continuent à le faire est de créer des environnements où des progrès sont atteints.

Pour la sociologue María Silvestre, la jeunesse n’effectue pas de retour en arrière; elle maintient plutôt ce qui est déjà en place. Le problème réside dans les opportunités et les ressources. Actuellement, les jeunes ont plus d’opportunités et de ressources que les générations antérieures.

Prenons par exemple le cas de l’éducation. L’alphabétisation est pratiquement devenue une norme dans notre société. Et le nombre de personnes avec des diplômes universitaires n’a jamais été aussi élevé. Cependant, l’éducation peut conduire les jeunes à croire en une égalité qui n’est pas réelle. Ou à éteindre tout esprit critique face à des situations d’inégalité ou de discrimination.

« Le mot féminisme les rend nerveux et nerveuses. Ils ne voient pas le besoin de revendication qui est pourtant présent. Pour eux, il s’agit d’un élément de radicalité qui appartient aux générations passées. »

-María Silvestre-

Pourquoi le mot féminisme rend-il les jeunes nerveux ?

Même si nous avons avancé, et beaucoup, depuis 50 ans, la conscience critique vis-à-vis de l’inégalité est en train de stagner. Les femmes peuvent avoir plus d’opportunités professionnelles et éducatives. Elles peuvent avoir un travail qu’elles n’auraient jamais pu avoir auparavant et ont un pouvoir d’achat beaucoup plus grand. Or, même dans ce cas, les valeurs de la jeunesse ne renferment pas l’égalité.

Selon María Silvestre, « le mot féminisme les rend nerveux et nerveuses. Ils ne voient pas le besoin de revendication qui est pourtant présent. Pour eux, il s’agit d’un élément de radicalité qui appartient aux générations passées ». Ce phénomène affecte aussi bien les hommes que les femmes. Même si, bien évidemment, il est plus fort chez les hommes.

féminisme

L’égalité existe-t-elle sur Internet ?

La relation entre la jeunesse et Internet peut sembler un espace parfait pour l’égalité. Or, ce n’est pas le cas. Les relations d’inégalité se reproduisent aussi sur le web. Même s’il s’agit d’un espace plus ouvert et plus libre, Internet est devenu une zone d’inégalité. Les contenus que les jeunes partagent et voient sont majoritairement sexistes et reproduisent les rôles traditionnels de genre.

Les garçons se servent d’Internet d’une façon ludique, en jouant à des jeux comme le poker. Les filles, elles, l’utilisent pour nouer des liens. Oui, même si les jeunes s’amusent souvent avec Internet, les garçons se concentrent sur les jeux. Et les filles sur les relations. Même les vieux rôles se reproduisent sur la toile. L’accès est égalitaire sur les réseaux sociaux mais leur usage est différent selon les genres.

Et ce n’est pas tout. Le cyberbullying et le harcèlement sexuel se sont aussi emparés d’Internet. Ce que nous retrouvons déjà dans la société est aussi visible sur le web. Au lieu de générer un changement, Internet est en train de reproduire de nombreuses valeurs machistes de notre société.

Finalement, nous pouvons conclure que la société joue un rôle très important. C’est au sein de cette dernière que nous retrouvons les agents de socialisation que sont la famille, l’école, les médias, la publicité, les romans, le théâtre, les jeux vidéos… Tout cela génère de la culture, oui, mais si tous ces éléments ne font que reproduire les rôles de genre, nous ne pouvons pas nous attendre au moindre changement chez la jeunesse. Ces moyens de socialisation devraient faire augmenter le nombre de modèles féministes que les jeunes pourraient imiter.

Note d’édition: les généralisations qui sont faites dans cet article répondent à des études qui fonctionnent avec des moyennes. Il y a sûrement beaucoup de jeunes qui sont loin de suivre la tendance dont nous parlons.