Les nouvelles formes de communication affectent-elles la qualité de nos relations ?

· 18 septembre 2017

Il y a une phrase très singulière de Peter Druker qui se heurte aux nouvelles formes de communications actuelles : « le plus important dans la communication est d’écouter ce qui n’est pas dit ». Mais, comment peut savoir ce qui ne se dit pas si nous ne pouvons observer notre interlocuteur-trice ? Comment distinguer un silence communicatif d’un silence résultant d’une autre activité ayant captivé l’attention de notre interlocuteur-trice ou interrompu son discours ?

En d’autres termes, comme l’affirmait Drucker, une conversation est empreinte de gestes, de mouvements et de mimiques qui ne parlent pas mais disent beaucoup. Toutefois, les nouvelles formes de communications dont nous disposons aujourd’hui, comme la messagerie instantanée ou le courrier électronique, nous font perdre ces détails. Ceci affecte-t-il la qualité de nos relations ?


« La façon dont nous communiquons avec les autres et avec nous même conditionne la qualité de nos vies. »

-Anthony Robbins-


En effet, les nouvelles technologies et leurs contributions modifient les modes de communication de manière très rapide. Le contact en face-à-face paraît chaque jour un peu plus obsolète. Mais, si ces changements engendrent de nombreux avantages, comme une communication plus rapide et plus pratique par exemple, ils présentent également une série d’inconvénients. En d’autres termes, une conversation par WhatsApp est-elle aussi efficace qu’une conversation en face-à-face ?

Selon David R. Olson, prestigieux professeur de psychologie appliquée, il est nécessaire de tenir compte d’une série de facteurs. Et pour être compris-es, nous devons ajouter que la communication est basée sur trois actes : le locutif, l’illocutoire et le perlocutoire .

 

L’acte locutif fait référence à la production de sons, de mots et au sens de la phrase. L’acte illocutoire a trait à la force de la phrase et à l’acte perlocutoire, est celui qui traite des effets de la phrase. À cette égard nous faisons référence, par exemple, à l’inspiration, à l’irritation, à la tromperie ou à l’impression.

Voyons un exemple:

Il a dit: « Donne-le lui ». Acte locutif 

Il m’a conseillé de lui donner. Acte illocutoire 

Il m’a convaincu-e de lui donner. Acte perlocutoire

 

L’acte locutif est celui de dire quelque chose, alors que l’acte illocutoire peut impliquer qu’une même locution dispose de différentes significations, selon la manière dont elle est prononcée (par exemple, selon le contexte, dire « j’ai froid » peut signifier le souhait que l’interlocuteur ferme la fenêtre, prête son manteau à son/sa locuteur-trice, être une simple information sur son état physique, etc …).

Sachant cela, quels changements ce chercheur observe-t-il ?

Une réalité de communication différente où se perd l’acte illocutoire

Selon Olson, partant du postulat selon lequel le discours ne peut pas être transcrit avec précision à l’écriture et à la lecture, l’acte illocutoire se perd. Cela signifie que se maintiennent uniquement le locutif et le prélocutoire.

Ainsi, les aspects pertinents de la communication, tels que le ton de la voix et ses oscillations, se perdent complètement. Il est vrai que nous pouvons utiliser des signes d’exclamation et même des majuscules pour élever la voix, mais nous ne pourrons interpréter l’accent et l’intonation, données pertinentes permettant de déceler la nervosité, la colère, le mécontentement …

Ce déficit dans les aspects locutifs de la conversation peut non seulement générer de la frustration ou de l’insécurité pour le (ou les) destinataire(s) des messages, mais peut également causer de la frustration à la personne qui les émet. Vous pouvez avoir l’impression qu’il manque quelque chose pour que l’autre personne puisse vous comprendre.

Particularités des nouvelles formes de communication

Une autre particularité de ces nouvelles formes de communication se retrouve lorsque nous parlons à une personne inconnue. Autrement dit, nous ne pouvons pas interpréter comment est notre interlocuteur-trice puisqu’iel n’est pas en face de nous. Par conséquent, il sera plus difficile de nous de faire une idée de la personne avec qui nous communiquons.

Ainsi, nous ne pouvons pas dire que cet aspect soit plus ou moins négatif. C’est tout simplement différent. Ce qui est certain cependant c’est que la proximité se perd énormément et que l’acte illocutoire disparaît totalement. En fait, cela pourrait même conduire à des incompréhensions sur les intentions réelles de la personne avec laquelle nous communiquons.

Par conséquent, il est incontestable que la communication virtuelle n’est pas forcément pire que la communication classique, elle est tout simplement différente et pourra être utile à des fins différentes. Par ailleurs, nous commençons à disposer aujourd’hui d’équipements technologiques permettant de réaliser des appels vidéo afin que les deux parties puissent se voir pendant qu’elles discutent.

nouvelles formes de communication

En outre, lorsque deux personnes communiquent via WhatsApp, par exemple, ou une autre méthode quelconque de messagerie instantanée, il existe une véritable valeur ajoutée. Si les deux interlocuteurs se connaissent bien, il restera certains aspects des actes illocutoires, de sorte qu’il sera possible au destinataire de réaliser des interprétations plus précises.


« Le caractère d’un individu pourra être révélé par les adjectifs qu’il emploie habituellement dans ses conversations. »

-Mark Twain-


En réalité, les nouvelles formes de communications fournissent simplement un moyen supplémentaire converser. Cela a-t-il tendance à nuire à la qualité de notre communication ? La vérité est que la technologie facilite le fait d’avoir des conversations que nous ne pourrions avoir autrement, mais nuira à certains égards à la qualité desdites conversations.

Enfin, certaines études révèlent que l’augmentation du sentiment de solitude dans la société actuelle est en partie due à l’utilisation accrue de certains médias de masse par rapport à d’autres. Nous pouvons avoir des gens de l’autre côté de l’écran, mais il est toutefois plus difficile pour nous de nous sentir proche d’eux. Peut-être pouvons-nous, grâce à un appel vidéo, les regarder dans les yeux, mais nous ne pouvons jamais les embrasser ou les prendre de nos bras.

Sachant cela, utilisez les technologies pour communiquer avec les personnes qui se trouvent géographiquement éloignées, mais mettez-les de côté pour parler à celles qui vivent près de vous . Exploitez leurs avantages mais ne laissez pas leurs handicaps s’installer complètement dans vos modes relationnels.