Oublier ou apprendre à vivre avec

· 28 octobre 2017

Peut-on réellement oublier ce qui nous a fait du mal ? Est-ce bien ce que nous faisons ou apprenons-nous seulement à mettre cela dans une boîte pour continuer à vivre sans que cela nous blesse ? Il se peut que l’oubli ne soit pas une question de volonté.

Nous avons tou-te-s vécu des situations, des relations et des moments qui nous ont rendu heureux-ses, mais il arrive toujours un moment où le bonheur se brise, se rompt. Certaines personnes disparaissent, l’amour se termine ou la distance fait surgir des obstacles. Que pouvons-nous faire pour que ces souvenirs cessent de nous faire du mal ?

La première idée à prendre en compte est peut-être le fait qu’oublier « brusquement » ne fonctionne pas. Plus nous crierons que nous ne voulons pas d’un souvenir, plus il apparaîtra dans notre esprit sous la forme d’une pensée circulaire. Il a été présent et il continuera à l’être, même si c’est d’une autre façon. Le souvenir est bien là ; il serait donc utile d’apprendre à l’accepter, mais sans qu’il nous blesse.

Nous avons le pouvoir de donner une nouvelle valeur à cette pensée, de l’intégrer dans notre histoire vitale sans que cela nous fasse du mal. Un bon discours interne serait le suivant :  « Cela m’a rendu heureux-se, j’ai appris de toutes les mauvaises choses qui me sont arrivées et je garde de bons souvenirs dans ma mémoire. Si je me force à oublier, les mauvais souvenirs apparaîtront encore plus dans ma conscience et elles auront encore plus de pouvoir pour générer des émotions négatives. Tout ce qui a fait partie de ce moment passé fait désormais partie de mon histoire et c’est pour cette raison que l’oublier ne devrait pas être un point trop laborieux ».

Cesser d’en parler ne signifie pas oublier

Peu importe les efforts que nous faisons ou les tentatives pour écarter tout ce qui nous fait du mal de notre esprit : nous n’y parviendrons probablement pas. Ne pas parler de la douleur, refuser de connaître de nouvelles personnes, ne pas écrire aux autres parce qu’on a encore de la rancœur ou ne pas pardonner un mal qu’on nous a fait ne signifie pas oublier.

homme qui veut oublier

Garder en suspens ou penser en continu aux sujets qui nous font du mal ne signifie pas oublier : en faisant cela, on évite juste de les exprimer. Ils restent donc là, tristement. Nous les emballons et les mettons dans un lieu peu sûr mais, de cette manière, nous évitons qu’ils nous frôlent et nous refassent du mal.

Quand nous oublions, nous ne ressentons plus de douleur, nous ne nous souvenons plus, nous ne pouvons plus ressentir ce que nous avons ressenti dans le passé : nous n’écartons pas les souvenirs, nous les effaçons. Comme il s’agit d’une tâche impossible (nous n’avons pas, dans notre esprit, un bouton qui envoie toutes les choses indésirables à la poubelle), la chose la plus adéquate est de nous efforcer de faire ce qui est en notre pouvoir. Cela signifie réfléchir à la valeur de ce souvenir, à la manière dont nous voulons le garder, à ce qui continue de nous faire souffrir et aux raisons pour lesquelles il nous blesse encore et encore.

personne qui regarde des photos

Nous avons l’opportunité de travailler les expériences et de ne pas les laisser prendre le contrôle sur nous. Nous sommes plus que des souvenirs, nous donnons du sens à notre mémoire ; nous sommes plus que des pensées car nous sommes celleux qui, en définitive, leur donnons forme.

C’est encore là, mais ça ne fait plus mal

À partir du moment où nous y réfléchirons, le souvenir sera dans notre esprit. Nous nous souviendrons de l’époque avec nos grands-parents, de ce premier amour qui nous a tellement marqué, des moments que nous passions avec nos ami-e-s, des visites dans d’autres villes, des bières lors des soirées d’été. Ces souvenirs sont toujours là, en nous, mais dépouillés de l’association avec d’autres souvenirs négatifs : ils brilleront donc davantage.

femme qui ressent de la nostalgie

Cela ne fait plus mal car nous avons appris que faire un effort « brusque » pour oublier est synonyme d’un travail qui n’apporte que de la frustration. Nous ne voulons pas oublier les bonnes choses mais ce qui nous a fait du mal : il s’agit d’un processus qui requiert une bonne dose d’intelligence, de temps et de patience.

Par ailleurs, si cela nous fait du mal, c’est parce que cela s’est produit, parce que nous le ressentons, parce que nous sommes vivant-e-s. Ne l’écartons pas de notre esprit, donnons-lui une nouvelle valeur, une nouvelle place. Laissons-le être présent, tout en lui enlevant l’importance qu’il a désormais perdue et ce qu’il nous a volé : intégrons-le d’une nouvelle façon dans notre histoire.