Il n’est jamais trop tard pour donner une opportunité à nos émotions

· 5 avril 2017

Une bonne éducation nous apprend à mettre des limites à nombre de désirs qui gravitent dans notre esprit, pour qu’ils ne finissent pas par se matérialiser via des comportements indésirables. Des désirs qui, lorsqu’ils sont libérés par caprice peuvent faire du mal aux autres ou nous faire du mal. Mais attention, de là à donner une éducation qui a pour objectif d’inhiber systématiquement nos émotions, il y a une différence énorme.

Cela arrive trop fréquemment. Un enfant peut se lancer des défis qui mettent votre patience à bout, surtout quand vous avez un travail très exigeant, une relation de couple compliquée ou une histoire de vie peu agréable.

« Dis-moi et j’oublie. Enseigne- moi et je me souviens. Implique- moi et j’apprends. »

-Benjamin Franklin-

C’est pour cela que certains parents se plaignent, et veulent que leurs enfants ne soient rien de plus que des automates que l’on peut diriger avec exactitude et sans complications. Ces parents souhaitent qu’ils restent tranquilles et qu’ils se taisent ; qu’ils n’envahissent pas leur espace de repos et ne menacent pas leurs projets professionnels. Qu’ils obéissent tout le temps et qu’ils ne montrent pas d’objections. Pour résumer : qu’ils apprennent par eux-mêmes à contrôler leurs impulsions ou qu’ils naissent directement avec cette compétence innée.

Aucun parent ne veut que le résultat de l’éducation qu’il offre soit un enfant analphabète dans la gestion des émotions. Mais de fait, beaucoup pensent qu’en leur apprenant à refuser ou à ignorer leurs émotions, ils les préparent à affronter le monde. Alors que la réalité est tout à fait différente. Quiconque grandit en pensant qu’enfermer ses émotions est positif vit prisonnier-ère de la culpabilité car il n’arrive pas à se contenir ou est écrasé-e par les réalités amères tout au long de son existence.

Les mécanismes pour éviter d’écouter ses émotions

Un enfant est un être immature, qui dépend totalement des adultes, et c’est pour cela qu’il les prend comme des référents absolus. Beaucoup de parents ne comprennent pas que l’objectif de l’éducation est de leur tendre une main ferme pour qu’ils apprennent à marcher tout seuls et qu’ils construisent leur propre chemin. Au contraire, ils leur inculquent des mécanismes pour que ce soit tout l’inverse qui se produise : que la dépendance se perpétue, et avec elle, l’obéissance.

Ces parents donnent une éducation où les émotions sont considérées comme des éléments perturbateurs et ils cherchent donc à les mettre de côté. Comment y parviennent-ils ? Grâce à plusieurs mécanismes. L’un d’entre eux, très utilisé par les mères, est le fait de victimiser et de faire culpabiliser l’enfant. « Si tu ne manges pas, je vais être triste ». Cela semble inoffensif mais ce type de formules se répandent dans des comportements de plus en plus complexes.

Il y a aussi la pression directe : la peur. On applique des punitions sévères et on conditionne l’enfant pour qu’il agisse en fonction de cette peur de la punition. Le pire, c’est que ces parents ont tendance à punir des comportements parfaitement sains tels que pleurer, s’énerver ou trop rire. « Si tu continues à pleurer, tu vas voir ce qui va se passer », leur disent-ils. « Arrête de rire si tu ne veux pas que je te punisse » est une autre des phrases fréquentes dans ce genre d’éducation.

L’enfant a sûrement des raisons de pleurer, de rire ou de s’énerver. Les émotions en elles-mêmes ne sont pas bonnes ou mauvaises : elles sont humaines. Un être humain normal rit, pleure et s’énerve. Ce que nous devons apprendre à faire, c’est dessiner une frontière pour que ces émotions ne conduisent pas à des comportements malsains. Mais les ressentir, en soi, est quelque chose de complètement normal et sain. Cependant, certains parents sont très angoissés à l’idée que leurs enfants ressentent de la tristesse et de la colère. C’est pour cela qu’ils optent pour le chemin le plus facile, mais aussi le plus brutal : celui de la répression.

Rééduquez-vous : c’est possible

Il est évident que ces marques de l’enfance sont indélébiles. Elles restent pour toujours. Cependant, cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas les travailler pour que leur impact soit minime. Pour y parvenir, la première chose à faire, c’est reconnaître qu’elles sont là, qu’elles existent et qu’elles représentent un obstacle dans notre vie.

Identifier les erreurs des parents ne signifie pas leur manquer de respect, ni moins les aimer, ni leur faire du mal. Comprenez cela plutôt comme une manière de compléter ou d’améliorer l’éducation que l’on vous a donnée. Votre père et votre mère ne veulent sûrement qu’une chose : vous voir et vous savoir heureux-se. Parfois, ils prennent des chemins erronés pour parvenir à cela et c’est alors que vous, en tant qu’adulte, vous pouvez et vous devez vous re-concentrer sur votre chemin.

Peut-être que vous êtes adulte et que vous pensez comme eux : il faut mettre ses émotions de côté pour ne pas qu’elles se transforment en fardeaux. Peut-être même que vous vous vantez de cela et que vous le considérez comme une preuve de maturité. Que vous ne pleurez pas, même quand vous en avez envie, que vous respirez seulement et que vous retenez toutes vos émotions. Que vos énervements sont toujours raisonnables, que vous ne criez jamais et que vous ne « sortez jamais des cases ». Que vous êtes « cérébral-e », même si vous avez des accès d’angoisse insupportables de temps en temps, ou que vous vous bloquez face à différentes situations.

Dites-vous bien que si les émotions débordent, ce n’est pas parce qu’elles sont dangereuses ou négatives, mais parce que personne ne vous a appris à les réguler ou à utiliser leur énergie en votre faveur. De plus, dans votre souhait de les retenir, il est possible que vous ayez accumulé une grande quantité d’énergie émotionnelle qui a fini par exploser, causant beaucoup plus de dommages que ce qui se serait passé si ces émotions avaient été régulées avec intelligence.

La mauvaise nouvelle, c’est que personne ne vous a appris. Personne ne vous a dit qu’elles faisaient partie de votre vie et qu’elles vous permettaient justement d’avoir une vie meilleure. La bonne nouvelle, c’est qu’il est toujours temps de commencer à leur donner une opportunité et d’entamer une relation différente avec elles. C’est pour cela que grâce à cet article modeste, nous vous invitons à les écouter.

Images de Margarita Kareva, Art TreeLight, Anne Miklos