Comment nos sentiments influent-ils sur notre prise de décision ?

· 15 janvier 2017

Combien de fois avez-vous regretté d’avoir pris une décision trop vite, sur le coup de colère ou de l’euphorie ? Probablement aurez-vous remarqué que plus on est heureux, moins on a peur de prendre des risques, et qu’à l’inverse, lorsqu’on est triste, on n’ose prendre que peu de risques.

Prendre des décisions quand on est en colère, généralement, cela ne donne pas de bons résultats, et il en va de même lorsqu’on est euphorique. Or, avez-vous vraiment conscience de la façon dont vos sentiments influent sur vos décisions ? Avez-vous déjà fait confiance à votre première impression pour prendre une décision ? Etes-vous conscient du point auquel vos émotions sont « manipulables », du point auquel elles peuvent « vous aider » à prendre vos décisions ?

 

Les heuristiques de jugement et la prise de décision

Les heuristiques de jugement, ce sont des raccourcis mentaux qui nous permettent de prendre des décisions et de résoudre des problèmes de façon rapide et efficace. Au cours de ce processus, l’émotion (peur, plaisir, surprise, etc) a une influence toute particulière ; autrement dit, la réponse émotionnelle joue sur la décision qui sera prise, et joue ainsi un rôle principal dans la prise de décision.

Ce processus écourte la période de prise de décision, nous permettant ainsi de décider sans passer préalablement par une recherche exhaustive de l’information. Cette façon d’agir est rapide et inconsciente, et intervient en réponse à une stimulation, car ce processus influe sur l’humeur pendant une court laps de temps.

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Généralement les heuristiques de jugement surgissent lorsque l’on évalue les risques et les bénéfices de quelque chose, en fonction des sentiments positifs ou négatifs que l’on associe à la stimulation concernée. En d’autres termes, les heuristiques de jugement nous mènent à agir en fonction de ce que nous dicte notre coeur.

Les chercheurs ayant travaillé à ce sujet ont démontré que si nos sentiments envers quelque chose sont positifs, il est davantage probable que l’on sous-estime les risques et que l’on sur-estime les bénéfices. A l’inverse, si nos sentiments envers une activité sont négatifs, on aura plutôt tendance à sous-estimer les bénéfices et à sur-estimer les risques, les considérant comme trop élevés.

Quelques exemples des heuristiques de jugement

Afin de vous aider à mieux comprendre comment fonctionnent les heuristiques de jugement, voici quelques exemples pratiques. Le premier est si évident qu’il vous semblera très simple. En revanche, le second l’est un peu moins.

Pour commencer, imaginez deux enfants qui vont jouer dans un parc. L’un de ces deux enfants a souvent fait de la balançoire dans le jardin de ses grands-parents. C’est une activité qu’il adore et qui l’amuse beaucoup, et il est donc envahi par un sentiment positif lorsqu’il voit la balançoire du parc ; par conséquent, il prend immédiatement la décision d’aller en faire et se rue vers la balançoire, car il considère qu’il s’amusera quoi qu’il arrive, et ce malgré les risques éventuels de chute (forts bénéfices, faibles risques).

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En revanche, l’autre enfant est récemment tombé d’une balançoire, et il s’est fait très mal. En voyant la balançoire dans le parc, cet enfant considère donc qu’il serait une très mauvaise idée d’aller en faire (faibles bénéfices, risques élevés). Aucun des deux enfants n’a donc pris le temps d’analyser de façon réaliste la situation, et ainsi d’estimer les bénéfices et les risques dans leur ensemble et avec objectivé ; la décision de chacun d’entre eux s’est basée sur un souvenir personnel.

Les choses se passent de la même façon dans la tête d’un adulte, et ce dans de nombreuses situations à l’occasion desquelles si cet adulte avait pris le temps de réfléchir, il aurait pris un tout autre type de décision, qui aurait probablement été plus en accord avec lui-même ainsi que sa logique propre.

Dans le cadre d’une prise de décision quelconque, les heuristiques de jugement ont donc une influence sur la détermination de ce qui est considéré comme un avantage ou bien comme un inconvénient. Si ces raccourcis mentaux nous permettent de prendre des décisions précises de façon plus rapide, et bien souvent plus raisonnable, alors ils sont tout autant à même de nous mener à prendre de mauvaises décisions.

Pensez par exemple à la publicité ; les techniques de marketing employées à des fins commerciales reposent sur des stratégies visant à vous faire vous sentir bien, à éveiller en vous des émotions positives, à faire allusion à vos passions, ou encore à vous présenter un mode de vie auquel vous vous identifiez ou que vous aimeriez avoir.

Par conséquent, vous êtes bien plus réceptif au moment d’acheter différents produits et services que l’on vous offre, quitte à dépenser plus d’argent que vous ne l’aviez prévu au départ. De fait, ces techniques sont si efficaces qu’elles peuvent même en arriver à nous persuader que certains produits pourraient nous permettre, si on les achetait, de subvenir à des besoins qu’on ne ressent même pas réellement et que l’on s’est nous-même créés de toutes pièces. Et plus encore, le simple fait de ne pas pouvoir accéder à ces produits qui pourraient subvenir à ces soi-disant besoins peut générer en nous une certaine anxiété.

Quelques observations scientifiques

L’étude a montré que les risques et les bénéfices ont une corrélation négative dans l’esprit des gens. En effet, il a été prouvé que les gens portent un jugement sur une activité ou une technologie en se basant sur ce qu’ils en pensent, mais également sur la façon dont ils se sentent par rapport à cette activité ou cette technologie.

Une étude réalisée en 1978 par Lichtenstein et ses collaborateurs a permis de mettre au jour le rôle important que les heuristiques de jugement joue dans le processus de prise de décision. En effet, les chercheurs ont découvert que les jugements des bénéfices et des risques étaient négativement liés.

Autrement dit, les chercheurs ont mis au jour que plus nous sous-estimons les risques, plus notre vision des bénéfices est optimiste. A l’inverse, plus on pense que les risques sont grands, plus notre estimation des possibles bénéfices sera faible.

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Il a également été démontré que certains comportements, tels que la consommation d’alcool et le tabagisme, sont considérés comme présentant des risques élevés et de faibles bénéfices, alors que d’autres, tels que le recours aux antibiotiques et aux vaccins, sont, eux, considérés comme présentant de forts bénéfices et de faibles risques.

Un peu plus tard, en 1980, Robert B. Zajonc a déclaré que les réactions affectives aux stimulations sont souvent la première réaction qui se produit de façon automatique, et qui plus tard influe sur la façon dont on traite l’information et dont on la juge.

En 2000, Finucane et ses collaborateurs ont mis au jour qu’un sentiment positif envers une situation (autrement dit, un jugement positif) conduirait à une moindre perception du risque ainsi qu’à la perception d’un plus grand bénéfice, même quand cela n’est pas logiquement justifié pour cette situation.

Nous, les êtres humains, sommes loin d’être la machine rationnelle que certains aspirent à être. Qu’on le veuille ou non, notre esprit est préparé et prédisposé à prendre des décisions de façon rapide et en ayant recours à une partie seulement de l’information. De fait, souvent, on prend des décisions avant même de se rendre compte qu’on les a prises, et on continue à penser à une chose qui pour nous a déjà un destin : celui que nous avons choisi.