Pensée réversible : la lutte contre la paresse cognitive

31 décembre 2017 dans Psychologie 82 Partagés
Pensée réversible

Lorsque nous croyons fermement en quelque chose et qu’apparaît un élément qui remet en question cette croyance, nous disposons deux possibilités. La première, réaliser que nous pouvons avoir tort, accepter que notre point de vue est erroné et revoir notre opinion. Il s’agirait ici de recourir à la pensée réversible.

L’autre possibilité existante et qui correspond à ce que font les êtres humains habituellement : tout le contraire. S’accrocher à nos croyances et les rendre irréversibles. Rester aveugle à l’existence d’une autre réalité et maintenir fermement notre position. Il s’agit là de la merveilleuse complexité et imperfection du cerveau humain.

Pourquoi est-ce si important

La pensée réversible est la capacité des personnes à raisonner de manière bidirectionnelle, c’est-à-dire dans un sens et dans le sens opposé. Elle nous permet de résoudre des problèmes complexes et nous permet de voir toutes les positions intermédiaires entre deux opinions opposées.

Il s’agit d’une façon de penser qui élargit notre champ de vision et nous permet de surmonter plus facilement les difficultés professionnelles et personnelles. Grâce à cette réversibilité nous pouvons observer nos conflits ou nos problèmes dans une perspective plus large, et les aborder de manière plus directe et plus logique.

Face à la pensée réversible nous trouvons la pensée polaire, qui est exhaustive. Autrement dit, quelque chose est une chose ou une autre, mais il n’existe pas d’intermédiaire, pas de discussion possible à son sujet. Cette polarité nous bloque, nous immobilise et nous paralyse.

Si nous pouvons nous situer dans l’un des points intermédiaires de ce continuum, nous exploiterons le potentiel de notre pensée réversible. C’est cette dernière qui nous met réellement en mouvement.

homme hésitant entre deux directions

Aveugle face aux preuves

Songez que vous traversez une forêt, que vous marchez depuis des heures et des heures et que vous avez très faim. Au sommet d’une montagne, au loin, vous apercevez un pommier. Vous courrez vers lui. Vous pouvez seulement concentrer votre regard sur ses précieux fruits. Mais lorsque vous atteignez le sommet, vous voyez que les pommes sont pourries. Vous ne pouvez pas les manger. Cependant, sur les côtés de la route que vous avez parcourue, il se trouvait des arbres fruitiers de toutes sortes. Si vous aviez regardé autour de vous…!

C’est ainsi que le cerveau humain fonctionne parfois. Nous nous comportons souvent comme des ânes : nous ne regardons que devant nous, sans prendre la peine de tourner la tête et d’observer ce qui se passe autour de nous. Nous errons, incapables d’assimiler la contradiction et d’abandonner nos croyances. Il ne s’agit pas d’entêtement, davantage attribué à l’étude des traits de personnalité, mais plutôt à la soumission à l’irréversibilité.

8 réactions face à la preuve contraire

Plus précisément, il existe 8 réactions possibles lorsque nous devons affronter une preuve contraire à notre croyance (Chinn et Brewer, 1933). Les trois premières sont plus typiques de la pensée irréversible : ignorer, nier et exclure les données. Les 5 dernières, sont inhérentes à la pensée réversible : suspendre son jugement, réinterpréter les données, les accepter, apporter des modifications périphériques à la théorie ; accepter les données et changer les théories.

femme pratiquant la pensée réversible

Pourquoi n’utilisons-nous pas notre pensée réversible ?

Notre cerveau est pas aussi parfait que nous le croyons, en dépit de le percevoir comme un organe millimétrique dédié à exécuter de précises analyses rationnelles. Mais quand nous soulevons cette question de la réversibilité de la pensée, nous réalisons que ce n’est pas le cas.

Nous avons tendance à diriger nos efforts pour trouver des données, des preuves, des hypothèses qui confirment nos croyances. Nous choisissons rarement le contraire. Si nous essayions de chercher des preuves contraires à nos tendances, le cerveau l’interpréterait comme un auto-sabotage et essaierait de débarrasser notre esprit de cette idée.

“La réversibilité est la caractéristique la plus définie de l’intelligence.”

-Jean Piaget-

Il suffit de trouver un indice corroborant que nous avons raison pour réaffirmer notre pensée et nous conformer. Par exemple, quelqu’un qui est convaincu que le tabac ne nuit pas à la santé cherchera sur les millions de pages présentes sur Internet la seule qui dit “fumer prolonge la vie”.

Bien qu’il s’agisse d’une erreur, si nous ne disposons pas de pensée réversible, nous nous laisserons guider par cette phrase. Parmi les milliers de pages qui indiquent le contraire et les nombreuses études qui avalisent les dommages résultant de la consommation de tabac, nous nous focaliserons sur celle qui renforce notre croyance.

pensée réversible

Paresse cognitive

Avez-vous déjà entendu parler de l’heuristique ? Il s’agit d’une sorte de raccourcis mentaux que notre cerveau utilise pour économiser l’énergie. En d’autres termes, si nous pouvons obtenir le même résultat par deux chemins distincts, le cerveau essaiera d’utiliser celui pour lequel il devra utiliser un nombre moins important de ressources.

Cela signifie que nous sommes régis par un principe d’économie mentale. Il s’agit de quelque chose d’incontrôlable, d’intangible, qui échappe à notre conscience. Et c’est une explication de pourquoi notre cerveau préfère rechercher des données qui valident nos hypothèses plutôt que celles qui les contredisent.

Pour que la pensée réversible se produise, nous avons besoin d’une autre pensée formelle, logique et rationnelle. Cela implique un effort que notre cerveau n’est pas toujours prêt à assumer. Il lui en coûte moins de se conformer et de s’installer dans une opinion. Notre cerveau est un paresseux cognitif ! Il est nécessaire de le démystifier et de savoir qu’il utilise généralement n’importe quelle méthode pour s’éviter de travailler.

Cela arrive constamment dans notre vie quotidienne. Cela peut sembler étrange, mais personne n’est exempté. Face au même événement, nous pouvons nous accrocher à notre point de vue sans nous soucier du reste, ni élargir notre vision et prêter attention aux controverses.


A découvrir aussi