Notre cerveau nous trompe : l'expérience de Persinger

Faire confiance à ses sens n'est pas toujours judicieux. Notre mental peut nous jouer des mauvais tours. Nous vous expliquons ici comment !
Notre cerveau nous trompe : l'expérience de Persinger

Dernière mise à jour : 04 juin, 2021

L’expérience de Persinger tente de nous montrer que notre cerveau nous trompe. Nous faisons souvent confiance à nos sens et nous commettons des erreurs. En effet, la réalité nous joue souvent un tour précisément à cause de la confiance que nous avons dans notre perception ainsi que de la complexité de notre environnement.

Nous confondons les personnes. Nous voyons des choses qui n’existent pas et nous sentons accompagnés quand il n’y a personne. Les hallucinations se conçoivent biologiquement comme une altération de la perception. Cette altération a une base profondément cérébrale, car il existe des zones de traitement sensoriel maximal.

La sensation de présence : le champ de Persinger

Les études du Dr Persinger visent à montrer que de nombreux phénomènes interprétés comme spirituels sont en fait cérébraux. La sensation de présence est le phénomène de sentir ou de percevoir une autre personne ou entité, alors qu’en réalité il n’y a rien.

Un cerveau

Un phénomène lié à diverses pathologies

La principale est la paralysie du sommeil, où les nombreuses attaques font sentir à la personne que quelque chose la hante. On retrouve cela également dans d’autres entités, telles que l’épilepsie ou les maladies neurodégénératives. Pour ces dernières, cela s’explique par l’altération des structures cérébrales en lien avec la perception.

La théorie de l’hémisphéricité vectorielle

Elle repose sur le fait que la construction du « moi » est un processus dans lequel les deux hémisphères cérébraux participent de manière différente, conjointement et inconsciemment. Premièrement, l’hémisphère gauche fournit le sens linguistique et symbolique du « moi » (dialogue interne).

Selon Persinger, il y a une intrusion du sens du « moi » droit dans l’hémisphère gauche pendant les processus qui modifient la connectivité interhémisphérique. Cette intrusion amènerait notre hémisphère gauche à interpréter le sens du « moi » droit comme la présence d’une autre personne, qui n’est rien d’autre que nous-mêmes.

Les zones cérébrales impliquées dans le phénomène

  • Lobe pariétal. Plus précisément, la zone d’association motrice et perceptive. Ce que l’on connaît comme l’homoncule de Penfield, où chaque organe et partie a sa propre zone dans le cortex cérébral.
  • Lobe temporal. Il s’agit du lobe où s’intègrent les stimuli auditifs et où le langage est traité. L’union entre le lobe pariétal et le lobe temporal entretient un lien étroit avec les erreurs de perception.
  • Lobe occipital. Il s’agit du lobe en charge de la vision. Les altérations dans les deux autres lobes entraînent des erreurs visuelles.

L’expérience de Persinger

Le Dr Michael Persinger connaissait la difficulté de prouver sa théorie. Les progrès scientifiques ont toutefois confirmé ses thèses.

Il pensait qu’il pouvait lui-même provoquer une altération de la connectivité cérébrale, un processus qui provoquerait l’intrusion d’un hémisphère dans l’autre. L’instrument choisi pour les expériences a été la stimulation magnétique transcrânienne.

Le casque de Dieu

Sur la base de recherches antérieures à cet égard, Persinger a conçu un casque avec quatre paires de sélénoïdes qui stimulent magnétiquement le lobe temporal. Il a appelé ce casque “le casque de Dieu”.

L’expérience s’est déroulée dans une pièce sombre, où les participants avaient les yeux bandés. À la fin, on demanda aux volontaires s’ils avaient ressenti une présence, un son ou une odeur étrange. Beaucoup d’entre eux ont affirmé avoir ressenti quelque chose, alors qu’en réalité il n’y avait rien.

Les éléments de l’expérience

  • Privation sensorielle. Il a été démontré que l’incapacité de voir augmente l’activité cérébrale à ondes longues. Cette activité est très présente dans les défaillances sensorielles.
  • Stimulation magnétique. Il est possible de perturber la connectivité générale du cerveau en excitant légèrement des neurones du cortex cérébral. L’estimation a par ailleurs été faite au niveau de la jonction du lobe temporal et pariétal, une zone impliquée dans ces processus.
  • Ambiance détendue. Un environnement sans distraction provoque la relaxation. En conjonction avec la privation sensorielle, l’imagination et l’incertitude du patient montent en flèche, provoquant des faux positifs.

Les résultats de l’expérience

Persinger a effectué cette expérience à plusieurs reprises. La grande majorité des sujets ont ressenti des sensations très étranges. Certains ont rapporté la sensation qu’une autre personne était présente, d’autres ont ressenti des odeurs étranges ou entendu des voix. Il est important de souligner que chaque personne était complètement seule dans la pièce.

A garder à l’esprit

Les expériences de Persinger ne sont pas exempts de problèmes ni d’aspects marquants. Parmi eux, nous pouvons souligner :

  • Sujets fantastiques. Les sujets qui sont généralement ouverts aux expériences mystiques ont des attentes élevées. Par conséquent, ils peuvent être tellement prédisposés à ce qu’il se passe quelque chose qu’ils finissent par le provoquer.
  • Méditation. Dans une autre expérience Persinger, les personnes habituées à la méditation atteignaient plus facilement des états de relaxation et donc des troubles de la perception.
  • Croyances. Persinger a également montré que les personnes religieuses étaient plus susceptibles d’interpréter le phénomène comme une apparition mystique. Elles ont par ailleurs donné davantage de détails sur ce qu’elles prétendaient percevoir.
  • Culture. La forme mentale attribuée aux altérations perceptives est étroitement liée à la culture du sujet. Les sujets issus de cultures ayant un plus grand intérêt et davantage d’histoires sur le thème seront plus susceptibles de présenter le phénomène.
Illustration d'un cerveau.

Les conclusions des expériences de Persinger

Persinger a démontré que la stimulation d’une zone spécifique du cerveau provoquait des échecs de perception. Cela suggère qu’un phénomène que nous considérons souvent comme mystique trouve son explication dans le cerveau. Il a par ailleurs démontré que l’altération des aires cérébrales en lien avec la perception a une grande influence sur les hallucinations.

Les conclusions du Dr Persinger permettent d’expliquer pourquoi les personnes atteintes de lésions cérébrales, d’épilepsie ou de démence présentent un taux élevé de ces phénomènes. L’altération structurelle du cerveau provoque une désynchronisation entre les deux hémisphères, et par conséquent des erreurs de perception.

A travers ses expérimentations, Persinger pose un regard critique sur les hallucinations, souvent teintées de croyances personnelles. Son expérience nous permet aujourd’hui d’étudier les phénomènes hallucinatoires mineurs et quotidiens sous un angle différent.

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